Publié par Jean-david Boussemaer

De passage à Paris, l’artiste new-yorkaise Andrea Blum répond aux questions de Catherine Francblin, animatrice des "Entretiens sur l'art" (cycle de conférences organisé par l'Espace Paul Ricard), puis de Jacinto Lageira, maître de conférence à l’Université de Paris 1 et auteur d’ouvrages de référence sur Jean-Marc Bustamante, Dan Graham, Jan Kopp, Ger van Elk... 

 

Adepte d'une sculpture s'immisçant discrètement dans l'espace public, Andrea Blum accorde une place prédominante aux usagers et rompt avec la toute traditionnelle logique muséale : l’oeuvre intouchable, à contempler dans un silence quasi-religieux. 

 Aux frontières de l'art, de l'architecture et du design (similairement aux travaux de Dan Graham, de Vito Acconci, ou encore de l'Atelier van Lieshout...), ses pièces n'ont pas comme seule vocation d'être "vues". Résolument anti-spectaculaires, elles ne cherchent pas non plus à heurter, ni à créer d'effet de surprise. Questionnant plutôt les sphères sociales et privées environnantes, elles nous aident à mieux comprendre qui sont les autres, et nous incitent à entretenir des rapports féconds avec eux.

 Depuis trois ans, Andrea travaille essentiellement sur les bibliothèques (le lieu de l’information, de la connaissance des autres), les bureaux (ex. celui de la galerie In-situ Fabienne Leclerc) et les habitats (prisons, maisons particulières, hôtels…). A la fois concret et utopique, son œuvre transparaît sous deux formes :

— Certains lieux sont conçus avec une dimension pragmatique et sont formulés comme le ferait un architecte ; c'est-à-dire réalisés d'après un cahier des charges plus ou moins précis... Ex. une zone avec des sièges et des tables en béton à l'extérieur d'un collège (servant de point de rencontre pour les adolescents), un espace de repos avec des sièges-lits dans un parc strasbourgeois, un abri spécifiquement équipé pour un gardien de parking....

— D'autres oeuvres sont, quant à elles, fantasmées, imaginées en dehors de tout contexte précis. Ex. un hôtel dont les chambres sont séparées par des parois en verre coloré, une maison cernée d’une cage à oiseaux (l’habitat devient alors la cage d’une cage à oiseaux), des habitats aux cloisons mobiles...

Consciente que les besoins biologiques élémentaires — boire, manger et dormir — restent irrémédiablement les mêmes et que le corps humain n’est pas malléable, Andrea imagine ses œuvres comme des adaptations, des mises en avant du corps dans l’habitat. Ces deux derniers éléments acquièrent alors une dimension "publique".

Comment pense-t-on le corps dans un espace public (un lieu qui historiquement émerge au dix-huitième siècle, lorsque l’on passe du statut de sujet à celui de citoyen) ? En lui faisant manipuler des objets, en lui redonnant des libertés, on lui concède une plasticité que n'a pas forcément le mobilier qui l’entoure. Contrairement à Richard Serra — qui force parfois son public à faire de très longs détours — , Andrea ne souhaite pas contraindre le corps, il lui importe juste de concevoir des modes de perception originaux. Notamment pour susciter des prises de conscience en faveur des plus défavorisés : les nécessiteux, les sidéens, les personnes âgées…


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