Art contemporain



Après quatre ans d'activité presque quotidienne, la Paddythèque cesse ses activités.
Janvier 2009, Jean-David Boussemaer



Magazine culturel sur l'actualité de l'art contemporain à Paris & proche banlieue


La Paddythèque suit l'actualité de plus de trois cents lieux d'art contemporain situés à Paris intra-muros. Des galeries, des institutions, ainsi que des espaces alternatifs et tendances :

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Proposée par le musée des Beaux-arts de Bordeaux, l'exposition « Sur les Quais » (du 6 mars au 14 juin 2009) permet de redécouvrir le patrimoine des quais. Elle réunit quelques 150 objets de collection provenant de grandes institutions européennes...

 

J-D. B. : Pouvez-vous nous dresser un bref panorama de la situation des ports européens lors de la période que vous avez ciblée ?

Thierry Saumier (commissaire de l'exposition) : Les deux cents œuvres, que nous présentons dans la galerie et l'aile nord du musée, datent de 1860 à 1940. A cette époque, on n'est plus du tout dans le port du XVIIIème siècle. On voit émerger des constructions gigantesques que l'on a la chance de les connaître grâce à des photographes - comme Alphonse Terpereau - qui étaient chargés d'indiquer l'avancement des travaux et réalisaient des photographies à périodes fixes pour les entrepreneurs.

On assiste alors à une transformation radicale des ports : les bateaux grossissent, l'activité commerciale croît... Loin d'âtre anodin, ce phénomène a de lourdes conséquences. Il tue, par exemple, le port de Bordeaux qui est un port de rivière. La Garonne se gorge de terre, les gros bateaux ne peuvent plus passer et on déplace le port de soixante kilomètres vers la mer.

Par la suite, après 1940, les représentations montrent essentiellement les quais avec des bateaux de guerre, et c'est un sujet qui nous paraissait en dehors de ce que nous voulions exprimer.

 

Quelle réaction attendez-vous des visiteurs ?

T.S : Cette exposition n'est en rien nostalgique. Evidemment, nous voulons que le public constate une différence entre l'état montré ici et le port tel qu'il est aujourd'hui (celui-ci est devenu autre chose, un espace de loisirs, d'activités commerciales...). Mais nous souhaitons surtout lui montrer comment les ports européens se sont transformés pendant un siècle, ont attiré les artistes – peintres, sculpteurs, dessinateurs, photographes... - et comment ceux-ci les ont représentés.


Pour cette exposition, vous vous êtes associés à la ville du Havre. Quelles ont été les raisons qui ont motivé ce choix ?

T.S : L'exposition a, en effet, été réalisée avec le musée Malraux (Le Havre). On a travaillé ensemble car Le Havre est un port très important et également parce ce que nous sommes deux villes classées au patrimoine mondial de l'Unesco. Le Havre a été pilonné et massacré pendant la seconde guerre mondiale puis a été reconstruit, alors que Bordeaux dispose du label pour son exceptionnel patrimoine du XVIIIème siècle.


Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les toiles d'Eugène Boudin ?

Françoise Garcia (conservatrice du musée) : Ce fils de marin est un peintre charnière qui va amener à l'Impressionnisme. Il travaille en plein air et s'intéresse, au-delà du port, au temps. Il cherche à traduire, avec la peinture, des choses complexes telles que l'atmosphère. Il joue avec l'eau, l'air, le vent...

Nous avons réuni un ensemble d'œuvres qui relate toute sa carrière. Dans sa jeunesse, il peint de manière très réaliste, dans le style post-Courbet. Il est alors inspiré par les marines du XVIIème siècle, puis il passe à des œuvres où il s'intéresse davantage au ciel et à l'eau. Ses personnages sont à peine visibles et les immeubles sont très peu décrits (une barre forme le port). Le tout avec des tonalités assez sombres. Il peint des vues du Havre avec un point de vue identique, mais à des heures différentes. Il a également représenté des vues des ports de Bordeaux, d'Anvers...

