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Art contemporain à Paris

Samedi 17 avril 2010 6 17 /04 /Avr /2010 09:20

La Galerie Arc en Seine (33 rue de Seine - Paris 6) présente sept dessins « grotesques » du Prince Félix Youssoupoff. Ceux-ci  faisaient partie d’un ensemble de quinze accrochés autrefois aux murs de la petite maison qu’occupaient le Prince et son épouse à Paris.

 

Prince Youssoupoff-L’Envie Ces dessins ont été réalisés en Corse en 1929, comme l'artiste l’évoque dans son livre En Exil : « Je fus pris à cette époque d’une envie irrésistible de dessiner. Jusque-là, c’était Irina qui dessinait avec beaucoup de talent et d’imagination des figures de songe : visages aux yeux immenses, aux regards étranges, qui semblaient appartenir à un monde inconnu.

C’est sans doute sous l’influence des dessins de ma femme que je commençai les miens. Je m’y adonnai avec acharnement, rivé à ma table comme par un sortilège. Mais ce que je voyais naître sous mon crayon, c’étaient plutôt des visions de cauchemar que des créatures de rêve. Moi qui n’aimais que la beauté sous toutes ses formes, je ne pouvais créer que des monstres ! On eût dit qu’un pouvoir maléfique, caché en moi, cherchait à s’exprimer et guidait ma main. Mon travail s’accomplissait, en quelque sorte, en dehors de moi. Je ne savais pas ce que j’allais faire, mais c’était toujours des êtres difformes ou grotesques, parents de ceux qui hantaient l’imagination de certains sculpteurs ou imagiers du Moyen Age. Je cessai de dessiner, un jour, aussi brusquement que j’avais commencé. Ma dernière œuvre aurait pu représenter Satan en personne. Tous les professionnels à qui j’ai montré ces bizarreries se sont étonnés d’une technique qui normalement ne peut s’obtenir qu’après des années d’études. Je n’avais pourtant jamais tenu un crayon ou un pinceau avant cette période de production frénétique, et depuis qu’elle s’est terminée, non seulement j’en ai perdu le goût et l’envie, mais, le fallût-il pour sauver ma vie, je serais incapable d’en refaire autant. »

Dessinée à l’encre de Chine et aquarellée, chaque œuvre semble empreinte d’une étrangeté qui ajoute à leur mystère... Qui représente-t-elle, que signifient ces yeux immenses ouverts sur un monde qui est peut-être le nôtre et nous observent si bizarrement... ? Peut-être ce regard hypnotique rappelle-t-il celui non moins fameux de Raspoutine... ? Félix écrit de lui : « son regard était perçant et lourd à la fois. Son sourire doucereux frappait presque autant que son affreux regard. Quelque chose d’abject filtrait à travers son masque vertueux, il paraissait méchant, rusé et sensuel. »

La dernière œuvre réalisée par le Prince Youssoupoff et intitulée tardivement « Le Diable » (qui ne fait partie de l’exposition) suffit à elle seule à faire naître en chacun le trouble, comme si, dans un ultime coup de pinceau, il était parvenu à exorciser l’image de celui qui entraîna la fin d’un monde, la fin de son monde.

Comme une parenthèse cathartique, cet élan créateur ne se renouvela jamais et Félix Youssoupoff poursuivit sa vie de Prince emblématique, généreux et amoureux de la vie.

 

Repères biographiques

Né en 1887, le Prince Félix Youssoupoff est le second fils de la Princesse Zinaida Youssoupoff et du Comte Soumarokoff-Elston, famille de la noblesse russe réputée « plus riche que le Tsar lui-même ». Avec son frère Nicolas, il vit une jeunesse dorée, élevé dans un luxe extraordinaire. Doté d’une remarquable intelligence et d’une sensibilité artistique reconnue, Félix, particulièrement extraverti, se plait aussi à mener une vie scandaleuse, s’amusant à se travestir en femme ou à errer dans Saint-Petersbourg déguisé en mendiant.

La mort de Nicolas au cours d’un duel affecte douloureusement Félix qui trouve auprès du Grand Duc Dimitri Pavlovich un ami dévoué. Il décide alors de partir étudier à l’Université d’Oxford dont il sortira diplômé trois ans plus tard, non sans avoir charmé la cour britannique...d’aucuns diront qu’il « était un des plus beaux hommes d’Europe ». De retour en Russie, il parvient, après quelques intrigues, à épouser en février 1914, la Princesse Irina Alexandrovna, la nièce du Tsar Nicolas II.

Lui qui passa sa jeunesse à scandaliser la cour impériale, à offenser ses parents par ses réactions imprévisibles, à profiter de sa beauté et de sa richesse, ne peut supporter la faiblesse de l’Empereur et la ruine vers laquelle s’oriente la monarchie. La Tsarine, convertie à la religion orthodoxe, plonge dans un mysticisme exacerbé et met toute sa confiance en Raspoutine, un paysan errant, prédicateur et guérisseur, introduit à la Cour dès la fin de l’année 1905.

