Publié par Jean-david Boussemaer

Envisagée à l’automne dernier en compagnie du Vénézuélien Jesús-Rafael Soto (1923-14 janvier 2005), la rencontre prit la forme d'un hommage posthume, d'un geste de reconnaissance pour ce pionnier du cinétisme (un art prônant une grande rigueur formelle et destiné au plus grand nombre).

Pour ses amis, Soto était un artiste qui incarnait la latinité sous toutes ses formes (amour pour le Venezuela, l’Espagne et la France) et qui savait faire partager ses passions, parmi lesquelles : l’art, la musique et les taureaux.

La soirée permit de redécouvrir son œuvre à travers la projection du documentaire Jesús Rafael Soto de Catherine Zins (1996 - 52 min, réalisé au Venezuela) et les propos émus de quelques uns de ses proches : Daniel Abadie (critique d'art), Carlos Cruz-Díez (artiste cinétique), Ariel Jiménez (directeur du Musée Soto de Ciudad Bolívar), Denise René (directrice de galerie) et José Jiménez (directeur de l’Instituto Cervantes de Paris).

Pour José Jiménez, Soto n’était pas un « homme de culture » mais un « artiste d’intuition qui avait une grande clarté dans la lecture des images ». En autodidacte à Ciudad Bolívar
petite ville où il n’y avait pas de professeur d’art plastique il improvise à partir des livres d’art. Très vite, il apprend à penser la peinture autrement et vient éclairer sa pensée à l’Escuela de Artes Plásticas de Caracas (il en sera directeur de 1947 à 1950).

En 1950 (début de la dictature de Marcos Pérez-Jimenéz), Soto s’exile à Paris et découvre avec fascination les œuvres de Mondrian et Malevitch. A cette époque, deux courants dominent la scène culturelle parisienne : l’art informel et l’art abstrait. Décidant de s’en démarquer, Soto procède à une réduction formelle et à un travail sériel. Son intention : aboutir à un langage pur. Il invente des règles combinatoires, se refuse à faire intervenir ses sentiments et adopte la forme neutre du carré. C’est l’époque de la série des « Vibrations » à base de lignes tordues (chacune dotée d’une vibration particluière
ex : Vibración en blanco), puis d’assemblages à partir d’objets de rebus (à la Tinguely).

En 1955, Soto participe à la célèbre exposition « Le Mouvement » à la galerie Denise René (avec Vasarely, Jacobsen Tinguely, Agam…). Il propose des œuvres transformables par le biais de l’œil ; il ne se sert pas de moteur mais a contrario considère le spectateur comme un moteur.

Dans l’esprit de l’art participatif des années 60, Soto invente les « Pénétrables » (ex. l’image ou celle-ci), avec l’idée que l’homme est un élément constitutif de l’espace. Produisant des harmonies de vibrations sonores et une musique aléatoire (proche des recherches des années 50), les installations sont composées de plusieurs tubes différents.

Initié dans les années 80, sa série des « Ambivalences » peut être rapprochée des travaux de Mondrian (ex. Boogie Woogie) et de certains peintres français (tels Léger). Elle fait surgir une ambiguïté spatiale : tous les éléments colorés sont placés à la même distance du fond, mais nous les percevons à différents niveaux. Dans le film, Soto explique travailler directement, à la manière d’un impressionniste. Il porte particulièrement son attention sur les rapports de forces entretenus entre les éléments colorés.

En 1973, l’artiste inaugure fièrement dans sa ville natale (Ciudad Bolívar) le Musée d'art moderne Jesús Soto avec l’intention de donner aux Vénézuéliens une chance de connaître l’art contemporain.

En conclusion, Daniel Abadie estime que l’œuvre de Soto a connu un développement logique, continu et non réductible aux seuls « Perméables ». Toujours en phase avec son époque - il savait l’épouser et ne courait pas après elle
il avait imaginé ces dernières décennies une étonnante production : des « sphères virtuelles ».

Conseils de lecture pour approfondir l’œuvre de Soto (liste trouvée sur le site de la Galerie Denise René) :
Michel Butor, Marc Collet, Arnauld Pierre, Soto, catalogue de l'exposition, Galerie Nationale du jeu de Paume, Paris, 1997, textes de, 243p.
Gérard Georges Lemaire, Soto, Editions La Différence, Paris, Paris, 1997, 413 p.
Marcel Joray, J.R Soto, Soto, Editions du Griffon, Neuchâtel-Suisse, 1984, 273 p.
Jean Clay, Soto de l'art optique à l'art cinétique, Edtions galerie Denise René, Paris, 1967, 35 p.
« La logique de Soto », texte de Patrick d'Elme (français-anglais), Cimaise n°: 97, Paris, 1970.
Soto, Editions galerie Denise René, Paris, 1970, 26 p.
« Quand Soto joue dans l'espace », texte de Gilles Plazy, Cimaise, n°245, Paris, 1997.

 

Quelques liens :
— 
Fiche sur l'nstituto Cervantes

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