En écho au succès populaire de l’année dernière, « Qui a peur des artistes ? Une sélection d’œuvres de la François Pinault Foundation » (73'000 visiteurs et 4'000 catalogues vendus), la ville de Dinard renoue avec l’art contemporain. Via « Hope ! », une exposition sur l’Espoir, la ville réaffirme sa volonté de défendre avec éclat la création artistique d’aujourd’hui car elle croit en ses valeurs positives de transformation et de lien social, dans un contexte de décentralisation et de démocratisation culturelle.
Commanditée par Sylvie Mallet, maire de la Dinard, à Ashok Adicéam, le commissaire de l’exposition, cette exposition tente de
révéler le fil de l’espoir et de la grande marche des artistes, de 1960 à nos jours.
Le parcours s'organise tel un voyage initiatique en quatre temps, dont les trois premiers titres sont inspirés de la culture biblique - la Genèse, l’Exode et l’Apocalypse - et qui se termine avec la Grâce. Cette dernière « dénoue le fil de l’espérance dans une eschatologie spirituelle au cours de laquelle l’artiste se donne tout entier dans sa différence et sa vision du salut. C’est de cette efficacité de l’art dont il est question dans ce voyage : l’art peut-il aider à faire le deuil, et par cet apprentissage redonner la joie et le goût de vivre ? » (Ashok Adicéam)
Parmi la soixantaine d’œuvres de cinquante artistes, on retrouve des pièces d’artistes majeurs dans l’histoire contemporaine de l’art — comme celles de Richard Serra, Alighiero e Boetti, Takashi Murakami, Damien Hirst, Bill Viola, Martial Raysse, François Morellet, Ed Ruscha, Bernard Frize, Lucio Fontana —, qui dialoguent avec des créateurs incontestablement reconnus ou distingués récemment et durablement — comme Ugo Rondinone, Jean-Michel Othoniel, Mona Hatoum, Paola Pivi, Allora & Calzadilla, Pierre&Gilles, Gabriel Orozco, Matthew Day Jackson, Rashid Johnson, Mark Wallinger, Zhang Huan, Roni Horn, Claude Levêque... — sans oublier des découvertes comme l’argentin Charly Nijensohn, les artistes coréens Do Ho Suh et Jin Meyerson ou les français de Kolkoz.
On y découvre également des surprises de taille comme L’homme qui marche de Giacometti, les photographies édifiantes de Wim Wenders, ou le portrait par Yan Pei-Ming du président Obama. Enfin, des œuvres bouleversantes de sept artistes iraniens rendent compte de l’espoir et de la créativité de cette scène importante du Moyen Orient : Fahrad Moshiri, Shirazeh Houshiary, Rokni Haerizadeh, Reza Aramesh, Farideh Lashai, Reza Derakshani, Sara Rahbar...
Les quatre temps de l'exposition expliqués par Ashok Adicéam
La Genèse : « Entrée en matière... En ouverture de ce voyage initiatique auquel le visiteur est invité à prendre part, il est fait référence au minimalisme, sa rigueur formelle, la place qu’elle laisse au hasard et à la matière, sa froideur aussi, auquel les artistes comme Richard Serra, Lucio Fontana, François Morellet, Alighiero e Boetti et Bernard Frize appartiennent ou rendent hommage [...] Cette Genèse a mis au monde une Terre qui, conquise et habitée par les hommes, est devenue une vaste sphère en mouvements perpétuels, inscrivant la mobilité au cœur de son histoire et de sa géographie. C’est une planète recréée par des femmes qui nous est offerte avec pédagogie : dans le néon de Mona Hatoum qui prévient des menaces et des conflits, dans la photographie par Yto Barrada d’un objet en bois pour enfants illustrant les mouvements de dérives des continents ; et avec cette mappa tissée de soie par les femmes afghanes (qui ont eu le choix de la couleur des océans) dans l’œuvre de Alighiero e Boetti. »