Boudin est un homme de son temps. Il a travaillé au moment où les scientifiques montraient que l'atome existe, que le vide n'existe pas, que tout bouge... Cette vibration se retrouve dans sa touche.


Quels sont les grands artistes du début du XXème siècle présentés dans cette exposition ?

F.G. : On entre dans le XXème siècle avec le Fauvisme. Nous consacrons un mur à Charles Camoin. Cet artiste représente le port de Marseille avec Notre-Dame de la Garde, le pont transbordeur... Il peint ensuite le port d'Alger de la même manière, avec le même point de vue qui n'est plus celui de l'impressionnisme : le port est, ici, montré à un moment donné.

Avec Raoul Dufy, on remarque particulièrement bien l'évolution par rapport à l'Impressionnisme. On entre dans la modernité avec un rythme différent : les aplats se forment, et la peinture se dégage de la touche irisée.

Nous exposons également une remarquable série de d'œuvres d'Albert Marquet. Ce peintre bordelais est allé de port en port (Hambourg, Stockholm...) durant toute sa vie. Il nous renvoie à la poésie du lieu, mais également à un abandon : les ports sont quasi-déserts, avec seulement quelques personnages. Parmi ses très belles toiles, figure celle du port de Bordeaux avec la Garonne, facilement reconnaissable à sa couleur très dorée (à cause des limons charriés).

Ndlr : dans l'exposition, on retrouve des peintures d'artistes phares tels que Georges Braque, Maurice Denis, André Lhote, et Paul Signac (un remarquable ensemble d’aquarelles est prêté par un collectionneur privé). On peut aussi découvrir des photographies de Alvin Langdon Coburn,  Robert Demachy, Man Ray, Germaine Kruhl (Pont transbordeur, vers 1930, Marseille, Musée Cantini), Laszlo Moholy-Nagy (Marseille, le pont transbordeur, 1929, Marseille, Musée Cantini)...


Vous présentez également des œuvres engagées...

T.S. : Oui, les œuvres exposées dans l'aile nord du musée sont beaucoup plus engagées. Elles représentent le monde du travail : Henri Bouchard sculpte les dockers de Naples, Léon Spilliaert montre le port d'Ostende... Dans une peinture du Belge Eugeen Van Mieghem, on remarque le poids écrasant des coques de bateaux qui mangent l'horizon, et la petitesse du monde du travail qui grouille tel une fourmilière. Le peintre a également peint des raccommodeuses de sacs. Ce métier n'existe plus aujourd'hui, mais était très important à l'époque. Il était généralement pratiqué par les épouses de dockers en manque d'argent.


Pouvez-vous enfin nous décrire, en quelques mots, la magnifique vue de Marseille d'Oskar Kokoschka qui figure dans l'exposition ?

F.G. : Après avoir enseigné à Dresde, de 1919 à 1924, l'artiste autrichien a marqué une pause et a décidé de faire le tour de l'Europe, jusqu'en Asie. Nous présentons, ici, une huile sur toile représentant Le port de Marseille (1925) que nous identifions facilement grâce au pont transbordeur. C'est une œuvre très légère - la matière est très fluide, presque aquarellée – avec un immense nuage, menaçant et dominant le port.

Suite à son séjour Marseille, Oskar Kokoschka est parti à Bordeaux mais il n'a pas peint le port, il a juste représenté le théâtre et l'église Notre-Dame.

 

Article initialement publié sur Art and You, 16 avril 2009

 

 

Publié dans : Art - critiques - interviews - Par Jean-David Boussemaer
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A l'occasion de la parution du neuvième numéro de Soon, contenant une remarquable série de clichés de l'actrice Mélanie Thierry, rencontre avec le légendaire et très controversé photographe David Hamilton.


J-D.B. : Pouvez-vous nous dire comment vous avez rencontré Mélanie Thierry ?


