Art contemporain


>> La Paddythèque suit l'actualité de plus de trois cents lieux d'art contemporain situés à Paris intra-muros. Des galeries, des institutions, ainsi que des espaces alternatifs et tendances. Afin de faciliter les recherches, elle ouvre un index alphabétique :

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Scénographiée par Emilie Faïf, l’exposition collective « Vert » est l’occasion de découvrir des pièces de Matali Crasset, Christophe Dalecki, Tomoko Mitsuma, Catherine Nyeki et Pascale Peyret. Des installations plastiques et sonores, des images numériques ainsi que des œuvres dans lesquelles la nature se déterritorialise pour prendre les chemins de la virtualité numérique.

Couleur appétissante et apaisante, symbole de la mère nature dans toute la splendeur de sa renaissance printanière, le vert nous rappelle, avec cette exposition, qu’il ne doit en aucun cas être négligé. C’est en le poussant dans les retranchements de son artificialité et de sa virtualité, que l’on prend conscience, ne serait-ce que quelques instants, de la fragilité et la sensibilité dont il est empreint. À l’heure où le virtuel et l’espace urbain se déploient, recréer la nature en la transcendant revient à nous offrir l’illusion qu’elle peut se trouver ailleurs, là précisément où on ne l’attend pas. C’est vouloir entretenir une nouvelle forme de dialogue avec elle, aiguiser nos sens et les mettre sans dessus-dessous.

Quand on maîtrise l’art et la manière de présenter un plat, le piquant du cactus, le lisse des plantes grasses, autant que le touffu de petits arbrisseaux sont susceptibles d’exciter nos papilles gustatives. « Mangez des plantes ! », voici le maître-mot du Japonais Tomoko Mitsuma qui – avec toute la sobriété et l’efficacité de la culture nipponne – nous convie à un Spring Cake Buffet, composé de plantes printanières.

Du toc, du plastique. Propice à toutes les rêveries, le jardin est le lieu imaginaire et privilégié où se situe le centre du cosmos. Pourquoi ne pourrait-il pas prendre forme grâce aux outils de sa propre création ? En agençant des arrosoirs, des tamis, des tuyaux d’arrosages, ainsi que divers objets en « plastoc », Christophe Dalecki exploite l’une des principales qualités du matériau pour reproduire l’organique, dans ses formes et textures.

Pas à pas, notre milieu semble nous échapper. Pour Pascale Peyret, la nature reprend ses droits, confiante en sa « mémoire verte » (Green memory). Sortant d’un treillis métallique, de l’herbe pousse. Peut être folle de croître en un pareil endroit, auprès d’immeubles faits de composants électroniques en tous genres ? Cette installation est une première mise en abîme. De part et d’autre, des photographies présentent un monde bien inquiétant. Dans les entrailles d’une méga-structure industrielle aseptisée, des plantes déploient leurs rhizomes. On ne sait d’où viennent leurs germes, ni dans quel terreau elles poussent, mais une chose est sûre : comme dans la bande dessinée Megalex de Fred Beltran et d’Alexandro Jodoroswki, le combat est loin d’être fini pour reconquérir l’espace vital.

Collaboratrice du célèbre Philipe Starck, Matali Crasset propose une Green sound station, un espace d’écoute domestique, reprenant le motif abstrait de deux arbres (en plastique) dans un pot en suspension. Logé à l’intérieur, un I-pod restitue des bruissements naturels…

Progressivement, la nature se déterritorialise et prend les chemins de la virtualité numérique. Dans ce registre, Catherine Nyeki présente une œuvre interactive Mµ Herbier ainsi qu’une vidéo Les Mains vertes, accompagnées de tirages numériques de la série des « Cotonneux ».
Dans son installation interactive Mµ Herbier, Catherine Nyeki nous fait prendre connaissance d’un nouveau règne, moitié végétal, moitié animal. Au sein de son laboratoire – où les lois ne correspondent plus à celles de la nature, mais à celles de l’imaginaire personnel de l’artiste –, le public bouture et expérimente de nouvelles formes d’êtres hybrides aux corps protéiformes et « rhizomorphes ».
La vidéo Les Mains vertes aborde le thème de la régénérescence. Deux mains vertes apposent une à une des branches mortes sur le sol ; des formules incantatoires d’un chaman ou d’une existence organique irréductible se chargent de leur redonner la vie. Une vie qui débuterait par l’apparition de moisissures blanches à leur pourtour, puis par le grouillement d’une sève verte.