L'Exode : « Les œuvres présentées dans l’Exode sont une étude métaphorique de tous les déplacements et les migrations qui constituent le fait majeur des 50 dernières années. L’Homme qui Marche de Giacometti (réalisé en 1961) ouvre avec éclat la longue aventure humaine de tous les exilés, les réfugiés et les expatriés déracinés, épris de liberté et remplis d’espoir. La chronique ici est celle de leurs fuites sur des embarcations de fortune, le récit de la longue marche des hommes à la recherche du paradis perdu ou de la terre promise ! L’artiste observe, contemple, médite ou s’engage [...] Parfois les artistes font appel à leur propre identité, toujours en mouvement, pour peindre des déplacements intimes. »
L'Apocalypse : « Survolant les cataclysmes et les crises, l’artiste livre son singulier journal de bord qui reconstitue l’actualité tragique à travers une réappropriation ou un détournement des médias et des images. Par la relecture ou la reconstitution du drame, il invite à une conscience plus claire, à un esprit plus recueilli ou à une mobilisation plus collective [...] Contre la violence, le travail artistique et engagé de Pedro Reyes consiste à transformer des armes en pelles reluisantes qui elles-mêmes vont planter des arbres et semer ainsi de nouvelles vies. L’acte de création s’oppose à la destruction de la vie et s’établit dans la relation de l’homme avec sa vérité et le monde qui l’entoure. C’est l’introduction à la grâce. »
La Grâce : « Inscrit dans le concept d’un espoir intimement lié à l’attente, le voyage initiatique proposé par l’exposition se termine...dans une salle d’attente ! Ou plutôt dans le hall d’arrivée d’un aéroport, filmé dans la vidéo de Mark Wallinger : les passagers attendus, traversent la porte coulissante automatique et arrivent dans ce que l’on découvre être le Paradis ! Le Psaume du Roi David, Miserere, mis en musique par Giorgio Allegri à l’époque de la Renaissance, accompagne cette arrivée au «seuil du Royaume de Dieu». Les paroles implorent la pénitence et l’espérance divine.
Emplie de cette même allégresse, l’œuvre de Damien Hirst renoue d’une manière spectaculaire avec l’art sacré du vitrail. Recomposant le miroir sacré des églises, avec des ailes de papillons morts, Hirst nous fait éprouver par l’appel à tous les sens, la beauté, la mort, la vie. Sa recherche vitale s’établit dans le parallèle et le dialogue entre la science et l’art d’une part et d’autre part entre Dieu et le sens de la mort.
Appliquée dans ses recherches artistiques à fixer les particules en suspension et à en extraire un double identifiable, Roni Horn travaille sur l’identité, le dédoublement et l’identique avec une véritable météorologie de l’esprit. À travers ses photographies de Clowd and cloun, elle cherche à percer le secret de la mécanique des fluides qui interagissent entre la terre et le ciel, entre l’esprit de l’homme et la nature qui l’entoure, le cache ou le dévoile.
C’est également dans un au-delà du langage humain, que l’œuvre de Jean-Michel Othoniel se déploie. Avec ses sculptures sphériques réalisées en verre soufflé, il s’appuie sur la force et la violence des volcans pour réaliser des colliers géants à l’infinie douceur au toucher qui rendent grâce à la nature, à l’humain et au divin.
Avec La Vierge et l’Enfant qui s’inscrit dans l’iconographie de la culture populaire de Pierre et Gilles, c’est un portrait baroque et ostentatoire de la «Mère de Dieu» qui est offerte au regard et peut-être à la prière. La nouveauté dans ce travail très récent qui appartient à la série Wonderful Town tient dans le décor qui entoure le personnage incarné par l’actrice arabe, Hafsia Herzi : la ville et sa banlieue. Pierre et Gilles résistent au désenchantement et s’obstinent à prier le monde d’être plus sensible et doux et invitent par leur art naïf à une société plus fraternelle et égalitaire.