David Hamilton : Je l’avais déjà repérée, il y a quelques années, dans Quasimodo d'El Paris, puis aux côtés de Tim Roth, dans La Légende du pianiste sur l'océan, un grand film italien, réalisé par Giuseppe Tornatore. Elle y incarnait un petit rôle, mais était véritablement exceptionnelle. Cette actrice est superbe, et n’a pas changé en quinze ans. Olivier de Larue Dargère, directeur de Soon, me l'a présentée et le résultat se retrouve là, dans ce numéro.
 

Dans ce numéro, Soon accorde la part belle à votre travail.

En effet, après ce petit reportage photo, on trouve dix pages sur moi. Je voulais baser tout le magazine sur une idée de rêve, ce qui a mis tout le monde d’accord.
Je suis intéressé par le passé, l’idée de retour. Je suis passé de l’âge de l’innocence, qui est le titre de l’un de mes trente-cinq livres, à la fin de l’innocence. Là, on est arrivé à l’âge de vulgarité. Je vais essayer de tout remettre en place, en matière de normes, de redéfinir les règles des jeux. Le mot clé est : « harmonie ». Il faut trouver des normes, c’est l’idée que l’on met en application dans ce numéro.


Vous employez souvent ce terme d’ « harmonie ». Qu’est ce qui, pour vous, caractérise la beauté ?


Une seule chose : l’ossature, quand tout est en place dans le corps. Dans la peinture, la musique, l’harmonie constitue le socle de la beauté. On ne sait jamais, si le modèle a quelque chose entre les oreilles, et c'est tant mieux !
Catharine Hepburn était sans doute la plus belle actrice. Greta Garbo et Grace Kelly étaient également de grandes beautés « classiques-classiques ». De nos jours, nous avons Kate Moss et Claudia Schiffer. J’ai moi-même été marié avec une beauté exceptionnelle : Mona Kristensen.


Quels détails physiques vous séduisent le plus chez une femme ?


La première chose, c’est la peau. Elle reflète le reste, l’intérieur. La peau claire, très pâle, les yeux bleus, la blondeur. Une vraie blonde, j'entends. Il y en a peu. L’ossature, le long coup, les longues jambes. Toutes les filles au monde veulent être blondes, et avoir de longues jambes. Les danseuses sont assez gracieuses. J’ai traîné dans toutes les écoles de balais, pour y voir les petits rats.


Comment choisissez-vous vos modèles ?


Je vais dans le Nord, en Scandinavie faire mon « shopping ». Elles viennent toutes du Nord, d’Allemagne, de Hollande, de Belgique...
J’ai également des espions un peu partout, qui m’appellent dès qu'ils repèrent quelque chose. A l'époque, c'était plus facile. Maintenant, les agences sont toujours présentes, elle sont de plus en plus organisées.


Choisissez-vous des mannequins ?

Jamais ! Une fois qu'elles sont mannequins, c’est trop tard. À l’époque, c’est moi qui donnais les filles aux agences de mannequin.s J’ai découvert Paulina, la plus belle femme du monde. Elle avait quinze ans. Un an après, elle avait un contrat de trois millions de dollars avec Estée Lauder. En Nouvelle-Zélande, j'ai découvert Rachel Hunter, qui s’est mariée avec Rod Stewart, mais je n’ai fait aucune photo d’elle. Ce n’est pas évident de trouver quelqu'un avec qui le courant passe.


Face au modèle, quelle est la qualité nécessaire que doit avoir le photographe ?

La complicité. La plupart des photographes restent à distance. Ils s’en foutent, ils ne connaissent même pas le nom de leur modèle. Ce n’est pas de la photo. Voilà pourquoi je ne fais pas de mode. Je vis avec ces filles, on part en vacances. C’est incompatible avec la façon de travailler d'une agence de mannequins.
Il y a longtemps, j’ai croisé Richard Avedon dans un aéroport, il m'a regardé et m'a dit : « I wish I had your job ! »
 
 
Il me semble que vous avez assez tardivement commencé la photographie.

