Publié par Jean-david Boussemaer

 A l’invitation de l’ENSBA, Philippe-Alain Michaud, conservateur responsable de la collection cinéma du MNAM, propose une sélection de films à caractère burlesque pour aborder la notion de ‘destruction’ dans l’art contemporain. Selon lui, les films d’avant 1920 – qui n’étaient guère contrôlés (par la suite, ils devinrent plus conformistes) – auraient servi de terreau aux performances contemporaines (Gordon Matta Clark, Kurt Kren…).

 

Dans les années 70, l’artiste new-yorkais Gordon Matta Clark (1943-1978) s’inspire des grands mouvements de l’art actuel (Land art, body art, action painting…) et incorpore à son œuvre une dimension politique : comment empêcher la constitution de la ‘valeur’ en art ? Il achète des interstices inconstructibles entre des immeubles pour y réaliser des œuvres d’art… Actuellement, toutes ses œuvres ont disparu : il ne reste plus que quelques traces ayant valeur de ‘documents’.


Avec une démarche très proche de l’action painting et du land art, Gordon Matta Clark imagine la performance « Freshkill » (1972 – film de 13’) : l’artiste conduit une camionnette rouge, puis heurte - de manière burlesque – un bulldozer. Très vite, il s’empare des commandes de l’engin et détruit avec acharnement son véhicule dans une décharge. Alternant avec des plans d’oiseaux et de magnifiques panoramas de la décharge, il nous montre la déchéance de la carcasse, qui en bout de course est recouverte par un amoncellement d’ordures.

Commençant par une scène d’escalade, « Clockshower » (1974, 14’) est une parodie des mises en scène autodestructrices des body artistes (ex. Chris Burden). Le film nous montre les aventures comiques de Gordon Matta Clark sur le cadran de la Tour de l’Horloge new-yorkaise. Portant des gants blancs (réf. à un célèbre comique américain), l’artiste prend sa douche tout habillé, se lave les dents, le visage au verre d’eau, se rase avec soin… avant de s’engluer avec de la crème contre une des aiguilles et de se rincer à grand jet.

« Splitting » (1973-74, 16mm, 13’) est un film documentaire sur la destruction progressive d’éléments porteurs d’une maison familiale (située à Egglewood – trois mois avant sa démolition). D’une architecture, l’artiste obtient une sculpture : il commence par percer un interstice - coupant la maison en 2 dans le sens de la largeur – puis sape les fondations (travail de termite) et découpe des formes dans les murs. Philippe-Alain Michaud rapproche ce témoignage du film « One week » (1920) dans lequel Buster Keaton fabrique, de manière maladroite, sa maison. Il le compare également au geste de Michel Ange qui préférait supprimer de la matière (tech de la taille), plutôt que d’en ajouter (procédé du modelage).

Les performances de l’actioniste viennois Otto Mühl (né en 1925) - filmées par Kurt Kren (1929-1998), - tournent essentiellement autour de l’idée de l’excès. Très colorées et montées sur un rythme très saccadé, elles sont empreintes d’une forte dimension scatologique et sexuelle. Sous une lumière agressive, des corps dénudés – le plus souvent féminins – sont peints au pistolet et enduits de substances liquides (sauce tomate, confiture, œufs cassés, lait, huile), de plumes, de farine, de poudres en tout genre… Les acteurs semblent prendre plaisir à jouer ces jeux trash. Parfois, un ballon de baudruche sert de tampon entre les corps…

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