Art contemporain



Après quatre ans d'activité presque quotidienne, la Paddythèque cesse ses activités.
Janvier 2009, Jean-David Boussemaer



Magazine culturel sur l'actualité de l'art contemporain à Paris & proche banlieue


La Paddythèque suit l'actualité de plus de trois cents lieux d'art contemporain situés à Paris intra-muros. Des galeries, des institutions, ainsi que des espaces alternatifs et tendances :

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Rencontre avec l'architecte hongrois Yona Friedman (né en 1923), dans le cadre du séminaire organisé à l'EHESS par Patricia Falguières, Elisabeth Lebovici, Natasa Petresin et Hans-Ulrich Obrist.



Très souvent, l’architecte a tendance à considérer ses productions comme des « objets finis ». Or, selon Yona Friedman, ce n’est pas le cas : il ne couvre seulement qu’une petite phase d’un processus. Avec le temps, les habitants modifient les constructions, de manière imprévisible et significative.

Une architecture engagée
Longtemps, on considéra que l’usager était incapable de construire son intérieur, et les architectes s’en chargèrent pour lui. Yona Friedman estime, quant à lui, que bâtir par soi-même n’est pas une utopie, mais une réalité dont nous sommes déshabitués. Nos inhibitions ne seraient pas naturelles.
Lors de sa carrière, l’architecte a l’occasion de le vérifier en visitant maints bidonvilles (notamment en Inde) et en remarquant que leurs habitants maîtrisent parfaitement les techniques (liaisons étanches à partir de bambous…). Entre cinq cents millions et un milliard de personnes vivent ainsi et forment les plus grandes villes de la planète.

Très vite, Yona Friedman se questionne sur le type de constructions réalisables par des profanes.
Comment enlever la rigidité de nos cages ? La réponse est simple : les éléments rigides de la construction doivent être considérés comme des meubles. Tout doit être réversible, facile à transformer, c'est-à-dire sans l’aide de techniciens. Il faut repenser les lavabos, les fenêtres… Ex. les murs deviennent des paravents (idée possible que si ce n’est pas eux qui tiennent le plafond…). Les matières doivent être économiques ainsi que faciles à obtenir et à manipuler. Ex. le papier des paravents peut être facilement roulé lorsqu’il n’est pas utilisé.

En 1953, Yona Friedman est chargé de construire un immeuble de logements sociaux. En architecte engagé, il souhaite que les habitants puissent en modifier la structure. On le lui refuse…
Egalement soucieux des conditions de vie des sans-abri, il propose un nouveau type de construction composé de « deux murs et un toit ». Idée qui reste malheureusement sans lendemain ; les marges étant trop faibles pour les entreprises du bâtiment…

Quelques projets de grande envergure
Le premier grand projet de Yona Friedman est une « ville spatiale » (1958), une ossature sur pilotis, dans laquelle chacun fait ce qu’il désire. Aucune règle ne régit l’ensemble, si ce n’est le bon sens. Ex. l’ossature ne tient que si l’on pose un plancher…

En 1974, Yona Friedman participe au concours du Centre Pompidou. Impossible à matérialiser sous la forme d’une maquette son projet consistait à adapter le musée à chaque exposition. Tous les six mois, le bâtiment – développé autour d’une ossature fixe – aurait pu se déployer à la guise de l’artiste ou du commissaire et revêtir tous les aspects possibles.

A la fin des années soixante-dix, le ministère de l’Education nationale lui confie la construction de lycée Bergson d’Angers. Le proviseur donne carte blanche aux professeurs : en véritables « auto-planificateurs », ils purent déterminer les plans, sans la moindre contrainte rectorale.
Volontairement absent des débats, Yona Friedman valide les plans et garantit que les générations suivantes pourraient également faire évoluer la structure (le bâtiment a déjà légèrement changé). Considérée comme particulièrement significative, l’expérience fit l’objet d’un fascicule relatant le processus de construction.

A Shanghai, Yona Friedman remarque qu’il est impossible de se rendre à pieds de la vieille à la nouvelle ville ; le parcours ne peut s’effectuer qu’en voiture ou transport en commun. Pour palier à ce handicap, il propose un pont qui serait en même temps une partie de la ville, une ossature aménageable selon les volontés de ses habitants.

Quelques constats sur la société
Nous avons tendance à vivre de manière irresponsable, à trop souvent prôner la simplicité. Par conséquence, les gens se déshabituent des choses difficiles…

Il existe un gigantesque réseau de « routines », des processus qui ne sont pas totalement explicables. Le terme d’ « auto organisation sociale » désigne le phénomène d’organisation régie à partir de nos habitudes. Ex. dans une salle de cinéma à moitié pleine, les spectateurs ont tendance à s’installer on ne sait trop comment. Souvent, on considère que le premier arrivé est le plus libre. Dans les faits, ce n’est pas le cas puisqu’il ne sait pas qui va l’entourer…

Depuis 1957, Yona Friedman pense la ville en terme de réseau. Il constate qu’actuellement, on assiste à un fort développement des réseaux de moins en moins imposants (ex. le réseau de ravitaillement perd de son importance).
Nos habitations deviennent de plus en plus indépendantes ; celles-ci se libérant des contraintes de protection.
Avec les échanges téléphoniques de plus en plus facilités, le réseau de voisinage change et a tendance à disparaître.

