Publié par Jean-david Boussemaer

Dans le cadre de ses forums de société et de son cycle « Acquérir, Préserver, Montrer », le Centre Pompidou invite Roger M. Buergel à présenter les origines de la « documenta » ainsi que ses projets pour la 12ème édition (juin-septembre 2007). Modération : Christine Macel. 


Il n’existe aucune méthode type pour concevoir une exposition. L’improvisation est un élément à prendre en compte…

Initialement conçue comme un supplément à une exposition horticole (manifestation régulière et itinérante, tenue dans les régions les plus pauvres d’Allemagne), la première édition de la « documenta » apparaît en 1955 comme un « théâtre de l’intellect collectif ». A cette époque, Kassel se relève avec difficulté de la seconde guerre mondiale : en 1945, la ville – qui était un grand centre de l’armement - est détruite à 80%. Un parti de reconstruction très radical et très moderne est alors mis en place (note : la ville de Kassel est reconstruite à partir de plans nazis, imaginés pour l’après guerre).

Imaginée comme un événement singulier (aucune suite n’était prévue) et organisée dans l’ancien ‘Museum Fridericianum’ (un musée inauguré avant la Révolution française, proche des idéaux des Lumières … en ruines en 1954), la première documenta apparaît plus comme un « projet artistique » que comme une « exposition ». Deux modules sont imaginés : une galerie de portraits et un aperçu de l’histoire (un hommage rendu aux artistes dits ‘dégénérés’ et aux morts dans les camps – œuvres d’art récentes au milieu de photos de Grèce, de peintures de Lascaux…). Le but à atteindre est double : faire renouer le public avec l’art contemporain (fortement mis à mal avec les nazis) et retracer les lignes généalogiques de l’art moderne (d’où vient l’art actuel ? – cette idée fut reprise lors de la documenta 10).

L’espace de l’ancien ‘Museum Fridericianum’ est fortement scénarisé : le bâtiment néo-classique est laissé tel quel dans sa monumentalité, on y ajoute juste un système graphique. On y place des murs amovibles, des cloisons en placoplâtre puis on tisse de longues traînées de plastique noir et blanc pour cacher les murs et les fenêtres (toujours sans vitres). Les tableaux sont posés sur des tringles en avant des murs. Parfois, on les place inhabituellement contre des murs recouverts de plastique noir (ex. une peinture de Mondrian, une de Picasso…). Bref, l’espace d’expo est moins à considérer comme un « environnement » que comme un « laboratoire ».

La documenta 12 (2007) sera placée sous la direction de Roger M. Buergel : historien d’art, critique et commissaire d’expo. Parmi les principales manifestations qu’il a déjà eues l’occasion d’organiser : « Die Regierung » (‘du gouvernement’, entre 2003 et 2005, Luneburg, Barcelone, Rotterdam et Vienne) et « Dinge, die wir nicht verstehen » (‘les choses que nous ne comprenons pas’ en 2000 à Vienne).

Selon Roger M. Buergel, il est impératif de trouver un lien entre l’exposition et la ville, car nous assistons actuellement à une dissolution sociale, à une crise politique (on parle de « parlementarisme capitaliste »). A l’échelle micro, il est nécessaire de rechercher les ‘urgences’ dans la ville : la situation de l’université, la transformation de la ville fordiste en pôle post-fordiste…

Trois thèmes - assez vagues - ont été retenus :
—  la « Modernité est notre antiquité » : qu’est ce que la modernité dans le monde arabe et dans les pays post-soviétiques ?
la « Ville nue » (terme de Benjamin).
—  l’Education, en relation avec les musées locaux. Etudes des savoirs locaux pour pouvoir mieux les représenter ?

Pour aborder ces trois thèmes avec efficacité, un magazine d’art sera créé en collaboration avec 70 éditeurs internationaux… Tout devra être fait pour lutter contre la « standardisation du monde de l’art [car ...] il n’y a pas de raison de répéter à Kassel, une foire d’art. »


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