Publié par Paddythèque

Cinq ans après la vente de la collection d’oeuvres d’art qu’il avait constituée avec Yves Saint Laurent, Pierre Bergé a décidé de se séparer de sa bibliothèque personnelle.

 

La SVV Pierre Bergé associés, en collaboration avec Sotheby’s, est chargée de cette dispersion. La société Pierre Bergé et associés sera assistée pour ces ventes des experts Stéphane Clavreuil, Benoit Forgeot et Michel Scognamillo. 

Rassemblant plus d’un millier de livres et manuscrits précieux du XVème au XXème siècle, cette collection fera l’objet de sept vacations thématiques à l’hôtel Drouot, à partir de début décembre 2015. 

La première vente proposera un florilège d’une centaine de pièces littéraires couvrant six siècles depuis Saint-Augustin jusqu’à André Breton – de l’édition princeps des Confessions imprimée à Strasbourg en 1476 jusqu’au manuscrit autographe de Nadja (1928) offrant d’innombrables variantes inédites. 

Un choix des livres de cette première vente sera exposé à l’automne 2015 à New York, Londres, Genève et Moscou. 

La bibliothèque de Pierre Bergé représente l’aboutissement d’une aventure personnelle et professionnelle entamée il y a près de soixante-dix ans quand le jeune provincial fou de littérature, débutait à Paris comme courtier en livres anciens ; une vie jalonnée de compagnonnages littéraires et artistiques inaugurée avec Pierre Mac Orlan, Jean Cocteau, Jean Giono ou Bernard Buffet, avant la rencontre décisive avec Yves Saint Laurent. Le couple qu’ils formèrent devait révolutionner le monde de la Haute Couture et imposer une liberté et un style de vie. Cet itinéraire singulier s’est continûment nourri de lectures. 

La bibliothèque, bâtie dès l’origine autour d’enthousiasmes littéraires et de quelques écrivains fétiches - Montaigne, Flaubert, Stendhal ou Gide - est à l’image de son concepteur, c'est-à-dire à rebours de l’esprit d’accumulation encyclopédique, uniquement guidée par des goûts et des dégoûts marqués et assumés, autant que par le plaisir du texte. 

Bibliothèque choisie donc, sans distinction de cultures, Pierre Bergé ayant traqué les oeuvres de ses auteurs de prédilection dans leurs langues originelles. D’où la présence de nombreux Russes (Pouchkine, Gogol, Tolstoï, Dostoïevski, Tourgueniev, Maïakovski...), des Américains Edgar Poe, Walt Whitman ou Gertrude Stein, de Britanniques de Shakespeare à Joyce, d’Italiens (Dante, Pétrarque, Le Tasse, Casanova, Svevo...), de Cervantès, des Portugais Camoens et Pessoa, ou de nombreux écrivains, poètes et philosophes allemands tels que Grimm, Kleist, Schopenhauer, Hölderlin, Goethe, Schiller, Walter Benjamin ou Paul Celan. 

La partie française, la plus nombreuse, mêle aux Classiques sur six siècles – de Christine de Pisan à René Crevel – les grands irréguliers de la littérature, de Sade à Roussel. 

Mécène, hommes d’affaires, mélomane – il a dirigé l’Opéra de Paris de 1988 à 1994 – spectateur engagé, écrivain, amateur d’art, volontiers provocateur, Pierre Bergé est un homme de projets et de passion. Sa bibliothèque est à son image, c’est-à-dire d’abord littéraire, mais aussi ouverte à la botanique et à l’art des jardins, à la musique (qui fera l’objet d’une vacation particulière) ou aux grands débats philosophiques et politiques représentés, entre autres, par les oeuvres de Freud, Marx, Bakounine ou Guy Debord. 

Cette bibliothèque tenue secrète – elle est à la fois la part la plus intime et la plus personnelle des collections réunies par Pierre Bergé – n’a fait l’objet que de rares expositions confidentielles jusqu’à son dévoilement partiel à la Bibliothèque de l’Arsenal en 2013 : les pièces exposées étaient peu nombreuses, une trentaine, mais représentatives de l’esprit de la collection. Car le lecteur est doublé d’un bibliophile attaché à la qualité des exemplaires (tirages sur grands papiers, reliures contemporaines de l’édition, annotations, etc.) et surtout aux liens et aux échos parfois insoupçonnés qui relient les oeuvres entre elles. 

Ainsi, le « goût Bergé » s’incarne dans ces exemplaires qui jettent un pont entre les différents acteurs de la vie intellectuelle et artistique comme l’exemplaire des Maximes de Chamfort annoté par Stendhal, le Félicia du chevalier de Nerciat ayant appartenu au marquis de Sade, la Notice littéraire sur Théophile Gautier offerte par son auteur, Charles Baudelaire, à Gustave Flaubert ou l’édition originale de l’Ile au trésor (Treasure Island, 1883) adressée par Stevenson au modèle du personnage de Long John Silver, son ami William Ernest Henley. 

L’écho de ces correspondances – ces « passages d’encre », selon l’heureuse formule d’Edouard Graham – dépasse le seul cadre d’une collection de livres pour refléter l’esprit d’une vie aventureuse et éminemment littéraire. 

Le catalogue sera disponible à partir du 15 septembre 2015. 

 

Vente de la Bibliothèque Pierre Bergé

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