Publié par Jean-david Boussemaer

A la suite de la séance « Autour de l’autoportrait» (ENSBA, 18 janvier), proposée par Vivian Ostrovsky (cinéaste) et Marc Bembekoff (co-programmateur de Scratch Projection), projection de trois films : Selbsportrait 1 d’Eva Marie Schmid (1995, 3 min, 16mm, coul, sil), Gently Down the Stream de Su Friedrich (1981, 14 min, 16mm, nb, sil, 18 im/sec) et Baby I Will Make you Sweat de Birgit Hein (1994, 63 min, 16mm, coul, son).

 

Eva Marie Schmid (née en Autriche en 1969) est une spécialiste de l’autoportrait filmé en super8. Sa caméra lui  apparait comme le prolongement de sa main. Dans sa oeuvre, il nous distinguons régulièrement son entourage. Ex. son film Fédor est centré sur les aventures de son chien à la campagne. Selbsportrait 1 peut être considéré comme un « autoportrait pur » à cause de la très forte présence de l’artiste à l’écran. Durant trois minutes, nous la voyons en gros plan en train de se maquiller devant la glace, se coiffer, évoluer dans le métro…

Su Friedrich (née en 1964 en Angleterre) se lançe dans l’aventure cinématographique à la fin des années 70. Son art est principalement caractérisé par la matérialité du film (effets de matière, de cadrage, reflets sur l’eau…) et l’affirmation de son identité lesbienne. Introduit par une image de Madone (signe de la rébellion de l’artiste envers l’institution), Gently Down the Stream met en images quatorze rêves extraits de son journal intime et traitant du désir féminin : femme qui nage, qui rame… Lorsqu’elle commença à filmer, elle indiqua qu’elle souhaitait détruire son journal écrit à la fin de la réalisation. Apparemment, elle ne le fit pas : des textes issus de ce journal furent publiés (disponibles à la bibliothèque des Beaux-Arts). Comme de nombreux artistes structuralistes new-yorkais, Su Friedrich exploita la technique du grattage sur la pellicule pour graver des mots. Dans Gently Down the Stream, nous ne voyons jamais l’artiste (à la différence des films montrés jusqu’à maintenant). Aussi, pouvons-nous poser la question : Est-ce que l’autoportrait nécessite la présence de l’artiste ?

Baby I Will Make you Sweat de Birgit Hein (née en 1942 à Berlin – vit en Allemagne) est un journal intime, une vision très personnelle de ses expériences sexuelles connues lors de son voyage en Jamaïque. Réalisé lorsque l’artiste avait 57 ans, le film nous montre une certaine angoisse de la vieillesse (« vieillir, c’est une maladie » - « Mieux vaut s’enflammer que s’éteindre à petit feu »). Via une vois off et un langage très cru, l’artiste évoque ses aventures avec des hommes de couleur, et tout ce qu’elle découvre à cette période : croyances, violence, racisme, gandja, misère… D’une certaine manière, ce film peut être considéré comme la suite de « L’Amour pue » (réalisé en 1982 avec son mari). Afin que son film soit très radical et ne ressemble pas à un banal documentaire, Birgit Hein fut particulièrement attentive à la matérialité de ses images. Elle filma les scènes en Hi8 puis les repris par deux fois en 16mm. Ce travail de montage peut nous faire réfléchir : faut-il être sincère dans ses propos pour faire son autobiographie ? Rousseau ne l’était pas toujours dans ses Confessions…

 

Lire le compte-rendu de la première séance du cycle autour de l'autoportrait


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