Publié par Jean-david Boussemaer

En 2004, l’équipe curatoriale du Palais de Tokyo entame une réflexion sur une exposition autour de la musique. Très vite, elle décide de concentrer ses efforts sur Robert Malaval, un « artiste complet », un « voyant » quasi oublié — une quinzaine de références sur Google, et quasiment aucune dans les ouvrages récents… —, un dandy mélancolique, habillé en jeans serrés et blouson de cuir pilote, un punk avant l’heure, un pionnier du glam-rock, un passionné intransigeant, précis et radical... 

 

S’il était mauvais musicien, Robert Malaval avait indéniablement une oreille très attentive. Il aimait toutes sortes de rythmes : la java, les valses viennoises (…) et surtout le rock, comme en témoignent les titres de ses tableaux aux noms de musiciens (Bill Haley, Bo Diddley…) ou de hits (Galozine Little Quennie…). Durant les années soixante marquées par le gaullisme, le rock — découvert dans les bars à matelots, où la bagarre est très vite déclenchée… — lui apparaît comme un échappatoire, le concert comme un lieu de débauche, une bouffée d’oxygène. 


Au début des années soixante-dix, il formule un projet de livre d’artiste sur son groupe préféré : les Rolling Stones (la maquette est exposée au Palais de Tokyo, seules six séries de sérigraphies furent tirées). Fasciné par leurs paroles, il souhaitait que les traductions en français sonnent aussi bien que les textes originaux. Son rêve : transcrire parfaitement Factory Girl, sa chanson préférée.

« Malaval peint rock », dixit Nicolas Bourriaud. Incontestablement, il a su trouver dans la musique une nouvelle manière de pratiquer son art (ex. l’idée des paillettes lui serait venue lors d’un concert à l’Alcazar). Dans ses œuvres à haute tension, faisant du dégât, tout était question de vitesse, d’énergie, d’électricité... Et, si pour lui, le rock n’était pas de l’art, il se révélait indéniablement plus honnête, en tant que commerce.

Malaval pratiquait un « art total » et recherchait des environnements. Le cycle de l’Aliment Blanc (1961-1966) n’était pas seulement imaginé comme un ensemble de sculptures et dessins, mais comprenait également un projet de carnaval (avec des performances musicales…). « Attention à la Peinture », sa dernière exposition (à la Maison des Arts de Créteil) était sonorisée ; elle était envisagée comme une performance, un concert.

Enfin, Robert Malaval essayait de conserver la mémoire sonore de tout ce qui l’entourait : bruits de bars, de vernissages en galeries... Lorsqu’il enregistrait un son, il savait ce à quoi ça allait lui servir. Ex. il présenta lors d’une exposition au CNAC, en 1971, des bruits de vagues… Son ambition : habiter le présent.

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