Publié par Caroline Pillet

Jeune artiste génoise travaillant à New York, Vanessa Beecroft investit du 12 janvier au 31 mars 2006, le tout nouvel Espace Louis Vuitton, un vaste lieu de 400 mètres carrés dédié aux « expressions culturelles ». Elle y expose Alphabet Concept — un abécédaire de corps féminins — ainsi que diverses photographies issues de la performance réalisée le 9 octobre 2005, à l'occasion de la réouverture de la Maison des Champs-Élysées.

 

Dès l’accueil, un liftier nous mène vers l’ascenseur. Une dérangeante impression de ne pas être véritablement à sa place se fait alors ressentir. Celle-ci s’estompe dès que l’on rentre dans l’élévateur aménagé par l’artiste danois Olafur Eliasson. Capitonné de tissus noirs, il ne laisse aucune lumière filtrer (celui qui serait un peu claustrophobe peut demander à ce que l’on rallume). Le temps de l’ascension, on ne capte que quelques voix et bruits de pas. C’est tout. Un court instant de mise en condition de nos sens, nécessaire à la bonne appréhension de l’exposition. 

Septième étage, la lumière fuse dans l’espace s’étalant devant nous. La vue sur Paris est la première chose que l’on contemple. Par beau temps, le soleil inonde les fenêtres et les toits s’offrent à nos regards dans toutes leurs beautés (rien que pour cela, la visite vaut le détour).

La visite de l’exposition de Vanessa Beecroft est rythmée en trois temps : la découverte de l’alphabet, puis de la vidéo de la performance réalisée lors de l’inauguration et enfin des clichés tirés de cet événement. 

Les treize photographies de L’Alphabet concept sont composées de corps de femmes nues façonnant différentes lettres. Le principe n’est certes pas nouveau, mais est ici prétexte à la formation de mots : « Louis Vuitton » (et son logo). La qualité plastique des photos est incontestable : mélange de corps, de toutes couleurs comme autant d’éléments d’un puzzle, regards vides de ces femmes-objets paraissant sans âmes, comme vidées de leur contenu pour ne plus être qu’enveloppes charnelles. Mais le rapport étroit et problématique entre création et publicité peut déranger ; la pertinence artistique de l’alphabet semble se diluer dans la marque qu’elle illustre. 

Dans la deuxième partie de l’exposition, nous découvrons la performance inaugurale à travers une vidéo et un ensemble de photographies : des jeunes femmes nues ou très légèrement vêtues, sont installées dans des compartiments habituellement utilisés pour disposer des valises de la marque. Poses lascives ou contraintes par l’exiguïté des lieux, regards vides et corps offerts, la femme-objet est bien là, rangée parmi d’autres produits que très peu peuvent s’offrir.

Ces femmes sont malgré tout bien vivantes. Respiration, perles de sueur et clignements des paupières l’attestant. La femme, produit de luxe ? Conditionnement de la femme dans l’espace comme conditionnement social de la femme ? Ce que l’on peut en dire, c’est que si caractère politique il y a (confrontation du spectateur avec les femmes objets vivants), celui-ci est totalement effacé dans les photos de la performance — dont la plus imposante est pourtant magnifiquement exposée. 

L’alternance des valises et des femmes dans ce présentoir improbable, renvoie là encore à l’inexorable question : publicité de luxe ou art ? La frontière semble de plus en plus ténue et vide malheureusement l’œuvre de son caractère politique, ou tout au moins critique. 


Espace Louis Vuitton — 60, rue Bassano - 75008 Paris
Du lundi au samedi de 12h à 19h


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