J’ai d’abord été designer graphique d’Elle, avec Peter Knapp, c’était passionnant. Puis directeur artistique du The Queen, à Londres, et du Printemps. Bien sûr, comme tout allait très vite, nous faisions vingt pages par jour, et nous réalisions la maquette... J’ai démarré la photo à vingt-neuf ans, mais seulement pour draguer les filles... un peu par hasard. Et ça a marché. C’est mieux que de jouer au football, ou au cricket, n’est-ce pas ?


A quel rythme travaillez-vous ?


Rapide, je travaille à l’instinct. Un ami businessman, qui ne connaissait rien à la photo, m'a dit : « Hamilton, c’est un instinctif ». Tout est là. Rappelez-vous de cette grande photo du pape, prise il y a quinze ou vingt ans. Un photographe plaqué à terre shootait le pape lisant la bible dans son jardin, et il avait des baskets aux pieds, des Nike ! Extraordinaire. La photo rend son humanité au personnage… Une double page dans Match !


Gardez-vous votre appareil sur vous ?

Je n’ai jamais mon appareil photo sur moi. Je ne suis pas dans le même registre que les « témoins de leur temps ». Ces photographes qui se baladent partout, à la manière d'Henri Cartier-Bresson. Dans ce domaine, Henri Lartigue était le plus doué. Lancé par Avedon, c’était un homme qui savait vivre. Tout ce qu’il touchait, il le rendait beau. Magnifique…


Quel type de matériel utilisez-vous ?

Toute ma vie, j’ai travaillé avec un Minolta. Récemment, Canon m’a fourni de nouveaux appareils, de jolies choses, pleines de boutons… Je n’y ai rien compris. C’est l’œil qui compte avant tout. Je ne sais pas développer, ni tirer une photo. Je n’éclaire pas une photo : lumière de jour... Je n’aime pas la complication.


Vous en retravaillez donc pas vos photographies ?

Je les photocopie, c’est tout ! Certaines photographies sont complètement « brutes ».


Tout au long de votre carrière, vous avez énormément pris de photos…


Oui, je dispose de quarante ans d’archives chez moi, que je trie tous les jours, à la recherche d’une photo ou d’un négatif. J’en ai 20'000 sur le mac, dont 19'000 filles. C’est du travail. Il ne faut pas que ça reste dans les tiroirs. J’ai une centaine d’albums. Récemment, j'ai voulu trouver un assistant, j’ai visité les Gobelins. Les élèves y sont très prisés pour leurs mérites : ils partent souvent faire du film d'animation à Hollywood... Mais quand on les voit, ils ressemblent à une vingtaine de robots ! Ils connaissent bien les boutons, mais ont peu idées, peu de flair.


Dans le milieu de la photo, qui considérez-vous comme proches de vous ?

Deux femmes : Diane Arbus et Sally Mann. Cette dernière fut contrainte de cesser de photographier sa propre fille, dès que celle-ci eut atteint l’âge de douze ans. Maintenant, elle capte des paysages, ce sont de belles œuvres. J’aime aussi beaucoup Paolo Roversi. Je crois qu’il fait partie des meilleurs même si je ne le connais pas personnellement.
Pour moi, l’âge d’or de la photo remonte à ses débuts, de 1860 jusqu’à la première guerre mondiale. Après cette date, on tourne en rond. On fait de considérables progrès techniques, mais il y a beaucoup moins de talents. L'âge du Pictorialisme était une belle période. Mon nouveau livre rend hommage aux Anciens. D’où le titre: Le retour. On fait marche-arrière, mais avec de l’espoir, car il faut trouver de jeunes talents.
J’aime également le travail de Miroslav Tichy qui est un photographe peu connu, c’est un diamant pur. C’est le talent de la magie. Ce Tchèque de 85 ans avait fabriqué son appareil avec du scotch, un fond de bouteille et du carton ! Il faisait des photos qu’il développait dans sa cuisine. Par manque d’argent, il dessinait le cadre à la main, directement sur la photo. Il photographiait des femmes, avec un appareil comme ça, et faisait des merveilles ! Lorsque j’ai découvert son œuvre, j’ai tout de suite voulu la retrouver dans quelques galeries. J’ai cherché, mais il n’y en a pas sur le marché. Quelqu’un a tout pris ! Le Centre Pompidou a exposé ses photos l’année dernière. C’est un talent pur comme Steichen, Le Gray...