Tandis que la Grande Duchesse Elizabeth ne voit dans le « Staretz » qu’ « un imposteur et un suppôt de Satan », la Tsarine, sa sœur, persuadée qu’il est le protecteur de la vie et de la santé de son unique fils atteint d’hémophilie, lui ouvre les portes de la résidence impériale avant de remettre entre ses mains le destin de toutes les Russies.

En 1916, Félix, aidé du Grand Duc Dimitri et du chef du parti monarchiste à la Douma, Pourichkevitch, décide d’assassiner Raspoutine. Afin de l’attirer sans méfiance dans son palais de la Moïka, le Prince se lie avec Raspoutine qu’il rencontre à plusieurs reprises avant cette nuit fatale du 29 au 30 décembre 1916. Le « Staretz » fut finalement jeté dans la Neva gelée où il mourut sans doute noyé. L’Impératrice diligenta une enquête qui aboutit à l’exil du Prince Youssoupoff et du Grand Duc Dimitri.

Et tandis que la mort de Raspoutine devait libérer la Russie, c’est au contraire sa fin qui est précipitée. La Révolution bolchevique, le meurtre de la famille impériale, l’exil et la perte de toutes ses possessions (à l’exception de rares joyaux, comme l’extraordinaire « Etoile Polaire » et la célèbre perle « Peregrina ») n’entament pas la volonté de Félix d’aider ses compatriotes et il n’aura de cesse d’assister les réfugiés russes tout au long de sa vie.

En 1924, il crée à Paris une maison de couture, IRFÉ (contraction des prénoms Irina et Félix) qui connaît un très grand succès, mais ne résistera cependant pas à la crise des années 30.

Bien qu’il assumât toujours le meurtre de Raspoutine et qu’il continuât à mener une vie mondaine, ponctuée d’événements rocambolesques, tristes ou bien heureux, le Prince Youssoupoff restera toute sa vie hanté par cet assassinat.

C’est en Corse, en 1929, qu’il se met à dessiner, peut-être sous l’influence des incessants cauchemars qu’il fit toute sa vie.

Et s’il écrit : « Nos souvenirs sont faits d’ombre et de lumière. Dans l’extrême diversité de ceux que peut nous laisser une vie mouvementée, il en est de tristes et de joyeux, de tragiques et de charmants. Il en est de délicieux ; d’autres si affreux qu’on voudrait n’avoir jamais à les évoquer ». (En exil), au seuil de sa mort, il aura ces mots merveilleux : « Je suis reconnaissant pour tout et tous les jours de ma vie ».

 

[Visuel : Prince Youssoupoff, L’Envie]

 

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Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 11:23

A l’occasion de la publication de L’Etalon pré-posthume, dessins 1957-2007, catalogue de la donation Joël Kermarrec à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-arts, la Galerie des Modernes (Louvre des Antiquaires - Paris 1 - 1er étage) présente du 24 avril au 9 mai 2010 un accrochage de dessins et d'ardoises de l’artiste.

 

Joel-Kermarrec.pngL’œuvre de Joël Kermarrec comprend des peintures, souvent retravaillées, un grand nombre de dessins, d’objets, de photographies et même d’installations. Il porte aussi bien sur l’énoncé du visible que sur son énonciation. Son intelligence associe parfois le religieux et le scabreux, l’analytique et le symbolique, l’onirique et l’obsessionnel, tout en questionnant sans cesse les relations entre les signes et leurs logiques signifiantes.

Trop rarement envisagées sous le jour d’un même éclairage, ces nombreuses facettes interrogent autant l’image que la forme, le dessin que la couleur, mais aussi le texte et la pensée dans leur double statut de citations et d’aphorismes poétiques.

Joël Kermarrec pratique un jeu incessant de corrosion, d’altération et de retournement des formes, des images et des signes. Invitant le spectateur à l’interprétation, il le pousse jusqu’au bord de la déréliction.

Travaillant sur la peinture, l’objet ou le sujet de la peinture, l'artiste déconstruit, dénature, joue avec les images, les ambiguïtés visuelles, l'illusion, le simulacre, utilisant les moyens mêmes de la peinture ou plutôt les artifices de la peinture. Esprit curieux, redoutable contradicteur, sa création toujours inachevée, toujours en devenir, centrée sur le modèle, refuse la facilité et la séduction. Détournement d’images magrittéennes, règlements de comptes avec le Maître du Mystère, déclinaisons de formes à l’infini, présence récurrente du crâne, symbole de la Vanité, Joël Kermarrec balise ses interrogations picturales de signes et d’indices, marqués par le doute, l’inquiétude du devenir.

