Publié par Jean-david Boussemaer

Amateur et collectionneur d’art contemporain depuis une vingtaine d’années, Antoine de Galbert inaugure, en juin 2004, une fondation spécialisée, la Maison Rouge. Une démarche personnelle et subjective, entretenue avec une petite équipe de passionnés « travaillant de manière intelligente pour le plus grand nombre ».

 

Résultant de convictions personnelles (« une société sans art est misérable »), la Maison Rouge a comme intention première d’exposer de grandes collections internationales. Aucun médium, ni tendance n’y est privilégié : art brut, œuvres politiques, photographie… Actuellement, un ensemble de vidéos de Jean-Conrad et Isabelle Lemaître est présenté ; il s’agit de la quatrième collection particulière dévoilée dans les murs de la fondation.

A sa manière, Antoine de Galbert tente de contrer les clichés caricaturaux trop souvent véhiculés par la presse : le collectionneur sans goût, qui achète n’importe quoi et à n’importe quel prix… Une préoccupation qui lui apparaît particulièrement actuelle : il y a quelques années, Raymonde Moulin estimait que l’art contemporain représentait 1% du marché global de l’art, actuellement le budget consacré augmente constamment et frôle certainement les 2 ou 3 %. Si l’estimation du nombre de collectionneurs français reste un exercice particulièrement délicat, le nombre de dix mille acheteurs d’art contemporain (acquérant au moins une pièce par an) est envisageable.


Antoine de Galbert, un collectionneur passionné

Après avoir dirigé une galerie d’art à Grenoble pendant une dizaine d’années (avoir fait face à des gens refusant de comprendre les artistes qu’il présentait…) et monté sa propre fondation, Antoine de Galbert considère toujours la collection comme un « voyage » utile et passionnant. Lui-même en mène deux en parallèle : les objets ethnographiques (un magnifique ensemble est présenté dans l’auditorium de la Fondation) et l’art contemporain.

Antoine de Galbert n’aime pas toutes les pièces qu’il présente — son goût ne le porte, par exemple, que peu vers les arts conceptuel et minimal — et reste très ouvert aux préoccupations des autres passionnés. Face à la trop régulière confrontation avec des personnes qui pensent constamment avoir raison, il se plait à envisager sa fondation comme un lieu de débats.

Avant de se lancer ardemment dans l'art du vingtième siècle, Antoine de Galbert commence par se pencher sur celui du dix-neuvième siècle et l’aquarelle. La création lui apparaît comme quelque chose de « grave » et collectionner comme une réponse à notre société trop souvent en manque de passion (d'une certaine manière, « l’art rend l’argent intelligent »).

Antoine de Galbert signale que tout collectionneur est amené, au cours de son aventure, à traverser trois phases : dans un premier temps, il achète des œuvres pour orner son intérieur, puis continue à en acquérir allant au-delà de sa surface d’accrochage (par dépit, il les pose par terre…) et enfin, s’il le désire, dépose de nouvelles pièces dans des musées.


La Maison rouge, une fondation inhabituelle

Pourquoi le nom de « Maison rouge » ? Lors de l’installation, sa femme lui conseille de peindre en rouge le bâtiment. Très gêné par les phénomènes de mode, le vocable lui semble particulièrement intéressant ; il est loin des traditionnelles appellations : ‘le magasin’, ‘l’entrepôt’, ‘le garage’… Enfin, il est facile à retenir : la plupart des étrangers le comprennent et le mémorisent aisément.

Le public ? Environ deux cents visiteurs par jour : un résultat qui reste encore assez faible en comparaison des autres lieux parisiens qui absorbent quotidiennement plusieurs dizaines de milliers de visiteurs.
Le lieu a récemment ouvert et il est nécessaire de le populariser. Problème : dynamiser un tel espace n’est pas évident. Il faut également faire circuler les expositions, enthousiasmer les commissaires d’exposition, les collectionneurs… Des actions pas toujours évidentes avec un budget annuel assez faible (dérisoire par rapport à celui de la seule exposition « Dada » au Centre Pompidou).
Antoine de Galbert avoue être admiratif de la réussite du Palais de Tokyo ; une exposition comme « Notre Histoire » permet de percevoir les choses autrement...

La presse est généralement assez favorable au lieu. Mais elle ne suffit pas à attirer le public ; par exemple, l’exposition de Luc Delahaye obtint ses faveurs (une page dans Paris Match…), mais resta paradoxalement l’une des moins parcourues par le public.

Des regrets ? Le lieu s’est un peu trop vite institutionnalisé. Prochainement, un petit ‘project room’ (le terme reste à définir) sera instauré dans l’entrée ; dedans seront présentées des œuvres de jeunes artistes. Le but : aider quelques artistes peu médiatisés à ne pas se sentir exclus du monde de l’art.

La Maison rouge se revendique comme « un lieu spécialisé qui évite tout élitisme ». Régulièrement, elle organise des cycles de conférences, des présentations de collectionneurs passionnés (les rencontres devraient probablement être retranscrites sous forme de publication papier). Elle est également attentive aux souhaits des Amis de la Fondation : une fois par an, ses adhérents ont carte blanche quant au choix de l’artiste présenté dans l’espace d’exposition du patio.

 

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