Quels artistes appréciez-vous ?

George Mathieu, Zao Wou Ki, Dukeman qui n’a jamais fait une grande carrière. J’adore Twombly, mais ça dépend des périodes, et De Kooning… Si je devais choisir trois œuvres, ce serait un Rothko, un Fautrier, ou un Cranach... et un Gauguin, dont j'affectionne particulièrement une des œuvres qui se trouve à Edimbourg. J'aime beaucoup Charles Matton, un grand ami qui vient de mourir. Je l’ai collectionné depuis les années 60. Un vrai talent. Nous verrons qui restera. Le temps sera seul juge.


Que pensez-vous de l'œuvre de Roy Stuart ?

Ce n’est pas du tout mon rayon, tout ça. Il a un succès énorme, mais à mon goût, c’est vulgaire. Un monde à part...


Aujourd’hui, vous vivez en France. Est-ce à cause des problèmes, que vous avez eu outre-Atlantique avec ceux qui  n'appréciaient pas  votre travail ?

De la jalousie, c'est nomal... Toute cette agitation est un signe de succès !
Les Américains sont très puritains. Il y a quelques décennies, je me souviens que quelques uns déchiraient les pages de mes livres. Depuis le règne de Victoria, c’est un problème anglo-saxon qui a atteint les pays scandinaves, et l'Allemagne..Avec le temps, les Français, qui étaient  reconnus pour leur tolérance, suivent malheureusement l’Amérique...


Quel est le profil de vos collectionneurs ?

Mes collectionneurs sont maniaques, attentifs à la qualité de la photo. Ils veulent la perfection. Anna Bastien, qui a créé la grande exposition Andy Warhol, a fait le tour du monde. Il y a dix ans, il a acheté le Gustave Le Gray pour un million ou plus. Leurs profils sont tous différents.
En définitive, c’est le nu qui se vend le mieux, souvent de dos. Beaucoup aimeraient acheter mes photos, mais ils ne peuvent pas à cause de leurs femmes et leurs enfants, qui généralement ne sont pas d’accord…


Collectionnez-vous aussi ?

...Les filles !


Voyagez-vous beaucoup ? Quels sont les lieux que vous aimez à Paris ?

Je vis à Montparnasse, en ermite. Je vais manger au Tulip, à Edmond Delfour, et quelques autres restaurants autour. Le Ritz, c’est une bonne cantine. Je ne voyage pas tellement. Je travaille beaucoup : sept jours sur sept, huit heures par jour dans les archives, les bouquins. Parfois, je fais quelques expositions. Brutalement, la culture s’est laissée envahir par le snobisme. Il est devenu impossible d’entrer au Grand Palais, la file d’attente est interminable. Pour la vente Yves Saint Laurent, 9'000 personnes n’ont pas pu rentrer, c’est du pur snobisme. Le Matisse était la pièce de résistance, quelle beauté ! Dans toute vente, il en faut une.


Avez-vous des expositions de prévu prochainement ?

J’ai toujours des expositions autour du monde, ça tourne. Il y a deux ans à Padoue, et à la Biennale de Lyon où j'avais une salle à part pendant six mois. Le 14 mai, j'investis, à Genève, tout l’hôtel de la Paix, sur six étages.


