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Art contemporain en Ile-de-France

Samedi 31 décembre 2005 6 31 /12 /Déc /2005 00:00

« Labyrinth Of Mind » du Roumain Mihai Grecu est un univers aussi riche qu'angoissant, peuplé de clones, de mutants, et d’immeubles soumis à un devenir animal… Une plongée à opérer au Cube d'Issy-les-Moulineaux, jusqu'au 14 janvier 2006.

 

S’immerger dans l'univers onirique et labyrinthique de Mihai Grecu, revient à partager l’effroi collectif que suscite notre devenir peuplé de clones, de parasites et de mutants, assené de proliférations virales et de catastrophes biologiques. En d’autres termes, à constater par nous-mêmes l’impossibilité de vivre dans les mégalopoles contemporaines, sans en évaluer les risques et prendre conscience de l’imaginaire riche et inquiétant qui potentiellement l’habite.

Le résultat — comme l’indique le titre de l’exposition — prend la forme d'espaces mentaux, fantasmatiques et réticulaires ; d'un imaginaire qui court à bride abattue, sans jamais se retourner, de peur d’être poursuivi par ses propres démons.

L’exposition débute par une trilogie — The nerve gas suit — dont chaque opus porte le nom d’un gaz neurotoxique de combat :

  • Talbun - le porteur. Sous les ailes d’un avion furtif, les paysages deviennent polymorphes, les substances retournent à leur chaos originel. Peut-être est-ce là la symbolisation que tout peut arriver sans crier garde ?
  • Sarin - l’essence. Nous pénétrons sous une mégalopole parsemée d’interminables couloirs qui n’aboutissent à rien. Des êtres « humains » clonés, affublés de masques, sont allongés en stase à même le sol. Dans tous les recoins, prolifèrent des parasites insectoïdes devenant le temps du film, la nouvelle espèce dominante sur terre.
  • Soman – les conséquences (ou les suites de la catastrophe annoncée). L’atmosphère est troublée par une pollution toxique. On recherche les survivants. Les villes se replient sur elles-mêmes pour se loger dans les muqueuses de nos corps — le seul rempart qu’il resterait pour leur sauvegarde. Les visages se voilent, dépersonnalisés, et saturés d’informations numériques.


Dans la seconde pièce de l’exposition, est projeté Iron Platz — à la fois film, galerie virtuelle et version démo d’un jeu vidéo — réinvestissant le genre cyberpunk, avec ses cohortes de mutants et de cyborgs.
Ensuite, nous découvrons le projet Fréon, qui pour l’artiste est « une observation frontale des instants en séquences qui rythment notre quotidienneté […] Fréon est un filtre à poussière, un aspirateur, une éponge. » Dans cet univers surréaliste - créé en collaboration avec Thibault Gleize - se côtoient des situations sans lien les unes avec les autres ; seuls certains motifs redondants surgissent de manière impromptue, tels des cornes de mammouths, des poissons et des bâtiments mutants.
Enfin comme caché dans ce même espace d’exposition, Crawl, une animation expérimentale inspirée de La métamorphose de Franz Kafka. Réalisée avec Guo Ran, elle est composée de quatre personnages, un frigo, un chat et une créature. La combinaison - montée, raccordée, arrangée, superposée, en 2D ou 3D… - de ces éléments agencés les uns aux autres, crée un monde détraqué et halluciné. Une subtile manière de critiquer l’absurdité et le cynisme de notre monde, avec froideur et désincarnation.

Enfin, après avoir connu les tempêtes toxiques et le vertige graphique, nous plongeons dans deux courts films : Metamorph 1 & 2. A l’écart du reste de l’espace exposition, ils constituent un moment opportun à la contemplation et à la réflexion ; l'évolution de formes abstraites organiques issues de mutation et de clonage, un juste retour aux origines macroscopiques et microscopiques de la vie.

Les qualificatifs manquent pour exprimer le décalage que l’artiste impose à notre champ de vision. On y décèle dans ses labyrinthes une lecture éclairée de l’imaginaire postmoderne et eschatologique du monde. Emprunt du genre cyberpunk, des fantasmagories surréalistes, de situations absurdes et cyniques, ses mondes digitaux sont l’expression d’un regard neuf, perdu vers l’horizon des restes légués par notre civilisation.


Par Frédéric Lebas - Publié dans : Art contemporain en Ile-de-France
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Dimanche 30 octobre 2005 7 30 /10 /Oct /2005 00:00

Pour clore les expositions «Geometric Final Fantasy» et «Grounded» — toutes deux présentées au Credac d’Ivry-sur-Seine, du 9 septembre au 30 octobre 2005 —, rencontre-débat avec les artistes, Vincent Lamouroux et Karina Bisch. Modéré par le critique Yann Chateigné, ce rendez-vous est l'occasion de mieux cerner la singularité de leurs approches.

