Publié par Jean-david Boussemaer

Fermé pour travaux depuis 2004, le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris continue de présenter – dans le cadre de son programme hors les murs ‘Intrus’ – quelques unes de ses plus belles pièces (cf. liste plus bas), dont Prototypes de l’artiste israélien Absalon [Pavillon de l’Arsenal, du 18 novembre 2004 au 6 février 2005].


Relativement méconnu des amateurs d’art, Absalon (1964–1993, surnom biblique) a mené une carrière fulgurante - à la Gordon Matta Clark - et fut l’auteur d’un œuvre atypique. Afin de mieux nous faire percevoir sa singularité, le Musée d’Art moderne organisa une rencontre très enrichissante avec l’artiste Marie-Ange Guilleminot, le critique François Barré et Bernard Marcadé, l’un de ses anciens professeurs à l'Ecole nationale supérieure d'art de Cergy.

Premier constat : Absalon n’a pas vécu une seule vie, mais plusieurs. Tour à tour, il fut aviateur dans l’armée de l’air israélienne, placé en hôpital psychiatrique, étudiant (durant un an à l’Ecole d’Architecture de Cergy, puis aux Beaux-Arts de Paris, où il suivit l’enseignement de Christian Boltanski), artiste fréquentant les plus grands noms de son époque : les époux Poirier, Claude Berri (avec qui il commença à écrire un scénario)…

Deuxième constat : Absalon a exploité divers médiums et matériaux. Si le public connaît essentiellement ses « mondes blancs » éclatants (formes minimalistes, sans usage et recouvertes d’un mélange à base d’eau et de plâtre), il n’est que très peu informé du reste de sa production essentiellement constituée de : collages, dessins (Absalon se plaisait à exercer cet art dans de petits carnets), petits objets (à ses débuts) et vidéos (à la fin de sa carrière).

Parmi ses principales sculptures : Culture, Sisyphe, Bande de guerre et trois Autels portatifs (actuellement réunies et présentées dans l’exposition
« Contrepoints » au Louvre). En général, il s’agit de « petits objets fragiles en carton, ficelle et terre-cuite, sortes de fétiches à mi-chemin entre l'art primitif et la sculpture surréaliste, qui évoquent l'histoire de l'humanité » (cf. communiqué du Louvre).

Parmi ses vidéos : Bataille (30', PAL, son, couleur, Collection Centre Georges Pompidou) et sa dernière pièce  Assassinats (1993, Tate, vidéo de 30 min, dans laquelle il assassine la plupart de ses amis : Boltanski…).

Son projet de vie des « Cellules » reste indéniablement sa production la plus médiatisée. Déclinée en deux types – les « visitables » et les « habitables » (il n’en existe que deux) – elle correspond aux différents « espaces de passage » que l’artiste souhaitait se bâtir à travers le monde. Lieux d’habitation inconfortables (proches des tombeaux, bunkers…), restreints (4-12m² – taille d’une cellule de prison), de solitude, de contrainte, et de travail (équipés d’ordinateur, de téléphone…), ces cellules peuvent être rattachées à des idéaux de nomadisme (on n’est pas loin de la roulotte de Raymond Roussel) et de judaïté orientale (anachorètes…) que l’artiste appréciait tout particulièrement.
En tout, Absalon conçut six prototypes de Cellules à destination des capitales qu’il affectionnait le plus : la 1ère pour Paris, la 2nde pour Zurich, la 3ème pour New York, la 4ème pour Tel Aviv, la 5ème pour Frankfort et la dernière on le suppose pour Tokyo (peut-être devait-elle être nomade ?). Soucieux de leurs futurs lieux d’implantation, il les projetait dans des interstices urbains (ex. sa cellule parisienne fut pensée pour être placée sur les bords de Seine).
D’une certaine manière, il est possible de considérer ces espaces comme des « œuvres d’art totales », agissant comme un seconde peau, luttant contre la normalisation du monde moderne et contre les grandes utopies communautaires.

Quatrième constat : Absalon était un artiste extrêmement méticuleux. Dès ses débuts, il se passionna pour la taxinomie et les théories corbuséennes (cela à un tel point, qu’il en vint très vite à radicaliser le principe du « Modulor »). Souhaitant avec rigueur régir son travail d’artiste, il se levait tôt le matin, travaillait jusqu’à sa pause déjeuner, puis retournait à ses projets de 14h à 18h. Très exigeant envers lui-même, il détruisait beaucoup de ses œuvres (nous n’avons que peu d’œuvres de jeunesse). Parmi les signes significatifs de son intransigeance : la destruction d’une de ses cellules grandeur nature, trop haute de 10 centimètres.

Dernier constat : onze ans après sa mort, force est de constater que son empreinte continue à inspirer de nombreux artistes tels que Marie-Ange Guilleminot (cf. Absalon cellules, 1993, 2004 présenté jusqu’au 19 février 2005 à la Galerie Dominique Fiat) et le jeune cinéaste Cédric Venaille.


Autres oeuvres actuellement présentés dans le cadre du programme « Intrus »
- La Mer d’Ange Leccia (Musée national de la Marine)
- L'Araignée de Louise Bourgeois (Muséum national d’Histoire naturelle)
- Le Théâtre d’ombres de Christian Boltanski (Musée d’art et d’histoire du Judaïsme)
- U-Control IIl de Panamarenko (Musée des arts et métiers)
- La foule V de Magdalena Abakanowicz (Galerie Saint-Séverin)
- Men crying de Gülsün Karamustafa (Espace Immanence)
- Olympe de Gouges de Nam June Paik (Maison de Radio France)
- The Singing Sculpture de Gilbert & George (boutique Helmut Lang)
- Der Lauf der Dinge de Fischli & Weiss (boutique Helmut Lang)

Prochainement exposés dans le cadre du programme « Intrus »
- One million years-past ; One million years-future de On Kawara (Collège de France, du 16 février au 25 juin 2005)
- VIDERPARIS de Nicolas Moulin (Ecole Normale Supérieure, du 11 mars au 11 juin 2005)
- Tune Towers de Dennis Oppenheim et Saint-Just line de Richard Long (Observatoire de Paris, 17 mars 2005 – 28 mai 2005)
- Trauma de Gillian Wearing (Hôpital Saint-Louis, Musée des moulages, 12 mai 2005 – 24 septembre 2005)


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