Notre société n’est pas encore inventée...


Quelques liens :
— Yona Friedman, Utopies réalisables, Ed. de l'Eclat, première édition, 1975. Nouvelle édition : 2000, 256 p.
— Marie Ange Brayer, « La ville des cartes habitées », site du Frac Centre.
— Portefolio « La Ville spatiale de Yona Friedman (4/5) », Monde.fr, 14 juillet 2005


Publié dans : Art - critiques - interviews - Par Jean-david Boussemaer
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Scénographiée par Emilie Faïf, l’exposition collective « Vert » est l’occasion de découvrir des pièces de Matali Crasset, Christophe Dalecki, Tomoko Mitsuma, Catherine Nyeki et Pascale Peyret. Des installations plastiques et sonores, des images numériques ainsi que des œuvres dans lesquelles la nature se déterritorialise pour prendre les chemins de la virtualité numérique.

Couleur appétissante et apaisante, symbole de la mère nature dans toute la splendeur de sa renaissance printanière, le vert nous rappelle, avec cette exposition, qu’il ne doit en aucun cas être négligé. C’est en le poussant dans les retranchements de son artificialité et de sa virtualité, que l’on prend conscience, ne serait-ce que quelques instants, de la fragilité et la sensibilité dont il est empreint. À l’heure où le virtuel et l’espace urbain se déploient, recréer la nature en la transcendant revient à nous offrir l’illusion qu’elle peut se trouver ailleurs, là précisément où on ne l’attend pas. C’est vouloir entretenir une nouvelle forme de dialogue avec elle, aiguiser nos sens et les mettre sans dessus-dessous.

Quand on maîtrise l’art et la manière de présenter un plat, le piquant du cactus, le lisse des plantes grasses, autant que le touffu de petits arbrisseaux sont susceptibles d’exciter nos papilles gustatives. « Mangez des plantes ! », voici le maître-mot du Japonais Tomoko Mitsuma qui – avec toute la sobriété et l’efficacité de la culture nipponne – nous convie à un Spring Cake Buffet, composé de plantes printanières.

Du toc, du plastique. Propice à toutes les rêveries, le jardin est le lieu imaginaire et privilégié où se situe le centre du cosmos. Pourquoi ne pourrait-il pas prendre forme grâce aux outils de sa propre création ? En agençant des arrosoirs, des tamis, des tuyaux d’arrosages, ainsi que divers objets en « plastoc », Christophe Dalecki exploite l’une des principales qualités du matériau pour reproduire l’organique, dans ses formes et textures.

Pas à pas, notre milieu semble nous échapper. Pour Pascale Peyret, la nature reprend ses droits, confiante en sa « mémoire verte » (Green memory). Sortant d’un treillis métallique, de l’herbe pousse. Peut être folle de croître en un pareil endroit, auprès d’immeubles faits de composants électroniques en tous genres ? Cette installation est une première mise en abîme. De part et d’autre, des photographies présentent un monde bien inquiétant. Dans les entrailles d’une méga-structure industrielle aseptisée, des plantes déploient leurs rhizomes. On ne sait d’où viennent leurs germes, ni dans quel terreau elles poussent, mais une chose est sûre : comme dans la bande dessinée Megalex de Fred Beltran et d’Alexandro Jodoroswki, le combat est loin d’être fini pour reconquérir l’espace vital.

Collaboratrice du célèbre Philipe Starck, Matali Crasset propose une Green sound station, un espace d’écoute domestique, reprenant le motif abstrait de deux arbres (en plastique) dans un pot en suspension. Logé à l’intérieur, un I-pod restitue des bruissements naturels…

Progressivement, la nature se déterritorialise et prend les chemins de la virtualité numérique. Dans ce registre, Catherine Nyeki présente une œuvre interactive Mµ Herbier ainsi qu’une vidéo Les Mains vertes, accompagnées de tirages numériques de la série des « Cotonneux ».
Dans son installation interactive Mµ Herbier, Catherine Nyeki nous fait prendre connaissance d’un nouveau règne, moitié végétal, moitié animal. Au sein de son laboratoire – où les lois ne correspondent plus à celles de la nature, mais à celles de l’imaginaire personnel de l’artiste –, le public bouture et expérimente de nouvelles formes d’êtres hybrides aux corps protéiformes et « rhizomorphes ».
La vidéo Les Mains vertes aborde le thème de la régénérescence. Deux mains vertes apposent une à une des branches mortes sur le sol ; des formules incantatoires d’un chaman ou d’une existence organique irréductible se chargent de leur redonner la vie. Une vie qui débuterait par l’apparition de moisissures blanches à leur pourtour, puis par le grouillement d’une sève verte.

