Publié par Jean-david Boussemaer

Avec habileté et perspicacité, Dominique Petitgand agence des « fictions oniriques, décontextualisées et atemporelles », des pièces sonores parcourues de bribes de phrases, bruits divers et silences.

 

Dominique Petitgand (né en 1965 à Laxou) écrit plus qu’il ne compose. Dans la majorité des cas, il reçoit des convives chez lui, sollicite des propos — il dirige le dialogue, leur demande d’énumérer divers éléments, de les répéter… — et enregistre leurs dires. Jamais, il ne travaille avec des comédiens, ni ne fait lire de textes. Les discussions abordent généralement des thèmes intimes, connus par tous mais rarement évoqués tels que le sommeil, la mémoire, les états physiques, la faim… Le but : archiver les « instants de grâce » rencontrés par ses interlocuteurs lorsqu’ils hésitent, bafouillent, ne trouvent plus leurs mots…

A partir de cette collection, l’artiste procède par « soustraction ». En tenant compte de la musicalité, il ne garde que des bribes de phrases et monte des pièces très courtes, des énumérations possibles. L'auditeur doit toujours s'interroger sur la tangibilté du récit. Est-il réel ou non ? Le silence a alors un rôle primordial, celui d'isoler et structurer les fragments d’un flux.

Infatigablement, Dominique Petitgand revient sur ses précédentes pièces ; son ambition n’étant pas de sans cesse s’alimenter en nouveaux enregistrements, mais plutôt d’épuiser ceux qu’il possède déjà.

 

Comment diffuser au mieux de tels travaux ?

 En orchestrateur accompli, l'artiste découpe l’espace et adapte ses pièces au contexte pour parfaire l’écoute. Lors de ses concerts (durant environ 45 minutes), il fait asseoir le public dans le noir et enchaîne ses pièces avec logique — un début, un déroulement et une fin sont perceptibles.

Dans ses installations sonores, il privilégie, a contrario, le « surplace » ; ni introduction, ni conclusion ne se distinguent. Les lieux sont laissés vides, les dispositifs sonores visibles, le plus souvent placés à hauteur d’oreilles. Pourquoi ? Certes ils ne sont pas esthétiques, mais les cacher étoufferait les voix. D’autre part, ils fournissent une dimension formelle aux œuvres. Deux hauts parleurs sont propices à générer des jeux de questions-réponses. Ex. Lors de « Raconte-moi » (au Musée national des Beaux-arts du Québec), l’artiste se sert d’un escalier à double volée pour diffuser Il y a/ensuite, l'un de ses dialogues imaginaires. Dans chaque montée, une voix est diffusée et, au sommet, les deux pistes sont symboliquement réunies.

Au sein des manifestations collectives, Dominique Petitgand s’ingénie à occuper les interstices. Ex. lorsqu’il diffuse Le Bout de la langue en galerie, il rallonge les silences pour permettre aux autres pièces d’exister. Cherchant à agir du côté du « fragile » — et non pas à saturer l’environnement (le son occupe de manière très prégnante l’espace) —, il donne à ses enregistrements une « existence en pointillée ».

L'artiste n’apprécie guère l’écoute au casque ; selon lui, le signe d’une défaite face à l’espace. A de rares occasions, il se permet d’utiliser des casques « ouverts ». Ex. à Bangkok, les visiteurs d’une exposition étaient conviés à parcourir la ville avec ces écouteurs ainsi qu’à cohabiter avec les sons environnants.

Ses travaux sont généralement en français. Lorsqu’il est invité à exposer à l’étranger, soit il propose des versions sans textes, soit il ajoute une traduction. Celle-ci est visible sous la forme de sous-titrage sur un petit écran, ou est ajoutée sur la bande sonore. Dans ce cas, Dominique Petitgand se plait à enregistrer de Paris, par téléphone, la voix d'un traducteur présent sur place ; cela, afin de mieux marquer la distance. Celui-ci est convié à traduire en style indirect afin de produire un effet de commentaire.

Remarque : Le phrasé d’une langue inconnue nous apparaît très musical, alors que celui de notre langue maternelle nous semble fort banal. La traduction thaïlandaise d’une pièce nous paraît mélodieuse et, parallèlement, la version originale l’est tout autant pour les non-francophones.

 

Son actualité

Du 22 octobre au 26 novembre 2005, Dominique Petitgand investit les trois étages de la bâtisse industrielle du Transpalette (Bourges) — un puits central cerné et surmonté de deux niveaux de coursives — avec son dispositif sonore Les Chaises qui tombent. Tout au long de son parcours, le visiteur rencontrait de nouveaux sons. Au rez-de-chaussée, il entendait (très fort) un bruit de chaises jetées sur le sol en ciment ; très réaliste, le son résultait de l’appropriation de la réverbération du lieu. Au 1er étage, s’ajoutait au bruit de fracas un souffle de vent. Et enfin, au dernier niveau, une voix d’enfant venait se greffer aux deux précédents types de sonorités. Proposée sur le même rythme que les bruits de chute, celle-ci était masquée, rendue incompréhensible.

Très bientôt, il devrait investir le Confort Moderne (Poitiers)…


Dimanche 8 janvier 2006, Dominique Petitgand a diffusé Fatigue lors de l’émission « 1/60ème », sélection de moments marquants lors des trois années de l’Atelier de création radiophonique (France Culture).

Le 27 janvier (de 19h à 21h), l’artiste propose à sa galerie — gb agency (20, rue Louise Weiss - 75013 Paris) — une diffusion de précédents travaux ainsi des extraits de son nouvel album.


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