Publié par Jean-david Boussemaer

Dans le cadre de son exposition « The Sick Opera » (Palais de Tokyo, jusqu’au 23 janvier), l’artiste camerounais Barthélémy Toguo invite Jeanne Susplugas, Sébastien Pecques et Gérald à témoigner de leur expérience du voyage et de leur recherche de nouveaux contextes de travail.

 

A une époque où le transport de produits commerciaux (bananes...) entre le Tiers-monde et l’Occident est devenu monnaie courante, Barthélémy Toguo déplore que la liberté de voyager ne soit toujours pas à la portée des citoyens issus des pays les plus défavorisés. Lors de ses études aux Beaux-Arts de Grenoble, il constate à ses dépends que traverser les Alpes n’était pas chose aisée avec son passeport. Actuellement, il souhaiterait se rendre en Asie pour constater le désastre du tsunami mais là encore ce n’est pas si simple…

Plusieurs de ses œuvres taquinent les a priori occidentaux et les gardiens de frontières (ex. la série de performances ‘Transit(s)’ à partir de 1996). Habitué à se faire fouiller par les douaniers de l’aéroport Charles-de-Gaulle, l’artiste les provoque, à quelques occasions, en inventant des objets inhabituels (ex. des valises en bois massif impossibles à ouvrir). Lors de Transit n°6, il embarqua en première classe à bord d’un Thalys, vêtu d’une tenue verte d’éboueur flambant neuve. Malicieusement, il observe ses voisins changer de place et l’attitude du contrôleur lui demandant de quitter le train à Liège pour ne pas nuire à l’image de la compagnie…

Si Barthélémy Toguo envisage très souvent le voyage comme une phase de transition pour se rendre sur des lieux de conflits (séjours en Afghanistan, en ex. Yougoslavie…), il n'est pas insensible à son caractère propitiatoire à la création. Lorsqu’une de ses amies l’invita à Majorque, l’un de ses premiers réflexes est d’acheter un carnet à dessin pour palier à tout risque d’ennui. Une fois sur place, il est tellement séduit par le cadre idyllique qu’il créa la série « Lillie à la plage », sur les aventures d'une poupée un peu trop naïve...

 Pour Sébastien Pecques - qui travaille essentiellement sur le détournement de l’image - le voyage n’est pas une matière première mais l’occasion de produire des images et de découvrir de nouveaux horizons. Lors d’un voyage en une heure sur le Net, il récupére des images libres de droits et alla les porter au développement chez Photostation. Peu convaincu par les démarches exigées par les institutions pour effectuer des résidences (elles lui paraissent totalement en décalage avec la vie d’artiste), il préfère rester à l'écart de ce système, voyager par lui-même et être hébergé chez ses relations (ex. son dernier voyage fut effectué en Hongrie chez deux de ses amis artistes). 

 Adepte des résidences à l’étranger, Jeanne Susplugas considère que le procédé est propice à la création (au Japon, il lui a permis de produire un important stock d’images, de vidéos…), à défaut d’être un bon outil d’intégration dans les pays découverts. Vivant entre Paris et Berlin, elle ressent constamment l’agréable et angoissante impression d’être étrangère. Actuellement, elle souhaiterait partir au Brésil pour travailler sur le corps. 

A l’inverse des autres intervenants, Gérald est un véritable nomade. En aventurier, il parcourt inlassablement la Terre entière à vélo (un moyen de locomotion laissant libre recours à l'imagination), s’autofinance en effectuant des petits boulots - Père Noël, gardien de musée… - va à l’encontre des autres et remplit des classeurs avec ses « butins ». Parmi ceux-ci : des souvenirs récupérés lors de son voyage au Japon (le long de la côte la plus peuplée), un ensemble intitulé « 10 mois poético militaire » (élaboré pendant son service)… Passionnant, l'hybride contenu de ses archives - mots, images, dessins (…) - complémente ses paroles. Si Gérald n’a pas l’impression de vivre des choses spectaculaires, il éprouve néanmoins les besoins de minutieusement constituer ses classeurs sur le moment (ce qui l’incite d’ailleurs à se désigner sous le terme de « Géraldographe ») et de faire partager ses découvertes.

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