Raconter la nature selon un mode poétique et rendre compte de sa biodiversité par le prisme de nombreux médiums est un ambitieux pari qui ne laisse pas indifférent le regardeur. De manière sous-jacente, « Vert » soulève une question d’ordre éthique dans le rapport que nous entretenons avec l’environnement naturel. Malheureusement, ce n’est pas par le bruissement d’une feuille dans une prairie, ni peut-être en utilisant des ustensiles de jardinages, que l’on est à même de rendre compte de la détresse et de la tragédie qui à lieu sous nos yeux. Ne faudrait-il pas appréhender la nature de manière plus frontale et exigeante ? Certains des artistes présents touchent au nœud de ce problème. En suggérant des goûts impossibles (Tomoko Mitsuma), la possibilité de jouer à son aise avec elle (Catherine Nyeki), où en confrontant le spectateur à sa propre disparition (Pascale Peyret), ces œuvres ne manqueront pas d’attirer notre attention. Faisons en sorte que cette couleur verte ne soit pas qu’un souvenir déclenché par son spectre de lumière.

Galerie Fraîch'Attitude
60, rue du Faubourg Poissonnière — 75010 Paris

Quelques liens :
Fiche sur la galerie Fraîch'Attitude
Site de la galerie Fraîch'Attitude
Site de Matali Crasset
Site de Christophe Dalecki
publié dans : Art - critiques par Frédéric Lebas
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Jeune artiste génoise travaillant à New York, Vanessa Beecroft investit du 12 janvier au 31 mars 2006, le tout nouvel Espace Louis Vuitton, un vaste lieu de 400 mètres carrés dédié aux « expressions culturelles ». Elle y expose Alphabet Concept — un abécédaire de corps féminins — ainsi que diverses photographies issues de la performance réalisée le 9 octobre 2005, à l'occasion de la réouverture de la Maison des Champs-Élysées.

Dès l’accueil, un liftier nous mène vers l’ascenseur. Une dérangeante impression de ne pas être véritablement à sa place se fait alors ressentir. Celle-ci s’estompe dès que l’on rentre dans l’élévateur aménagé par l’artiste danois Olafur Eliasson. Capitonné de tissus noirs, il ne laisse aucune lumière filtrer (celui qui serait un peu claustrophobe peut demander à ce que l’on rallume). Le temps de l’ascension, on ne capte que quelques voix et bruits de pas. C’est tout. Un court instant de mise en condition de nos sens, nécessaire à la bonne appréhension de l’exposition.

Septième étage, la lumière fuse dans l’espace s’étalant devant nous. La vue sur Paris est la première chose que l’on contemple. Par beau temps, le soleil inonde les fenêtres et les toits s’offrent à nos regards dans toutes leurs beautés (rien que pour cela, la visite vaut le détour).

La visite de l’exposition de Vanessa Beecroft est rythmée en trois temps : la découverte de l’alphabet, puis de la vidéo de la performance réalisée lors de l’inauguration et enfin des clichés tirés de cet événement.

Les treize photographies de L’Alphabet concept sont composées de corps de femmes nues façonnant différentes lettres. Le principe n’est certes pas nouveau, mais est ici prétexte à la formation de mots : « Louis Vuitton » (et son logo). La qualité plastique des photos est incontestable : mélange de corps, de toutes couleurs comme autant d’éléments d’un puzzle, regards vides de ces femmes-objets paraissant sans âmes, comme vidées de leur contenu pour ne plus être qu’enveloppes charnelles. Mais le rapport étroit et problématique entre création et publicité peut déranger ; la pertinence artistique de l’alphabet semble se diluer dans la marque qu’elle illustre.

Dans la deuxième partie de l’exposition, nous découvrons la performance inaugurale à travers une vidéo et un ensemble de photographies : des jeunes femmes nues ou très légèrement vêtues, sont installées dans des compartiments habituellement utilisés pour disposer des valises de la marque. Poses lascives ou contraintes par l’exiguïté des lieux, regards vides et corps offerts, la femme-objet est bien là, rangée parmi d’autres produits que très peu peuvent s’offrir.
Ces femmes sont malgré tout bien vivantes. Respiration, perles de sueur et clignements des paupières l’attestant. La femme, produit de luxe ? Conditionnement de la femme dans l’espace comme conditionnement social de la femme ? Ce que l’on peut en dire, c’est que si caractère politique il y a (confrontation du spectateur avec les femmes objets vivants), celui-ci est totalement effacé dans les photos de la performance — dont la plus imposante est pourtant magnifiquement exposée.
L’alternance des valises et des femmes dans ce présentoir improbable, renvoie là encore à l’inexorable question : publicité de luxe ou art ? La frontière semble de plus en plus ténue et vide malheureusement l’œuvre de son caractère politique, ou tout au moins critique.

