Publié par Jean-david Boussemaer

A l'occasion de la sortie d'un numéro de la revue Critiques consacré aux mutants, la conférence mensuelle du 3ème œil (cycle initié par le Centre Pompidou et dédié aux cultures électroniques) soulève diverses problématiques concernant le retour en force de ce fantasme américain. A l’invitation de Mark Alizart, interviennent Marcela Iacub (juriste), Hughes Marchal (professeur de littérature, Paris-III), Elie During (philosophe, Paris-X) et Thierry Hoquet (philosophe, Paris X). 

 

Qu'est-ce qu'une mutation ? Originairement scientifique, le concept désigne une atteinte brutale, portée à une espèce (due à une pollution chimique, nucléaire…), modifiant son génome et affectant sa descendance. 

 D'un point de vue biologique, le procédé fait l'objet de nombreuses contestations au sein des Darwinistes. Pensée comme lente, l'évolution est initialement bâtie sur le principe : chaque individu n’est que la variation d'un modèle. 

Au début du vingtième siècle, les évolutionnistes élaborent de nouvelles théories par grands sauts puis, dans les années trente, s'accordent sur le fait que les mutations sont des «variations darwiniennes». Actuellement, de nombreux experts révisent leurs copies et estiment que les mutations ne peuvent pas être considérés comme des mécanismes de sélection massive. 

Culturellement, les mutants sont particulièrement bien représentés dans la pop culture. Différentes raisons peuvent expliquer ce phénomène : 

— Accepter la mutation, revient à mieux comprendre les minorités revendiquant leur droit à vivre.
— Le phénomène séduit tout particulièrement les adolescents, un public à la fois consommateur et perturbé par son propre corps en pleine évolution…
— Dans notre société, le corps intrigue, car il est de plus en plus affecté par les excroissances technologiques.

Très présents au cinéma (cf. les X-men, les films de David Cronenberg, les Pokemons…), les mutants remplacent progressivement les super héros, aspirent à la reconnaissance des humains ou, a contrario, engagent des guerres lorsque les espèces entrent abusivement en compétition.
Ils trouvent également leur place dans la bande dessinée, la littérature — Maurice G. Dantec, Truisme de Marie Darrieussecq, Les Particules Elémentaires de Michel Houellebecq… — et l'art contemporain. Cf. par exemple, les photographies de monstres de laboratoires de Catherine Chalmers, celles de Patricia Piccinini... ou bien encore les corps appareillés de Bernard Lallemand.

Avec brio, le Brésilien Eduardo Kac s'illustre comme l'une des figures de l'art biotech. Lors de son expérience GFB Bunny, l'artiste modifie génétiquement le lapin Alba, pour le rendre phosphorescent sous certains éclairages.
Dans Genesis, il traduit en morse la phrase divine expliquant à l'homme qu'il aurait l'entière emprise sur la Nature, puis la transpose en langage génétique. Ensuite, il intègre ce code dans une bactérie et étudie, au fil des générations, la déformation du texte initial. Très vite, lors du processus biologique et artistique, apparaissent des erreurs que l'artiste se plait ironiquement à souligner.

Pour Elie During, Hong Kong 2002 du collectif Kolkoze peut être considéré comme une «image mutante». Actuellement projeté à la Maison des Arts de Malakoff, ce film de vacances - retravaillé avec un logiciel de modélisation 3D (un matériel de pointe normalement conçu pour des images préfigurées) - déroute par ses effets plastiques (les mains semblent monstrueuses, trop articulées…) ainsi que son aspect sommaire "fait main". Contrastant avec l'actuel traitement virtualisant, le résultat peut, à certains égards, apparaître comme sot.

Sous un angle juridique, la mutation est considérée comme un «crime contre l’espèce humaine». Avec un intitulé rappelant, de manière univoque, le «crime contre l’Humanité» (destiné à sanctionner les décideurs nazis), cette nouvelle disposition doit lutter contre le clonage reproductif et les modifications génétiques. La sanction encourue : 30 ans de prison.
A l'heure actuelle, il est toujours impossible de modifier sa descendance ou de procéder à certains actes n’ayant pas de finalités thérapeutiques.


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