Le miroir de Rashid Johnson Promised Land et le portrait d’Obama par Yan Pei-Ming renforcent cette dimension du salut par la divination en faisant référence ensemble à la tradition des afro américains (à l’origine de la musique incantatoire, le blues, le jazz, le chant gospel...) et appelant tous deux au dépassement des clivages raciaux. L’artiste noir américain Johnson mêle toutes les techniques et les matériaux dans ses œuvres qui concilient l’alchimie avec la science et l’astronomie. Pour lui, le black power doit céder le pas à l’hybridation. Taguer ce miroir est pour Johnson un hommage rendu aux premiers «sprayeurs» noirs américains qui, en réaction à l’assassinat de Martin Luther King en 1968 décidèrent d’attaquer des trains avec leurs bombes de peintures dans le dessein de revendiquer cet autre rêve : la reconnaissance de l’égalité raciale... »
Informations pratiques
Palais des arts - 2 boulevard Wilson - 35800 Dinard
Exposition accessible tous les jours, du lundi au dimanche de 11h à 19h
Nocturne le vendredi jusque 21 heures Clôture de la billetterie 30 minutes avant la fermeture du Palais des Arts
Visites guidées : tous les vendredi soirs à 19h / autres horaires sur réservation (+33 2 99 16 30 63)
Tarifs : 5 € Entrée plein tarif / 3 € Jeunes de 16 à 18 ans, étudiants / Exonération : Enfants et jeunes jusque 15 ans inclus, Carte Enora, Personnes sans emploi, personnes handicapées et/ou mobilité réduite, Carte Icom, journalistes (sur présentation de justificatifs)
Thierry Raspail, directeur artistique de la Biennale de Lyon, a choisi Victoria Noorthoorn, pour assurer le commissariat de la 11ème édition, qui se tiendra du 15 septembre au 31 décembre 2011.
Victoria Noorthoorn est commissaire indépendante vivant à Buenos Aires. Elle est titulaire d’une maîtrise en histoire de l’art de l’université de Buenos Aires, et d’un
M.A en Curatorial Studies du Bard Collège, New York. Elle a été Coordinatrice de projet du Programme International du MoMA New York (1998-2000) ; Assistant Curator pour les expositions
contemporaines du Drawing Center, New York (1999-2001) ; et Conservateur du Malba-Fundación
Costantini à Buenos Aires (2002-2004).
Depuis, elle a travaillé en tant que commissaire indépendante sur divers projets d’exposition à Buenos Aires, Santiago de Chile, Sao Paulo, Galicia, New York, Cali et Porto Alegre. Elle a pensé la collection permanente de la nouvelle section du National Museum of Fine Arts Neuquén (2004) ; a été commissaire principale de la 29ème Pontevedra Art Biennial (2006) en Espagne (première biennale européenne à inviter une majorité d’artistes d’Amérique latine).
Elle a participé à la présentation de l’artiste argentin León Ferrari lors de la 52e Biennale de Venise – qui a reçu le prix du Lion d’or ; et a entre autre été commissaire de l’exposition « Beginning With A Bang! From Confrontation to Intimacy. An Exhibition of Argentine Contemporary Artists 1960 / 2007 » à l’Americas Society, New York.
En 2008, elle a été co-commissaire avec les artistes colombiens Wilson Díaz, José Horacio Martínez, Oscar Muñoz, et Bernardo Ortiz, du 41e Salon National à Cali (Colombie), un événement qui présentait 17 expositions de commissaires locaux et 3 grandes expositions internationales : « The Image in Question », « Presentation and Representation » et « Participation and Poetics ».
Elle a remporté la compétition internationale pour la direction artistique de la 7ème Biennale de Mercosul – avec l’artiste chilien et commissaire d’exposition Camilo Yáñez – qui a eu lieu de septembre à novembre 2009 à Porto Alegre (Brésil).
Victoria Noorthoorn prépare actuellement une rétrospective de l’artiste argentine Marta Minujín pour Malba – Fundación Costantini, qui ouvrira en Novembre 2010 à Buenos Aires.
Du 7 septembre au 6 octobre 2010, le Groupe Passerelle organise la seconde édition d'Oplineprize, une opération à la fois virtuelle et réelle, qui permet l’accès de tous à l’art contemporain et favorise la rencontre des publics, avec les oeuvres du XXIe siècle, grâce au numérique.
Opline met à l’honneur les structures qui défendent l’art contemporain et le numérique comme nouveau diffuseur d’œuvres artistiques. Grâce à la
diffusion numérique, il permet une meilleur vision de l’art contemporain auprès des publics n’ayant pas coutume de se rendre dans les musées et permet d’élargir l’audience des nouveaux
créateurs. Il permet une démocratisation de la culture grâce l’élection directe du lauréat par les internautes sur le net.
Le prix Opline d’une valeur de 5'000 euros est à partager entre l’artiste et la galerie, et un tirage au sort permet à l’un des internautes de recevoir une œuvre du lauréat d’une valeur de 1'000 euros.
En 2009, la première édition a connu un beau succès : 16 galeries bordelaises ont participé, plus de 7'000 internautes passionnés ont voté, et plus de 20'000 ont consulté le site.
