Publié par Jean-david Boussemaer

Mohammed Elbaz estime que l’art sert à « réparer le monde, à le faire aller mieux » ; il constate cependant avec amertume que le pouvoir réparateur de l’art reste encore assez faible. A la lecture de Syllogisme de l’amertume d’Emile Cioran, il décide de donner à l’ensemble de son œuvre le titre significatif de « bricoler l’incurable ». 

 

En guise d’introduction, Mohammed Elbaz exécute une performance : la lecture d’une sélection d’articles de presse (extraits duMondeLibérationCourrier International…) datant d’août 1999. Par ce collage d’idées – sociales, politiques, économique... – l’artiste ne souhaite pas bâtir une histoire, mais plutôt des correspondances sémantiques. Derrière lui, il projette des plans de laDernière Tentation du Christ de Scorsese, mis en boucle et montrant des individus nus se flagellant, se mutilant… Par-dessus, des adresses email - celles de ses interlocuteurs - apparaissent et s’évaporent dans un flux continu - assez similaire à celui des informations simultanément prononcées.

Mohamed Elbaz commente ensuite un diaporama de ses précédentes productions. Force est de constater qu’il s’agit d’œuvres diverses, montrées dans des espaces très différents. 

  • Baignée dans un flot de lumière noire, son installation fantomatique présentée à l’Espace Jeumon (La Réunion) est constituée d’éléments de la vie quotidienne recouverts de draps blancs (voiture, table…). Elle évoque un temps d’attente – réf. à l’ancienne fonction industrielle du lieu.
  • En 1993-94, il participe à une exposition de jeunes artistes au Musée de Villeneuve d’Asc. Il présente alors une Mercedes dans une salle rouge, sous un nuage d’ampoules (les 6000 watts élèvent considérablement la température du lieu), devant une série de portraits (semblant interroger le public sur l’objet de sa visite). Initialement imaginée comme devant être soudée (pour être rendue inutilisable), la voiture est simplement mastiquée au niveau des portes. 
  • Pour le dernier étage du Centre d'art contemporain de Meymac (2000), il développe une œuvre sur l’insomnie, le songe parfois long et effrayant. 
  • Pour le Centre d’art de Sète (expo. « Le Milieu du Monde »), il s’interroge sur les apports de la Méditerranée (religion, commerce…) et fabrique un cube avec des peaux de bêtes (une sorte de rejet de la mer). 
  • A la Galerie Laage Salomon (2000), il produit une installation avec sept vidéos placées dans des cages et une cabine téléphonique dans laquelle le visiteur peut entrer pour écouter des projets imaginés mais non réalisés pour x raisons. Note : un projet de cabine fut pensé pour des célébrations sur les Champ Elysées, mais ne fut pas retenu.
  • Il conçut pour l’Entreprise Cité numérique (Lille) une installation composée dans de fragments de portraits d’employés. Les yeux des travailleurs (des laboratoires du bas) sont symboliquement rivés vers le plafond (lieux des bureaux).
  • Au Musée Léon-Dierx de Saint Denis de la Réunion, il enveloppe de draps blancs des statues sacrées de l’île (un St Jean-Baptiste…) et les place dans une salle noire. 
  • Au centre d’art de Saint-Fons (1999), l’artiste élabore un « cube à musique ». Sur les faces, il écrit à l’envers des partitions d’un succès de Bob Marley. A l’intérieur, il diffuse des messages déposés sur son répondeur. 
  • A Dunkerque, il recouvre la statue de Jean Bart d’un drap blanc et ne laisse dépasser que le bras. Très vite, l’œuvre fut graffitée puis détruite : quelqu’un mit le feu au drap…
  • En janvier 2004, il occupe deux salles du Centre d’Art Basse Normandie (Caen). Il peint les pièces en rouge et bleue, crée des ambiances musicales (dans la première, il diffuse un air de Miles Davis, dans la seconde, un morceau de Lou Reed) et y place des voitures. 
  • A Clermont-Ferrand, Mohamed Elbaz est invité à investir une église désacralisée. Dans un premier temps, il y envisage un cinéma, observable à partir de voitures. A cause de problème d’alignement, il est obligé de revoir son projet et décide de rendre aveugle les véhicules. Il diffuse un film sur un écran géant et le son à partir des voitures, ce qui créé une ambiance très particulière. 


Prochainement, l’artiste souhaiterait fabriquer :

  • un « portrait de sa consommation » à partir de moulages en plâtre des blisters de ses courses. 
  • et en pendant, une « bibliothèque de silhouettes de billets de banques » interrogeant ce que célèbre les pays. Pour l’instant, il verrait bien ces portraits en verre.

 

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