Publié par Jean-david Boussemaer

 A quelques jours de la clôture de l’exposition « Ralentir Vite » (9 décembre-20 février), visite guidée avec Caroline Bourgeois, commissaire de l’exposition et directrice artistique du Plateau.

 

Face au déferlement d’images et au manque de contenus critiques (emblématiques de notre époque), l’exposition « Ralentir Vite » propose un « ralentissement de notre perception, un temps pour appréhender [les oeuvres] au-delà des flux et des perceptions ». D’un point de vue résolument ‘politique’, les œuvres produites par trois générations d’artistes offrent des amorces de réflexion sur : le double & l’altérité, la durée & le caractère éphémère des pièces, les destinées solitaires et le brassage culturel.

 



[Illustrations : en haut : Seeing otherwise de Jennifer Allora & Guillermo Calzadilla - en bas : une affiche de récente de Santu Mofokeng / Panneaux électoraux devant la station de métro 'Buttes-Chaumont']


L’exposition débute hors les murs, dans le quartier environnant (Jourdain, Pyrénées, Buttes-Chaumont, et Place des Fêtes). Ayant reçu l’autorisation d’exploiter les panneaux électoraux, le Plateau y présente deux types d’affiches :
Seeing otherwise (1998-2000) : un cliché 'carte postale' du couple américano-cubain Jennifer Allora (née en 1974, USA) & Guillermo Calzadilla (né en 1971, la Havane). L’image représente une personne face à la mer, rêvant sans doute d’exil et d’une nouvelle vie. Trop politisée, l’affiche fut censurée lors de la Biennale de la Havane.
Deux affiches - Pimville (2004) et Meadowlands (2004) - du Sud Africain Santu Mofokeng (né en 1953) jetant le voile sur le nouveau quotidien commercial du quartier de Soweto et les oublis volontaires de l’Histoire (série « Billboard »). Très subtilement, elles mettent en exergue les liens douteux entre publicité et questions politiques. Ex. un diamant avec le commentaire ‘La Démocratie est pour toujours’.

Dès l’accueil du FRAC, le visiteur est convié à découvrir des œuvres très différentes :
Au sol, le discret Jardin Manquant (2002-2004, Gal. Art Concept) de Michel Blazy (né en 1966 à Monaco, vit à Paris). Directement dessinée au sol au Blanc d’Espagne (et reprise à trois occasions), l’œuvre varie avec le temps de l’exposition. Fleurs, buissons et végétaux disparaissent progressivement sous les pas des visiteurs qui déambulent dans l’institution comme dans un jardin.
Sur une palette de chantier, une pile d’affiches de la série « Le Projecteur » (2004) de l’artiste belge Michel François (né en 1956). Le public est invité à en prendre une et ainsi à participer à l’activation de l’œuvre : au début, le projecteur est très distinct, progressivement, il disparaît…
Face à l’entrée, Untitled (Orpheus, Twice)  (1991), deux miroirs de Felix Gonzalez-Torres (1957-1996) destinés à nous faire percevoir l’idée d’absence ou au contraire d’absence et d’altérité.

Dans la petite pièce attenante, Office Edit II (2001, DVD, 51’44’’, Gal. Donald Young, Chicago) la dernière oeuvre de Bruce Nauman (né en 1941, USA) est projetée en version mono-bande (note : une autre version en 7 panneaux a été acquise par le Centre Pompidou). L’artiste nous présente son bureau vide afin de subtilement nous faire comprendre que toute élaboration artistique nécessite un temps de vide.

En poursuivant notre parcours, nous déclenchons l’oeuvre interactive - Carl et Julie (2000, Gal. Micheline Szwajcer, Anvers) - de David Claerbout (né en 1969 en Belgique). Saisie par un capteur au plafond, notre présence perturbe l’image avec quelques secondes de décalage : une fillette se retourne et nous observe. Idée : ce n’est plus l’œuvre qui est regardée, mais le public qui est observé.

Dans la pièce centrale (Salle 2), nous découvrons Petite (2001, Gal. Schnipper and Krome, Berlin) : une « installation environnementale, atmosphérique et théâtrale qui explore mondes privés et publics de l’imagination enfantine » selon son auteur Dominique Gonzalez-Foerster (née en 1965 à Paris). Concrètement, il s’agit d’une construction en verre, bois et fer renfermant d’une part une vidéo de 5 minutes (une jeune fille qui apparaît et disparaît – tout comme la mémoire de l’enfance) et d’autre part une couverture, une table et une lampe (cf. l’univers de l’enfant : son lit, sa lampe de chevet…).

Dans l’espace vidéo adjacent, nous visionnons l’oeuvre la plus narrative de l’expo The man with bag (2004, vidéo, 39 min, Gal. Carlier I gebauer, Berlin) de Diego Morales (né en 1975 en Argentine). Découpée en six chapitres, elle traite d’un homme cherchant son chemin en Patagonie.

Sur les murs de la pièce suivante, des affiches de Michel François (cf. commentaires sur la série des projecteurs) et Santa Fe, NM #101b-2 (2003, 140*190cm, Gal. Cent8, Paris), une acrylique sur toile d’Anne Marie Jugnet (née en 1958 en Fr.) et Alain Clairet (né en 1958 en Fr.) reprenant un motif d’iris obtenu après le re-travail informatique d’une photographie (extinction d’un poste de TV). La forme est les couleurs de ce très bref instant nous sont très difficilement imaginables et peuvent nous conduire à des considérations sur la fin des images.

Dans les deux dernières salles :
Untitled (March 5th) #2 (1991) de Felix Gonzalez-Torres, constituée de deux ampoules de 40 Watts placées côte à côte contre un mur. Idée : l’une des deux meurt toujours avant l’autre (à placer dans le contexte du décès de son ami, mort du SIDA).
Trois œuvres de David Hammons (né en 1943 aux USA), un artiste noir qui se fit connaître en vendant des boules à neige à Harlem :
Phat free  (1995-2000, DVD) : vidéo sur l’ennui montrant l’artiste errant dans un espace vide et tapant mécaniquement dans une boite en fer. L’oeuvre fut présentée à la Whitney Biennal.
Money (vers 1990) : un pantalon pendu sur un cintre, lui-même accroché au mur par un petit clou. Ses poches sont explicitement retournées et dorées. L’étiquette du prix porte la signature de l’artiste.
 Stone with hair (1998, Fondation Cartier) : une étrange pierre recouverte de cheveux et posée sur une boîte de cirage (réf aux cireurs noirs). Face à elle, on reste perplexe : on ne sait pas de quelle époque elle peut dater, ni quel sens elle peut véhiculer…
Sans titre (2004, DVD, Gal. Dominique Fiat, Paris) de l’artiste hongroise Judit Kurtag (née en 1975) : un travail reprenant des éléments d’échange (mains…) en gros plan et glissant très calmement les uns sur les autres.


 

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