Mercredi 19 octobre 2005
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Compte-rendu de la table ronde consacrée au «phénomène de redécouverte d’artistes dans l’histoire de l’art» (tenue au Palais de Tokyo, à
l'occasion de la première Nuit Malaval, le 19 octobre 2005). Parmi les intervenants : Marc Sanchez, commissaire d'exposition, Denys Riout, historien d’art, et Christophe Domino,
critique.
Vingt-cinq ans après sa mort, Robert Malaval refait parler de lui. Son travail est actuellement présenté, par l’équipe du Palais de Tokyo
(PdT), dans deux espaces complémentaires : une salle lui est consacrée à la Sucrière dans le cadre de la Biennale de Lyon (un ensemble d’œuvres de la période 1972-1974 ainsi que 400
demi-heures de dessin quotidien) et une large sélection rétrospective est mise en espace dans les murs du PdT.
Co-commissaire de la manifestation parisienne (et organisateur de l’exposition
Malaval à la Galerie d'art contemporain des musées de Nice en 1982), Marc Sanchez précise que le PdT n’a pas la prétention de redécouvrir le travail de Malaval — déjà exposé une trentaine de fois
depuis son suicide en 1980. L'institution formule plutôt le souhait de remettre l'oeuvre sous les projecteurs et de rafraîchir le regard porté par le public.
Légère entorse à la vocation du lieu — ardemment revendiqué comme un «site de création contemporaine» —, le choix de présenter Robert Malaval
peut, au premier abord, surprendre. Avec un peu de recul, il s’explique aisément par les différents aspects novateurs développés par l’artiste, et toujours significatifs à notre époque
:
— De nombreuses œuvres sont situées au carrefour de différentes pratiques. Ex. ses peintures réalisées lors de manifestations publiques à
Créteil, véritables mises en danger évoquant les concerts de rock.
— L'artiste se plaît à sonoriser ses expositions à partir de bruits de la nature (vagues, sable, criquets, bruissements de vers à soie...) mais
également de musiques de juke-box…
— Afin de créer des ambiances, il met des chaises longues à la disposition du public ; manière de différemment le confronter aux œuvres (un
prémisse à l'esthétique relationnelle, si chèrement défendue par Nicolas Bourriaud ?)
— Il s'implique dans des causes très diverses : écologiques…
— Et côté médiums, il n'hésite pas à exploiter les paillettes colorées (1974-1980), offrant ainsi une extrême fraîcheur dans le geste et la
matière.
Selon Denys Riout, les redécouvertes et réévaluations d’œuvres connaissent une forte accélération depuis le vingtième siècle ; un travail qui
n’est somme toute possible qu’après un «oubli relatif» (la présence d’œuvres est indispensable - les arts incohérents auront du mal à être redécouverts puisqu’il ne reste plus de traces…). Gros
hic, ces missions étant assez ingrates (ndla : étudier ce qui tombe à la trappe est beaucoup moins prestigieux que monter une énième exposition Picasso...), elles n'intèressent actuellement que
très peu d’historiens d'art.
Parmi les grandes réévaluations opérées depuis deux siècles :
— l’art gothique, considéré comme barbare jusqu’aux Romantiques.
— les scènes de genres et le paysage qui s’imposent au XIXème s. grâce à la bourgeoisie (aux dépens de la peinture d’histoire, le grand genre
apprécié par l’aristocratie).
— Vermeer, Le Greco, La Tour, Masaccio (qui ne fut seulement réévalué qu'au bout de cinq siècles).
— les Pompiers, lors de la préfiguration du Musée d’Orsay.
— de manière constante, les collections du XXème s. au Centre Pompidou.
Au début du XXIème s., force est de constater que nous n’avons toujours pas abandonné la «structure de l’avant-garde» puisque nous continuons à
penser qu’il est légitime de constamment réévaluer les artistes et les œuvres.
Pour Christophe Domino, certains créateurs tentent de rester dans les mémoires : ils intègrent des groupes et travaillent la réception de leur
art (auprès des critiques, commissaires d’exposition et institutions). D’autres, au contraire, ne jouent pas le jeu : ils prennent différents prête-noms, brouillent les pistes… Certains noms
disparaissent également à cause du jeunisme ambiant (phénomène produisant de nombreux jeunes étoiles filantes, comme il est aisé de le constater en regardant ses anciens cartons de
vernissages…).
Ayant un rôle d’accompagnement essentiel pour éviter l’oubli, le critique se doit d’accompagner fidèlement la carrière artistique de certains
artistes ; Christophe Domino suivit, par exemple, avec beaucoup d’intérêt l’évolution de l’œuvre de Gilles Mahé.