Espace Louis Vuitton — 60, rue Bassano - 75008 Paris
Du lundi au samedi de 12h à 19h


Quelques liens :
Site de Vanessa Beecroft
Site de Louis Vuitton
Fiche sur l'Espace Louis Vuitton

publié dans : Art - critiques par Caroline Pillet
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Envisagé comme une plate-forme expérimentale, le site de création contemporaine du Palais de Tokyo s’est, en quelques années, imposé sur le devant de la scène artistique mondiale. Un espace de création sans cesse en mouvement, un lieu où « demain s’invente aujourd’hui ».

Intitulé « Il manquait à Paris », le premier texte rédigé par l’équipe curatoriale du Palais de Tokyo reflète bien la double vocation du site : avec flexibilité, présenter les différentes tendances émergeant dans la capitale et les contextualiser au sein de la sphère artistique internationale.

Avec brio, le « lieu média et outil de communication » a largement dépassé ses objectifs initiaux : 80'000 visiteurs par an (actuellement, la fréquentation mensuelle est de 19'400 entrées). Entre janvier 2002 et janvier 2006, quasiment un million de visiteurs — dont 30% d’étrangers — a contemplé les 108 expositions (96 monographiques et 12 collectives).

La réussite de la stratégie de sensibilisation est principalement à mettre aux crédits du « grain de folie » du « tandem improbable » formé par les deux anciens directeurs, des nouveaux outils mis en place (la newsletter…), de l’énergie du conseil d’administration (Pierre Restany — son premier président, de 2000 à 2003 — secondé par Pierre Cornette de Saint-Cyr et de nombreux artistes tels que Orlan…), des aides publiques (un million huit cents milles euros, un peu plus de la moitié du budget annuel), ainsi qu’au large recours au mécénat (encore peu ancré dans les mentalités françaises).

Depuis son ouverture, le laboratoire d’expériences artistiques a bénéficié de la protection des différents ministres de la Culture qui se sont succédés, tant de gauche que de droite.
Fort intéressé par l’art contemporain, Renaud Donnedieu de Vabres avoue y être rentré dix fois en vingt-trois mois de fonction… Dans le futur, il n’escompte pas en modifier l’esprit, devenu un véritable « label ». L’aménagement de deux nouveaux espaces — un plateau de 5000 m² au niveau inférieur et un autre au premier étage — donnera prochainement une nouvelle impulsion à des disciplines encore négligées : la mode, le cinéma et le design (volonté du Premier ministre). Le projet d’aménagement a été confié en décembre 2005 à Alain Lombard et devrait être remis avant l’été 2006.
Renaud Donnedieu de Vabres espère également que des synergies (navettes, événements communs…) s’établiront entre les différentes institutions de l’Ouest parisien : Musée Galliera, Cité de l’Architecture et du Patrimoine (Palais de Chaillot), Musée du Quai Branly…

Depuis douze ans, directeur d’institutions culturelles à économie mixte (1995-2000, Centre d'Art Contemporain de Neuchâtel, puis Swiss Institute de New York), Marc-Olivier Wahler souhaite collaborer avec l’équipe en place, ainsi qu’avec des spécialistes de tout ordre (sportifs de haut niveau, physiciens, pharmaciens…). Cela à deux fins : l’ « encouragement de nouvelles formes artistiques » et la « densification des interprétations ».
Son programme — envisagé comme un « médium » — sera annuellement découpé en cinq chapitres. Une fois par an, un artiste sera invité à en établir une partie ; il pourra ainsi permettre à ses obsessions de trouver un temps propice.
En septembre 2006, deux expositions de groupe devraient être présentées ; l’une d’entre elles, intitulée « 5 Milliards d’années » « flirtera avec la science-fiction, la physique quantique, les trous noirs et l’espace en expansion. L’exposition sera complétée par des cycles de conférences sur des sujets aussi divers que l’anti-matière, le kung-fu, le jodel et les mutants. ».
Enfin, dernière mesure annoncée : la création de deux modules de taille très modeste devant permettre, de manière très réactive, de présenter le travail de jeunes artistes. Des vernissages sont prévus à date fixe tous les mois.

Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans ont été appelés par la Municipalité de la ville de Paris pour organiser la Nuit Blanche 2006.

Source : conférence de presse « Rapport d’étape, perspectives et développements », tenue le 3 février 2006, au Palais de Tokyo. En présence de : Renaud Donnedieu de Vabres (Ministre de la culture et de la communication), Maurice Lévy (directeur du Palais de Tokyo), Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans (fondateurs et co-directeurs du Palais de Tokyo jusqu'au 1er février 2006) et Marc-Olivier Wahler (nouveau directeur de l’institution).
publié dans : Art - critiques par Jean-David Boussemer
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