En partenariat avec le Centre Pompidou, Mosign (le pôle mode/design d’Anomos) organise le cycle bimestriel de rencontres «
Face au Présent » et donne la parole à des visionnaires explorant les dernières tendances de la création contemporaine. Parmi eux, le designer anglais Sam Hecht, co-fondateur avec Kim Collin de
l’agence « Industrial Facility ».
En liminaire à son intervention, Sam Hecht pose trois points essentiels à ses yeux :
— L’univers de la grande consommation est très difficile à perturber car la vente des produits reste l’objectif premier. Seul un pannel d'objets
très restreint – aux formes à peu près toutes similaires – est offert aux clients. Pour sortir de cette ornière, les designers doivent faire preuve de talent.
— Il est important de penser chaque objet industriel en relation avec son
environnement. Ex. un verre d’eau ne doit pas être envisagé seul, mais il doit l’être avec une table…
— En aucun cas, le point de départ d’une étude ne doit être la technologie. Le designer doit avant tout s’inspirer des erreurs, des façons de
faire (…) perceptibles dans la vie de tous les jours.
En 2001, Sam Hecht conçoit - avec l’équipe du studio de design IDEO - un nouveau système de
navigation pour le premier magasin ‘Epicentre’ de Prada (New York). L’objectif : permettre aux vendeurs de rester plus longtemps en contact avec les clients, dans un environnement
significativement estampillé Prada.
Souhaitant s’écarter du traditionnel système ordinateur de poche/stylet, Sam Hecht
propose ironiquement une sorte de gros crayon. Comme à son accoutumée, il l’inclut pleinement dans le magasin. Il crée, par exemple, un chariot spécifique pour recharger les appareils (bien que
prévu pour l’arrière boutique, il est tellement apprécié pour son aspect futuriste que les responsables du magasin le placent en vitrine).
Conscient et satisfait des possibilités offertes par la technologie RF – utilisée dans les aéroports pour localiser les bagages –
Sam Hecht a l’idée d’attribuer à chaque vêtement Prada un code « ADN ». Concrètement, chaque produit est muni d’une petite étiquette - au format carte de crédit – capable d’être lue à distance et
de fournir de multiples informations. Pour les obtenir, le vendeur dispose d’un petit appareil robuste (conçu pour pouvoir résister aux chocs) ressemblant à une torche. Grâce à cet instrument, il
lui est facile :
— de se rendre compte si l’article est encore
disponible.
— de connaître la composition du
produit
— d’éclairer certaines parties du magasin (via un
pointeur laser).
— de réserver une cabine d’essayage…
Avec l’idée qu’un objet n’a pas forcément besoin d’être beau, mais doit être singulier et simple pour fournir de nouvelles sensations, Sam Hecht conçoit plus récemment :
— Un lecteur projecteur DVD (Epson) : au format vertical (très proche de celui des
projecteurs Super8), avec DVD apparent sur le côté.
— Une
calculatrice (Lexon LC55 Crédit) : au format carte de crédit, elle
passe inaperçue dans un portefeuille.
— Un lecteur MP3 : très
minimal (évocation de l’aspect tout aussi minimal des flux de données numériques), avec des écouteurs non attachés.
—
Une montre (Lexon LM82
Once) : sans bouton – l’écran a cette fonction.
— Une souris sans bouton apparent.
— Un système de canapé (Muji) : à construire à partir de
quelques modules (avec ou sans accoudoir) ajustables à volonté.
— Un jeu de cartes avec les informations les plus minimales pour jouer (pas de figures…).
— Un aiguiseur de couteau (Harrison Fisher) : lorsqu’on l’utilise, on a l’impression de fendre le produit.
— Une série de couteaux (Harrison Fisher) : aux manches
transparents.
— Une cuisine (Whirlpool) cachée dans une sorte
de penderie.