Publié par Jean-david Boussemaer

Table ronde en lien avec l’exposition « Dessiner, tracer, transférer » présentant des esquisses et des études italiennes modernes (XVI-XVIIème s) à la lumière du dessin contemporain (Centre Pompidou/Mnam et Musée du Louvre, 17 février – 16 mai 2005).

 

La video « Blind time, work in progress » (1994, 24 min, coul, son – real. Teri Wehn Damisch) est le témoignage d’une performance de l’artiste américain Robert Morris (né en 1931) : l’élaboration d’un dessin les yeux fermés (série de plusieurs centaines d’œuvres amorcée en 1973). Subtilement, l'action nous fait comprendre que le contrôle et la finalité du dessin disparaissent avec la perte du regard (la pensée du corps remplace alors la pensée optique).

Robert Morris commence par soigneusement préparer une pâte noire et onctueuse à base de graphite (gros plans sur les mains maniant des fioles ou maniant un couteau), puis remonte les manches de sa blouse blanche et applique la mixture sur ses paumes. Face à lui, une grande feuille sur laquelle il procède par petites traces de doigts ou par applications beaucoup plus fermes. Le dessin débute par un registre en haut de la feuille, puis est poursuivi par un autre « horizon » un peu plus bas - finalement rattachés ensemble. Une fois son dessin achevé, Robert Morris le contemple avec satisfaction, s’essuie les mains, décolle les bandes de sparadrap le maintenant sur la table et nous le présente (avec un effet de ralenti). La vidéo se clôt sur le rangement de ses outils et un « au revoir ».

L’artiste aime se donner des règles et s’inspire régulièrement des recherches philosophiques de Donald Davidson (1917-2003), auteur d’Essays on Action and Events (1980) et d’Inquiries into Truth and Interpretation (1984). A chaque masse de son dessin, il se plait à rattacher une valeur (selon les explications de l’artiste à la fin de l’action). La partie du bas lui semble équivalente à sa vie, l’espace entre la gauche et la droite au temps révolu…


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