L'édition 2010
La thématique de l'édition 2010 est « Eternity ». Celle-ci doit permettre de mettre en exergue la question de la durabilité dans un monde ou le développement durable. Et ainsi faire le lien avec l’art dans les espaces publics, comme l’a présenté Dan Graham au parc des expositions de Paris.
Du 7 septembre au 6 octobre 2010, il sera possible de voter sur www.oplineprize.com. 15 galeries et structures réelles, 8 bordelaises, 5 parisiennes et 2 canadiennes et une virtuelle, Opline galerie, ont été retenues.
> Galeries bordelaises : ACDC, Arret sur l’image, Ilka Bree, Cortex Athletico, DX, Eponyme, Espace 29 et Galerie d’Artois.
> Galeries parisiennes : Martine Aboucaya, Chez Valentin, Magda Danysz, de multiples et Dix9.
> Galeries canadiennes : Uquam (université Montreal) et Roger Bellamare Montréal.
Le prix sera officiellement remis par Alain Juppé, maire de Bordeaux le 8 octobre 18h, à la mairie de Bordeaux. Le même jour, une rencontre sur le thème « Comment concevoir l’éternité dans un monde déterminé ? » sera organisée à 15h à l’auditorium de l’Entrepôt Lainé. Animée par Bernard Lafargue (professeur d’histoire de l’art et d’esthétique) et Allain Glykos (maître de conférence, écrivain), elle réunira Claudie Haigneré (Présidente d’Universciences), Nathalie Kosciusko-Morizet (Secrétaire d’état à la prospective et au développement de l’économie numérique auprès du 1er ministre), Roman Opalka, Philippe Lemoine (Président de Laser) et Michel Mendes France (Professeur émérite Université Bordeaux I).
Roman Opalka, invité d'honneur de l'édition 2010
En 1965, à Varsovie, Roman Opalka attend son épouse dans un café. Celle ci tarde à arriver. Ce temps mort lui donne la solution à son travail en gestation: il a l’idée de matérialiser la peinture du temps. Roman Opalka met alors le chiffre 1 en haut à gauche d’une toile. C’est le début de son «projet de vie».
« Ma position fondamentale, programme de toute ma vie, se traduit par un processus de travail enregistrant une progression qui est à la fois un document sur le temps et sa définition. Chaque détail qui appartient à une totalité ouverte du 1 à l’infini est désigné par mon nom et par une seule date (1965) suivi du premier et du dernier nombre portés sur la toile :
OPALKA 1965 / 1 - ∞ Détail …
Je compte de manière continue de 1 à l’infini sur des toiles de mêmes dimensions, à la main, au pinceau et à la peinture blanche sur un fond uni recevant pour chaque tableau suivant environ 1% de blanc supplémentaire. Arrivera donc le moment dans ma vie, du moins je l’espère, où je peindrai en blanc sur un fond blanc.
Chaque détail – tableau comporte la bande magnétique d’un enregistrement de ma vois prononçant les nombres pendant que je les inscris ainsi qu’une documentation photographique de mon visage établie quotidiennement après ma séance de travail ».
Sept années de réalisation de mon programme de tableaux comptés m’ont été indispensables, ainsi qu’une totale immersion de ma part dans cette entreprise, à laquelle je devrai me confronter durant toute ma vie, avant que je n’écrive ces quelques lignes citées plus haut : durée nécessaire à a compréhension et
à l’approfondissement de ses différents aspects structurels et techniques que j’avais été amené à saisir avant d’avoir marqué le premier chiffre sur le premier détail mais sans cette expérience suffisante qui me permettait enfin de définir, en pleine responsabilité une telle démarche et aussi comment l’accoupler à mon existence ou comment démarquer les limites du programme de celles de la vie.
Ce pari n’est pas un modèle à suivre mais à prendre en réaction à la situation actuelle où nous nous trouvons ; ce n’est pas non plus, une fermeture ; ce serait plutôt un regard qui approfondit mieux ce qu’il embrasse d’une seule fenêtre pour mieux comprendre celui qui regarde au lieu de se précipité*er vers une multitude de fenêtres pour voir, quoiqu’il en soit, toujours la même réalité et oublier l’essentiel. » (Roman Opalka)
> Résultat du Oplineprize 2010