Article initialement publié sur Art and You, 10 avril 2009

 

 

Publié dans : Art - critiques - interviews - Par Jean-David Boussemaer
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Lors d'ArtParis 2009, Francis Slomka, directeur de la galerie du même nom et collectionneur de bandes dessinées présentait des pièces inédites de Hergé, Disney ou encore Moebus. De Lucky Luke à Iznogoud en passant par Tintin et Astérix...


Lycéen dans les années 1970, le jeune Francis Slomka voulait par curiosité en savoir plus sur la bande dessinée qui le passionnait depuis toujours. Une passion familiale : son père adorait les comics d’avant guerre et sa mère lui avait appris à lire à l’âge de trois ans avec… le Journal de Mickey !


Est-ce vous qui êtes venu à Artparis avec un projet, ou est-ce Artparis qui est venu à vous ?

C’est moi qui ai proposé un projet, sans forcing, car finalement l’installation du stand Slomka s’est concrétisée très rapidement. Il y a quatre mois, j’ai ouvert ma galerie rue Dante, la rue des bandes dessinées. J’ai créé cette galerie parce que je collectionne depuis trente-cinq ans des originaux de bd, de dessins animés de Tintin, d’Astérix, de Disney, etc.
Après le lancement du lieu, j’ai trouvé logique de m'inscrire à Artparis, que je visitais en tant qu’amateur d’art contemporain, et par ailleurs, que j’adore. J’ai imprimé le dossier de candidature sur Internet, je l’ai envoyé, et c’était génial parce qu’ils ont dit « oui » tout de suite !
 

D'où vous vient cette passion pourles originaux de bandes dessinées ?

Quand j’étais gamin, la bande dessinée me fascinait.. Ensuite, à l’âge de seize ans j’ai eu la chance de devenir journaliste. Europe1 m’a embauché pour parler de bd. A dix-huit ans, je suis passé à Antenne 2 qui venait d’être créée. J’ai fait une émission pendant trois ans (1977-1980), qui s’appelait 1 sur 5, avec Patrice Laffont. Au sein de cette émission qui parlait de bande dessinée tous les mercredis après-midi, à côté des programmes pour la jeunesse, on recevait un dessinateur pendant quinze minutes. C’était la première fois qu’on en parlait et qu’il y avait une émission sur le sujet à la télé. J’ai ainsi rencontré tous les grands dessinateurs de la planète, à qui je demandais régulièrement de me faire des dessins, puis de les leur acheter. La plupart du temps, ils m’en faisaient cadeau, car personne ne s’intéressait à leurs dessins. C'est en rencontrant tous ces gens, que j’ai commencé ma collection.
 

Qu’est-ce qui vous plait dans la collection de bande dessinée ?

Je n’ai jamais cherché à tout avoir. Ce qui m’intéressait, c’était d’avoir précisément la bd que j’aimais, les originaux des bd que j’avais lues. J’ai toujours été fasciné par le fabuleux travail des dessinateurs, les reliefs, les découpages que l’on voit sur les originaux… Essayez de reproduire l'une des gouaches de cette galerie avec les reliefs, c’est impossible. Le document imprimé n’a jamais la même allure.
 

Comment en êtes-vous venu à créer la galerie Slomka ?


