Publié par Caroline Pillet

La Maison européenne de la photographie présente la rétrospective intégrale du photographe français quelque peu méconnu, Bernard Faucon (né en 1950). Son œuvre — réalisé entre 1976 et 1995, clôt par la série « La Fin de l’image » et teinté d’une profonde nostalgie — se (re)découvre à travers un parcours chronologique. 

 

Dans ses premières séries — comme « Les Grandes vacances » (1976-1981) — Bernard Faucon met en situation des mannequins d’enfants au milieu de décors naturels : jeux champêtres, goûters, baignades, parties de cache-cache, promenades à la nuit tombante, etc. Parfois, un enfant en chair et en os rejoint les figures de cire ; se dégage alors une atmosphère à la fois joyeuse — celle des colonies de vacances — et désuète, typique des années cinquante. 

Ça et là, quelques photos — telles Les Torches — se révèlent plus inquiétantes : un mannequin brûle dans un feu autour duquel des enfants dansent. Plaisir innocent ou jeu mortel ? La question ne semble pas résolue ; les clichés entremêlant l’innocence des enfantillages et la cruauté enfantine, quand on joue à se faire peur. On dirait que je serais mort… Un regard également nostalgique puisqu’ils évoquent le temps de l’enfance dans le Lubéron.

Dans « Les Chambres » (1984-1988, Chambres d'amour, Chambres en hiver, Chambres d'or), Bernard Faucon met en scène différentes pièces, des lieux de souvenirs où ne subsistent que des marques de passages, des espaces intimes au sein desquels le temps semble s’être arrêté. Le sol est parfois recouvert de sable, de feuilles couleur or, etc. Les corps sont beaucoup moins présents, le photographe préférant leurs seules traces.
Parfois, de jeunes hommes nus dorment enlacés, comme dans La Première chambre d’amour. La récurrence de ces jeunes corps masculins peut parfois déranger, oppresser. Elle est pourtant toujours traitée avec amour, voire idolâtrie, comme dans la série « Idoles et sacrifices » (1989-91). Bernard Faucon y alterne des photos de garçons — aux torses nus et baignés dans une lumière dorée — et de lieux naturels sillonnés d’étendues rouge sang. L’idole est toujours accompagnée du sacrifice. Impression étrange que c’est Faucon qui tout entier s’abandonne dans cette recherche de la lumière et du temps, dans cette quête de la beauté étrange et troublante de jeunes garçons.

Une autre série, « Les écritures », surprend. Bernard Faucon sied, dans des paysages naturels, des phrases qu’il a lui-même fabriquées : « A quoi ça ressemble la fin du désir ? », « Peut-être que je reviendrai », ou encore « Peut-on renoncer à comprendre même quand on sait que l’on y perdra tout ? ». Il capte également des parties du corps, devenu chair. L’écriture reste présente et marque les peaux, dont on ne peut dire à quel membre du corps elles appartiennent.
L’enjeu de ce travail prend tout son sens avec la photo où est inscrit « un projet quasi conceptuel : ramener dans la chair les mots qui en sont sortis ». C’est du corps que tout commence et c’est à l’intérieur de ceux-ci que tout se termine. Des corps joyeux et insouciants, jusqu’à la perte ; des enfants — corps désirables, souvenir qui prend corps dans chaque objet, chaque paysage — jusqu’à la mort, l’ultime incarnation.

Au sous-sol, Bernard Faucon reproduit son Cabanon de Provence, lieu où ses amis venaient passer du bon temps en été. Un tas de breloques s’y trouve, vestiges d’une époque échue. Comme si, après avoir arrêté la photographie, il souhaitait également effacer les souvenirs contenus dans ces colifichets — il les offrira au public lors des deux derniers jours de l’exposition, un don de soi en quelque sorte…

Une rétrospective à ne pas rater, tant pour la qualité des photographies que pour l’univers poétique et métaphysique dans laquelle elle nous plonge. On en ressort un brin nostalgique mais touché.

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