Publié par Jean-david Boussemaer

Directeur artistique de la Villa Arson de 1985 à 1994, Christian Bernard côtoie, pendant quelques années, le jeune Philippe Ramette (tout comme Pascal Pinaud, Dominique Figarella, Philippe Maillot, Tatiana Trouvé, Ghada Amer… eux aussi étudiants à Nice à la même époque). Philippe lui apparaît alors comme « le plus discret et le plus effacé ». Toujours en proie au doute, il ne produit que très peu et est souvent perçu comme une « énigme » par ses professeurs.


Lors de son passage à la Villa, Philippe Ramette change radicalement d’orientation artistique : il passe de la peinture (il brûle symboliquement son dernier tableau et donne aux résidus le titre de « Cendres de Dieu ») à un art performatif, aux mises en scène souvent compliquées. Ses résultats prennent alors la forme de dessins préparatoires (à considérer comme des « synopsis, des solutions de pré-cadrage »), d'objets/prothèses et de photos.

Les objets
Omniprésents dans son œuvre – même dans les derniers travaux, où ils sont invisibles - les objets revêtent une importance toute particulière. A la fois minimaux, désuets (ils n’ont rien de moderne, ni de technologique) et ingrats (ils n’ont aucun charme et ne sont souvent rattrapés que par le cadre - ex. L’Espace à culpabilité, véritable coin à punir les mauvais élèves, installé dans le Parc de l’école de la Villa), ils sont très éloignés de la traditionnelle sculpture imaginée pour décorer l’espace public, belle et agréable. Ils sont plutôt à considérer comme des moyens de passer du rêve à la réalité (« une réalité de rêve »).

En 1989, Philippe Ramette imagine et produit des « socles à réflexion » : des échasses destinées à se surélever d’un mètre au-dessus du sol. Le but : montrer un paysage et un point de vue particulier grâce à des objets. Le but des photos retenues : montrer au mieux se que porte l’objet en lui.

Quelques fois, les objets sont inutilisables. Par exemple, une chaise posée en haut d’un poteau et destinée à nous faire rêver aux différents points de vues potentiellement observables à travers le monde (l’artiste parle d’ « images de rêve », d’ « exercices mentaux et physiques»). Une œuvre similaire existe avec un plongeoir ; celle-ci est déclinée en 2 versions, dans un cas, il est accroché à un mur, dans l’autre, il surmonte un poteau.

Réalisé en aluminium, le canon à paroles (actuellement exposé à l’Espace Paul Ricard) rappelle par sa forme une lunette astronomique et peut servir de porte-voix. Malgré son titre à consonance guerrière, rien n’empêche son utilisateur de l’exploiter pacifiquement pour transmettre des mots doux.

Les photos de performances
Lors de la performance, L’éloge de la paresse (beaucoup d’œuvres portent ce nom), Philippe Ramette se promène sur la plage de Monaco avec un ballon gonflé à l’hélium attaché à la tête. Le but : symboliser l’apaisement de la pensée.

Pour réaliser l'un de ses projets imaginés il y a une vingtaine d’années, le Socle rationnel (photo sous-titrée « Hommage à la mafia », prise en 2002 à Charm-el-Cheikh par Marc Domage), l’artiste apprend à plonger pendant plusieurs mois. Les pieds disposés dans un socle en bois, habillé façon ciment, il semble sur le point de succomber à la noyade. Dans les faits, il reste en apnée et un plongeur vient régulièrement le ravitailler en oxygène.
-> Ce cliché, compliqué à obtenir, amène nombre de spectateurs à se demander les raisons de ce type de performances. Pourquoi ne pas utiliser le trucage informatique ? Sans doute, ce travail est à considérer comme un « travail critique de l’image ».

Dans Promenade Irrationnelle (2003, exposée à la Galerie Xippas), Philippe Ramette se fait photographier le dos contre une greffe en bois (invisible sur la photo), plantée perpendiculairement à un tronc d’arbre. Au préalable, l’artiste choisit avec attention le lieu et dessine des esquisses. Sur le moment, il se montre particulièrement attentif à la lumière et obéit aux ordres du photographe lui indiquant comment bien se positionner (en fonction des croquis laissés). Note : la même greffe est réexploitée pour la Paresse irrationnelle. Comme dans une vignette de BD, l’artiste semble flotter, accroché par les pieds à son bureau. Sur le sol, figurent divers dessins préparatoires aux autres projets présentés chez Xippas...

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