Petit à petit, j’ai continué dans la bd, j’ai monté une maison d’édition où j’ai édité Iznogoud, le vizir qui veut être calife à la place du calife. J’ai délaissé le milieu de la bande dessinée pour finir mes études, et je suis devenu chirurgien, ce qui n’a rigoureusement rien à voir. Malgré mon changement de parcours, j’ai continué à acheter de manière frénétique comme tous les collectionneurs des Disney, des Tintin, des Astérix...
Comme vous l’imaginez, j’ai été à la tête d’un trésor qui a enflé récemment avec les ventes aux enchères qui ont mis au pinacle la bd. Quand il y a un an, un monsieur qui s’appelle Spielberg est venu acheter une couverture de Tintin à Art Curial, les prix se sont emballés et ont littéralement explosés.
Spielberg a acheté Tintin, et là ça a été l’explosion, mes enfants m’ont demandé : pourquoi ne pas montrer toutes ces pages de Tintin, d’Astérix ? J’ai alors voulu monter un musée. Je n’ai pas besoin de vendre des bd, je gagne ma vie donc je suis parti pour fonderun musée, Mais, là, je me suis heurté à un mur législatif incroyable. Pour un musée, il faut créer une fondation, obtenir des autorisations... Finalement, avec une galerie on ne demande rien à personne, on expose des pièces sans être obligé de les vendre.
J’ai trouvé un beau local rue Dante, transformé en « galerie-musée ». La moitié des pièces présentées ne sont pas à vendre, elles sont juste accrochées régulièrement. Je sors de petits trésors de ma collection, pour les montrer, et je ne vends qu’occasionnellement ce qui reste, histoire de pouvoir dire « c’est une galerie », et pour en acheter d’autres. Ça commence à valoir tellement cher aujourd’hui que pour s’offrir une couverture de Tintin, il faut vendre deux ou trois pièces moins prestigieuses.
 

Combien de pièces possédez-vous ?

Lors de la dernière estimation, j'ai compté un peu plus de 10'000 pièces. Les petits trésors ce sont des Walt Disney, des Hergé, une page de garde des aventures de Tintin, et des pages rarissimes de Lucky Luke. Les dessinateurs ne vendent pas leurs planches. C’est l'une des difficultés de la bd. Aujourd’hui, les familles gardent tout, elles savent qu’il y a un marché qui se fait autour. La veuve d’Hergé a ainsi bloqué toutes les ventes. Elle a tout gardé précieusement et a monté un musée Hergé, qui va ouvrir dans quelques jours. Les originaux d’Hergé que l’on trouve sur le marché aujourd’hui sont des pièces un peu particulières : elles appartiennent à des éditeurs qui n’ont pas rendu les planches à Hergé dans les années 30-40., ce sont des dérobés, des non rendus par oubli, des volés... Albert Uderzo s’est fait piquer un album entier d’Astérix qu’on n’a jamais revu. Evidemment, il est à l’affût. Il m’a fait passer le mot que si je voyais passer une planche de cet album-là, il fallait lui en parler tout de suite. Dans le milieu de la bd comme dans le milieu de l’art, on entend ce genre d’anecdotes.
 

Pour certaines BD, les prix sont extrêmement élevés...


Sur mon stand vous avez 80% des œuvres qui sont à moins de 90'000 euros. La moitié est à moins de 2'000 euros, parce que j’ai volontairement pris le parti de faire rentrer la bd chez les collectionneurs et que je suis parti sur des prix extrêmement bas. Par contre, les œuvres majeures comme Tintin je ne vais pas la vendre 15'000 euros… La couverture de Tintin est à 300’000 euros, la couverture d’Astérix à 390’000 euros. C’est le prix des salles de ventes.
Très bientôt, Spielberg sortira un Tintin. Il a racheté les droits de Tintin. Peter Jackson fait le 2ème film de Tintin..Ce personnage qui n’avait jamais pénétré aux Etats-Unis, va brutalement devenir universellement célèbre.
Des petits dessins de Tintin sont ici vendus à 5'000 euros. A l’époque, j’achetais un Tintin pour cent francs. Il valait déjà plus cher que tous les autres, mais ce n'était pas les cours d’aujourd’hui, et ce n’est probablement rien par rapport à ce que ça vaudra dans cinq ou dix ans. Tout le monde en parle maintenant, tous veulent en acheter.
 

Et les mangas ?