 

Si Vincent Lamouroux et Karina Bisch utilisent des échelles et médiums radicalement différents, leurs travaux comptent de multiples points de convergence, parmi lesquels :

  • un intérêt très marqué pour la géométrie. Chez Karina, qui n’hésite pas à la considérer comme «sexy», sont aisément observables des références à l’art de la modernité, chez Vincent, à celui des années soixante.
  • une relation de connivence avec le quotidien ; c'est-à-dire avec l’architecture, les arts appliqués, le design, la science-fiction…
  • ainsi que des positions historiques et théoriques, découlant des deux précédents points et aboutissant, après la longue histoire de la modernité puis de la post-modernité, à une redéfinition des arts plastiques. De manière ludique, et sans nostalgie aucune, les deux artistes dressent des inventaires formels très personnels où ils dévoilent leur intérêt commun pour les grands vecteurs issus des utopies et de la société de consommation.


Karina Bisch, « Geometric Final Fantasy » (réf. à un célèbre jeu vidéo)

Première étape du parcours : la confrontation avec le paravent des Géants (2005), un imposant polyptique de 280 x 120 cm. Dessus sont repris — avec des morceaux de feutrine collés sur de la toile de jute — quatre dessins de mode du Futuriste italien Giacomo Balla (1871-1958). Mises à plat, puis collées, les formes vestimentaires — conçues pour la vie de tous les jours — jaillissent de manière cubiste, voire quasi-abstraite Inhabituel, le mode de présentation nous remémore les papiers collés cubistes et nous interroge efficacement sur leur portée artistique.

Dissimulée par le paravent, la sculpturale théière Teapot (2005) réinterprète, en bois et plâtre vernis, les formes du récipient en céramique designé, dans les années vingt, par Kasimir Malevitch. Constatant un léger défaut dans ce bel objet arts and crafts — le couvercle qui ne s’emboîte jamais —, Karina se plait à le souligner avec malice et à marquer sa non fonctionnalité ; lui donnant, par la même, des allures d’«architekton».

Dans le second espace, Karina expose trois tableaux, peints d’après des photographies et des croquis qu’elle assemble assidûment dans ses calepins personnels. Il est possible d'y décourvrir des éléments du quotidien — souent insignifiants à la masse — mais susceptibles d’intriguer les plus curieux : des façades d’immeubles à la fois colorées et abstraites, des scènes de manga, des reproductions d’œuvres plus ou moins célèbres…

Enfin, amarrée aux sol et plafond, la structure en bois et métal Nunchakube (2005) reprend les formes de l’arme asiatique à trois branches. Elément récurrent dans son travail, le cube — la forme minimale, quotidienne et pourtant la plus éloignée du réel — n’est jamais représenté de manière parfaite, lisse. Soit il est ramolli, soit il dégouline de plâtre, soit encore il semble avoir des difficultés à tenir sur place…

 

Vincent Lamouroux, « Grounded »

A son arrivée au Crédac, l’artiste constate qu’il dispose d’un espace fort contraignant : souterrain, aveugle, et en légère déclivité. Très vite, il songe à différencier deux niveaux à l’aide d’une immense horizontalité et formule le désir de travailler sur le motif de la grille : une méthode d’ajournement, mais également un clin d’œil à l’architecte américain Buckminster Fuller (1895-1983) — concepteur de l'admirable structure métallique de la Géode —, ainsi qu’au film de science-fiction Rollerball.

En réaction à ses précédentes réalisations — très souvent, de faux planchers en contre-plaqué, au relief très accentué et sur lesquels le public se retrouve déstabilisé —, il décide de ne rien disposer au sol. L’œuvre doit, avant tout, être aérienne.

Tout comme au Mamco (où, dans le cadre de «Connexions», visible jusqu’au 15 janvier 2006, il présente Escape, un anneau sinueux, long de 134 m, évoquant tout à la fois les grands huit et les rampes de flipper), Vincent imagine une structure in situ, tridimensionnelle et dotée d’une imposante ossature.

Avec une démarche éloignée de celle d’un décorateur, il ne cherche pas tromper le visiteur : tous les matériaux sont laissés bruts et sont aisément reconnaissables : du bois (standard, économique et léger), des connecteurs métalliques et une bande de peinture noire acrylique. Souhaitant entrer en compétition avec les modèles dominants — notamment l’architecture et le design —, il espère que ses interventions inciteront les visiteurs à différemment parcourir les espaces.


Par Jean-david Boussemaer - Publié dans : Art contemporain en Ile-de-France
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