 

Repères biographiques

Né en juillet 1939 à Ostende, Joël Kermarrec vit et travaille à Paris depuis 1958. Doué pour le dessin, il expose dès 1957 un ensemble de dessins à Roubaix à la Galerie Création. Il entre en 1958 à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris où il poursuit ses études artistiques jusqu’en 1963. En 1964, il expose au Salon de la Jeune Peinture.

En 1968, il participe à la mise en place du Département Art de l’Université de Vincennes (Paris VIII) sous la direction de Jean Laude et y enseigne de 1969 à 1975. De 1975 à 1987, il enseigne à l’Ecole des Beaux-arts de Marseille/Lumigny.

En 1987, il est nommé professeur à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts à Paris, poste qu’il occupe jusqu’en janvier 2007. Souhaitant que cette institution devienne le lieu de référence de sa production graphique, l’artiste a réalisé plusieurs dons entre 1994 et 2008. Au total 52 dessins qui permettent de suivre l’évolution de son style, de ses premières études d’après modèle jusqu’à ses dernières recherches.

 

[Visuel : Joël Kermarrec, Etalon pré-posthume Dessins 1957-2007, 2010]

 

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Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /Avr /2010 08:38

Du 19 au 21 avril 2010, La Générale offre carte blanche à AnnaO. A cette occasion, la jeune artiste présente un ensemble de peintures à l'huile et feuille d’or, sculptures en bronze, dessins à l'encre de Chine et photographies. Une exposition ponctuée de divers événements festifs.

 

AnnaOAnnaO (née en 1979, vit et travaille à Paris) est tout à la fois plasticienne, auteur-compositeur et interprète - son album She was a Princess est à paraître. Egalement poète, elle a publié des extraits de son travail dans Action Poétique, Le Zaporogue, Runbook art book, etc.

« Les sculptures d’AnnaO se découpent d’un chaos – le nôtre et le sien – dont elles découvrent et explorent les structures. La Chose s’incarne en ce qui apparaît immédiatement comme un désordre de haute précision, ici une série de Princesses du Crépuscule arrachée de haute lutte à l’invisible qui précédait. Il y eut combat mais il y a maintenant ouverture, naissance et cristallisation. On pense aux danseuses de Degas, car ces Princesses SONT des robes, de très étranges vêtements… Couture ? Certainement. Coupes et découpes, plissés que l’on dira un jour arrachés, robes et dérobes. Danseuses au hiératisme lumineusement giacomettien, envers : le punk est mort, vive le punk.

AnnaOLa peinture d’AnnaO répond à ses sculptures ou bien c’est l’inverse, sa peinture où s’emmêlent autoportraits et Princesses errantes, « de biais absolument ». La trace guide, le geste commande. La trace qu’il y a déjà pourrait-on dire, aussi bien que l’empreinte, celle d’un passage. Lignes de fuite, aussi bien que de direction.

Paysage mental et universel, lieu d’abstraction. Mais paysages absolument physiques surtout, charnels, textuels.

Ses sculptures (bronze et cinéfeuille), ses peintures (feuille d’or, encre de chine, peinture à l’huile), ses dessins aux inspirations éclectiques où se mêlent élan abstrait et poésie figurative offrent une vision à la fois hors temps et inquiétante, ou même parfois presque violente. Mais du même mouvement s’impose une douce pudeur. Les photographies qui accompagnent ou encore une fois répondent à l’œuvre sculpté et à l’œuvre peint sont pour leur part autant de métaphores fantomatiques du lieu depuis lequel l’artiste s’exprime, lieu qu’elle ne cesse de donner à entrevoir ». (A. Descarmes)

 

Les événements à la Générale 

  • Le 19 avril (à partir de 16h) : Vernissage à La Générale (14 avenue Parmentier - Paris 11)
  • Le 21 avril  (à partir de 16h) : Lectures d'AnnaO et de ses invités : Anne Kawala, Christophe Marchand-Kiss, Séverine Daucourt-Fridiksson, Alain Descarmes, Emmanuelle Grangé-Bosc, Gwennaïg Le Métayer, L Sarah Dubas... Et concert d'AnnaO, SuperBravo, Tristan Poupée, Mark Mulhollan...

Comme une réponse sonore, en avant-première à sa carte blanche à la Générale, WebSYNradio propose une présentation du travail plastique, musical et poétique d’AnnaO, mais aussi des Conversations avec Alain Descarmes détaillant les parcours de ses invités poètes, écrivains et musiciens, des extraits de son album à paraître She was a Princess produit par Marc Collin ainsi que des inédits et des morceaux de ses invités.

 

[Visuels : AnnaO, Autoportrait (détail). En bas : AnnaO, Mi-Princesse mi-errante. Dessin. Encre de Chine et encre d’or. 23 x 30 cm]

 

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