Ils vont encore prendre de la valeur. Dans les mangas, certains tableaux valent plus de1’000 euros. Sur notre stand, les plus grands collectionneurs de bd sont restés stupéfiés, comme Michel Edouard Leclerc, qui est un sacré collectionneur, c’est la première chose sur laquelle il s’est jeté.
 

Qu’est-ce qu’un collectionneur peut s’acheter pour 2’000 euros ?

Des tas de choses. Il y a des dessinateurs chinois fabuleux qui commencent à publier en France. Vous pouvez aussi vous offrir un des Sept nains, une pièce de 1937. Nous proposons des pièces vieilles de soixante-douze ans pour 2’000 euros. Pour ce prix, on trouve des originaux de Disney avec Mickey.
Avec 1’500 à 2’000 euros, on peut repartir avec un Picsou de Carl Barks, toutes sortes de dédicaces de Boule et Bill... Tout le monde pense que c’est beaucoup plus cher. Il y a une trentaine d’années, j'ai payé ces pièces peut-être l’équivalent de 50 ou 60 euros. Vu les cours actuels, je pourrais les vendre à 10'000 et plus. Mais, après en  avoir discuté avec les organisateurs du salon Artparis, on en a conclu qu’il fallait frapper fort, pour que la bd rentre réellement dans les habitudes des acheteurs d’art contemporain.
J’ai pris le parti d’être extrêmement raisonnable dans les prix, et finalement, ça marche. Au vernissage, on a eu de nombreuses ventes. Le public d’hier revient aujourd’hui. Je suis agréablement surpris et satisfait des premiers résultats, de la sympathie des gens qui passent et regardent avec intérêt.
Les dessinateurs ont joué le jeu, Moebius, le plus grand artiste français vivant m’a fait un tableau spécialement pour Artparis. Il a réalisé une pièce en hommage à Alain Bashung et nous l’a fait livrer il y a 48h pour l’ouverture du salon. Philippe Druillet nous a fourni des oeuvre magnifiques...
 

Les dessinateurs de bd se revendiquent-ils artistes ?

Bien entendu, les dessinateurs sont ravis d’être enfin reconnus à leur juste valeur. La bd est un art contemporain, le débat n’a plus lieu d’exister. On en trouve dans les collections permanentes de Beaubourg, au MoMA (New York). On ne peut plus traiter la bande dessinée d’ « art mineur ». Elle constitue un art contemporain au même titre que la photo, la sculpture, et la peinture. Les dessinateurs sont des artistes à part entière. Longtemps, ils ont souffert de n'être considérés que comme de simples « dessineux », comme ils disent, des gratteurs de papier. Aucun doute sur le fait qu’ils s’expriment avec un talent et des codes qui sont en tous points équivalents à ceux de l’art contemporain.
 

Trouve-t-on beaucoup de collectionneurs de bd en France ?

On dénombre actuellement 2’000 collectionneurs d’albums ou de planches, ce qui n’est pas énorme ; on espère bien qu’avec Artparis ce nombre augmentera. Pour ma part, je suis collectionneur de bande dessinée et d’art : cela prouve bien que ce sont des milieux connexes et complémentaires, tout à fait intégrés.
 

Faut-il avoir gardé son âme d’enfant pour entretenir dans le temps une telle collection ?

Je crois qu’on garde toujours son âme d’enfant ! Cela explique l’émerveillement que beaucoup ressentent en découvrant le stand. On se rend compte brutalement que c’est l’enfance qui ressurgit, et que tout compte fait, elle n’était jamais partie. Tout ce qu’on a aimé en feuilletant des pages de papier, on est ébahi quant on les retrouve en nature. Imaginez que vous ayez vu la Joconde en papier toute votre vie et que pour la première fois vous vous retrouviez réellement devant l’oeuvre. La collection donne véritablement une autre dimension à la bande dessinée...


Article initialement publié sur Art and You, 31 mars 2009


Publié dans : Art - critiques - interviews - Par Jean-David Boussemaer
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