Publié par Jean-david Boussemaer

Se définissant comme un « artiste contemporain » (terme existant depuis le milieu des années 90 pour distinguer les peintres du reste des artistes – aux pratiques très différentes et sans médium de prédilection), Alain Bublex mène carrière depuis 1992. Sa production est essentiellement axée autour de deux thématiques : les moyens de transport et l’architecture.

 

Les moyens de transport

Déclinée en six versions, l’Aérofiat (cf. photos) est sans aucun doute l’oeuvre la plus connue d’Alain Bublex. Prototypes hybrides et roulants, les véhicules sont conçus à partir de Fiat 126, une voiture de série, banale et de petites dimensions. Pour l’artiste, il s'agit de « chaînons manquants » de l’évolution technologique (trop souvent évidente à nos yeux). Refusant de considérer l’Histoire comme une suite logique, il préfère l’envisager comme une série d’éléments disparates. Métaphoriquement, il compare l’Evolution à un ciel noir couvert d’étoiles sur lequel nous traçons virtuellement des lignes pour former des constellations.

Touché par la mélancolie des personnes en transit - qui ne savent pas où elles sont, ni où elles vont débarquer - Bublex se plait à produire des œuvres en lien avec le déménagement. Son expérience la plus probante eut lieu en 2000 aux Etats-Unis : la traversée en dix jours du territoire américain avec trois camions de déménagement Ryder. Pour l’artiste, ce périple souligne la mobilité typique de l’histoire outre-atlantique.

Pour son exposition « Untitled – Tous les Bouvard n’ont pas la chance de trouver leur Pécuchet » (Galerie Vallois, du 05 mars au 21 avril 2004), Bublex s’interroge sur la figure de l’inventeur enthousiaste et incompris de ses contemporains. Faisant référence à une théorie formulée par des ingénieurs anglais - à moto, il faut conduire les jambes vers l’avant - sa pièce Les pieds devants est un scooter bricolé et proposé à l’essai. En signant une décharge, le public curieux peut emprunter l’engin (il semble que dans les faits, personne n’ait tenté l’expérience).

 

L’architecture

 Le chantier est un signe urbain qui attire toujours le regard. « Paysage à l’état de présent », il correspond à une situation éphémère, qui n’est plus et qui n’est pas encore. A sa manière, Bublex crée régulièrement de petits chantiers en déposant de « petits moments de présent » en moellons, sous la forme de tas de sable…

Pour son projet Place Saint-Germain-des-Près (23/03-23/04/2000), Alain Bublex porte son attention sur la structure économique de l’Unité Mobile d’Habitation (UMH) et imagine un site d’information dans un algeco (surmonté de panneaux de promoteurs immobiliers).

Envisageant l’Histoire de l’architecture comme une suite de projets non retenus, Bublex se penche régulièrement sur les refus. Parmi les projets les plus enthousiasmants à ses yeux, Plug-In City (1964) de l’architecte Peter Cook, membre du groupe Archigram. Trop souvent qualifié d’utopiste, l’Anglais pensait la ville comme un échafaudage sur lequel des gélules pouvaient être greffées. Pour Bublex, ce type de construction - proche de celle des assemblages algecos - mérite d’être reconsidérée. A partir de 2000, il se lance dans des projets de construction pour la Porte de Flandre (La Villette, Paris), le centre de Zurich, la Potsdamer Platz (Berlin)… Transportés par hélicoptères, les algecos entourent des infrastructures existantes (viaducs…) et forment une seconde peau. Pour une édition limitée réservée à mille lecteurs de Beaux Arts magazine (2003), Bublex imagina un lien – à base d’algecos – entre deux monuments emblématiques de Paris : la Tour Eiffel et le Centre Pompidou (tous deux décriés lors de leur construction).

Lors d' « Untitled », Bublex dévoile deux projets : la Rue Stark et Plan Voisin de Paris du Corbusier. Sous la forme de croquis, la Rue Stark reprend un ensemble urbanistique envisagé par le designer. Lors de recherches, Bublex constate que le bâtiment gris du plan existe sur l’Ile Saint-Germain (entre Paris et Issy-les-Moulineaux), appartient à un publicitaire et est voisin de la maison de Stark. Il en déduit que la rue correspond à celle initialement envisagée et décide de dessiner à la manière épurée du designer ce qui est actuellement visible sur place (un bâtiment de Jean Nouvel…). Le résultat, très hétérogène, diverge énormément de celui imaginé par Stark et apparaît comme un véritable monument à notre époque.

Le Plan Voisin de Paris reprend les thèses du Corbusier développées dans les années 20 pour le réaménagement du centre ville de Paris, alors insalubre et vétuste. L’architecte souhaitait raser les premiers arrondissements - tout en préservant les monuments du patrimoine – et construire un gigantesque centre d’affaire : quatre grandes tours – pouvant chacune accueillir cent milles salariés – cernées d’autoroutes… L’idée – aussi fascinante qu’inacceptable – attire le regard de Bublex qui conçoit de séduisantes projections de ce que cela aurait pu donner à notre époque…

 

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