Publié par Jean-david Boussemaer

Quelques idées piochées lors de la rencontre sur le « Street Art », organisée par Paris-art.com. Avec Alain Millon (sociologue), Toke Hikkeberg (critique), Pierre Drouaire (Critique), André Rouillé (Paris-Art.com) et Jean Faucheur.

 

L’art dans la ville est généralement envisagé comme un « acte de résistance gratuit » destiné à interpeller les politiques et les habitants. Sous différentes formes (affiches, stickers, graffiti…), il s’agit de « pratiques subversives » difficiles à décoder – hiéroglyphes modernes incompréhensibles pour les non-initiés - et exclues des schémas artistiques traditionnels. Pour les assimiler, il est nécessaire d’adopter une position d’ « arpenteur » (différente de celle du banal « promeneur ») et d’opérer un véritable travail d’observation (ex. guetter les stickers sous les marches de métro…).

 Descendre dans la rue n’est jamais anodin et l’art urbain peut être considéré comme une pratique égocentrique. Chaque artiste s’affirme par son propre logo, parfois il laisse même ses coordonnées (mail ou numéro de téléphone sur les stickers…). Le tag peut être perçu comme une manière de se comparer aux autres artistes d’un quartier. Ex. juxtaposition de grafs dans la rue Oberkampf, Paris 11.

 Le mouvement « anti-pub » (amorcé en novembre 2003) – s’attaquant sans vergogne aux contenus matraqueurs - s’inscrit dans la longue histoire du graffiti dans le métro, un lieu privé à la disposition du public. [Selon la légende urbaine, le premier détournement publicitaire aurait eu lieu dans le métro parisien - pendant la seconde guerre mondiale - avec une réclame de la Vache qui rit]. A ses débuts, le mouvement ne voulut pas se donner un caractère artistique et se revendiqua uniquement comme un courant militant. Pour répondre à leur volonté de « réappropriation » des souterrains, la RATP offrit aux anti-pubs des espaces de libre expression dans quelques stations - malheureusement en bout de ligne et peu fréquentées. 

Ex. de détournement de pub assez célèbre : Zeus avec la pub Lavazza à Berlin. 

Les interventions peuvent être très violentes. Ex. passage à l’acide sur des vitrines (pour rendre visible ce qui ce l’est pas). On parle de « punitions » lorsque des murs ou des trains entiers sont méthodiquement tagués à la chaîne avec la même signature. 

Produire son art dans la rue est souvent perçu comme une étape. Certains artistes ‘urbains’ sont parfois amenés à créer des marques, à exposer en galerie, en musée… Ex. André lança une ligne de T-shirts, Jon One exposa chez Agnès B...

Quelques associations récentes dont la « Fondation Art Dialogue » (dépendant de l’Institut de France) financent des initiatives d’art urbain dès que les créateurs ont obtenu une autorisation d’exposer dans la rue (budget : 8000 euros pour un projet de 4 mois). Le nom « Art Dialogue » vient du fait que les organisateurs sont particulièrement intéressés par les témoignages laissés par les passants (carnets d’appréciation photographiés tous les jours…). Ce type de dispositif pose une question fondamentale : Faut-il toujours donner un lien social à l’art urbain ? 

Quelques critiques tentent de croiser les discours - les propos développés par l’histoire de l’art, le jargon sociologique, la verbe artistique… - pour mieux appréhender les formes émergentes. Ex. pour évoquer l’activité de Raymond Hains, les termes de « marcheur » et de « cueilleur » semblent assez bien adaptés. 

Risque : en théorisant de manière trop vague les différentes initiatives et en opérant des rapprochements trop systématiques entre artistes, certaines pratiques (encore très fragiles) risquent de disparaître. Il est nécessaire de penser le « mixage », le « métissage » et la mutation constante de ces pratiques.


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