Raconter la nature selon un mode poétique et rendre compte de sa biodiversité par le prisme de nombreux médiums est un ambitieux pari qui ne laisse pas indifférent le regardeur. De manière sous-jacente, « Vert » soulève une question d’ordre éthique dans le rapport que nous entretenons avec l’environnement naturel. Malheureusement, ce n’est pas par le bruissement d’une feuille dans une prairie, ni peut-être en utilisant des ustensiles de jardinages, que l’on est à même de rendre compte de la détresse et de la tragédie qui à lieu sous nos yeux. Ne faudrait-il pas appréhender la nature de manière plus frontale et exigeante ? Certains des artistes présents touchent au nœud de ce problème. En suggérant des goûts impossibles (Tomoko Mitsuma), la possibilité de jouer à son aise avec elle (Catherine Nyeki), où en confrontant le spectateur à sa propre disparition (Pascale Peyret), ces œuvres ne manqueront pas d’attirer notre attention. Faisons en sorte que cette couleur verte ne soit pas qu’un souvenir déclenché par son spectre de lumière.

Galerie Fraîch'Attitude
60, rue du Faubourg Poissonnière — 75010 Paris

Quelques liens :
Fiche sur la galerie Fraîch'Attitude
Site de la galerie Fraîch'Attitude
Site de Matali Crasset
Site de Christophe Dalecki
Publié dans : Art - critiques - interviews - Par Frédéric Lebas
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Jeune artiste génoise travaillant à New York, Vanessa Beecroft investit du 12 janvier au 31 mars 2006, le tout nouvel Espace Louis Vuitton, un vaste lieu de 400 mètres carrés dédié aux « expressions culturelles ». Elle y expose Alphabet Concept — un abécédaire de corps féminins — ainsi que diverses photographies issues de la performance réalisée le 9 octobre 2005, à l'occasion de la réouverture de la Maison des Champs-Élysées.

Dès l’accueil, un liftier nous mène vers l’ascenseur. Une dérangeante impression de ne pas être véritablement à sa place se fait alors ressentir. Celle-ci s’estompe dès que l’on rentre dans l’élévateur aménagé par l’artiste danois Olafur Eliasson. Capitonné de tissus noirs, il ne laisse aucune lumière filtrer (celui qui serait un peu claustrophobe peut demander à ce que l’on rallume). Le temps de l’ascension, on ne capte que quelques voix et bruits de pas. C’est tout. Un court instant de mise en condition de nos sens, nécessaire à la bonne appréhension de l’exposition.

Septième étage, la lumière fuse dans l’espace s’étalant devant nous. La vue sur Paris est la première chose que l’on contemple. Par beau temps, le soleil inonde les fenêtres et les toits s’offrent à nos regards dans toutes leurs beautés (rien que pour cela, la visite vaut le détour).

La visite de l’exposition de Vanessa Beecroft est rythmée en trois temps : la découverte de l’alphabet, puis de la vidéo de la performance réalisée lors de l’inauguration et enfin des clichés tirés de cet événement.

Les treize photographies de L’Alphabet concept sont composées de corps de femmes nues façonnant différentes lettres. Le principe n’est certes pas nouveau, mais est ici prétexte à la formation de mots : « Louis Vuitton » (et son logo). La qualité plastique des photos est incontestable : mélange de corps, de toutes couleurs comme autant d’éléments d’un puzzle, regards vides de ces femmes-objets paraissant sans âmes, comme vidées de leur contenu pour ne plus être qu’enveloppes charnelles. Mais le rapport étroit et problématique entre création et publicité peut déranger ; la pertinence artistique de l’alphabet semble se diluer dans la marque qu’elle illustre.

Dans la deuxième partie de l’exposition, nous découvrons la performance inaugurale à travers une vidéo et un ensemble de photographies : des jeunes femmes nues ou très légèrement vêtues, sont installées dans des compartiments habituellement utilisés pour disposer des valises de la marque. Poses lascives ou contraintes par l’exiguïté des lieux, regards vides et corps offerts, la femme-objet est bien là, rangée parmi d’autres produits que très peu peuvent s’offrir.
Ces femmes sont malgré tout bien vivantes. Respiration, perles de sueur et clignements des paupières l’attestant. La femme, produit de luxe ? Conditionnement de la femme dans l’espace comme conditionnement social de la femme ? Ce que l’on peut en dire, c’est que si caractère politique il y a (confrontation du spectateur avec les femmes objets vivants), celui-ci est totalement effacé dans les photos de la performance — dont la plus imposante est pourtant magnifiquement exposée.
L’alternance des valises et des femmes dans ce présentoir improbable, renvoie là encore à l’inexorable question : publicité de luxe ou art ? La frontière semble de plus en plus ténue et vide malheureusement l’œuvre de son caractère politique, ou tout au moins critique.

Espace Louis Vuitton — 60, rue Bassano - 75008 Paris
Du lundi au samedi de 12h à 19h


Quelques liens :
Site de Vanessa Beecroft
Site de Louis Vuitton
Fiche sur l'Espace Louis Vuitton

Publié dans : Art - critiques - interviews - Par Caroline Pillet
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