Publié par Jean-david Boussemaer

A l’invitation de l’ENSBA, Vivian Ostrovsky (cinéaste) et Marc Bembekoff (co-programmateur de Scratch Projection) présentent une sélection de films et vidéos de la collection ‘Light Cone’, en lien avec la notion d’ « autoportrait ». 

 

Si comme nous le conseille Vivian Ostrovsky, nous nous référons aux recherches de Raymond Bellour (cf. Communications 48, Paris, Seuil, 1988), nous pouvons définir l’autoportrait comme une juxtaposition d’éléments sans récit suivi (correspondant à ce que l’on est) - à la différence de l’autobiographie qui a une structure narrative, colle à la vie du cinéaste qui raconte ce qu’il a précédemment fait. 

 Indépendants des circuits traditionnels, quelques cinéastes ‘expérimentaux’ se permette nt d’adopter des styles personnels et subjectifs. Pour des raisons de coûts, ils n’exploitent pas le format d’origine du cinéma – le 35mm mis au point par les Frères Lumières – mais des technologies semi professionnelles : le 9,5 mm lancé par Pathé, le 16 mm initié par Kodak (à l’origine d’une véritable vague de cinéastes indépendants), le 8mm… et depuis quelques décennies la vidéo. Profitant de la légèreté de ces matériels, ces artistes réalisent leurs journaux intimes (ex. John Mekas) et s’adonnent à l’art de l’ « autofilmage » (ou « cinéma personnel »). Actuellement très courante, cette pratique permet une prise de conscience de son corps ; l’altérité fait le ‘Moi’, le corps n’existe que par la vision du spectateur. 

 Me, Shower, Rotterdam, Filmscribbles 3 (1991, 3 minutes, 16mm, N&B, muet) de l’Allemande Anja Czioska (née en 1965 et formée aux Beaux Arts de Rotterdam) est une œuvre très intime : posée sur un trépied, la caméra filme l’artiste se savonnant sensuellement sous la douche (l’expérience fut reprise, de manière sérielle, dans plusieurs villes). One Pussy Show (1998, 6min30, 16mm, couleur, son) est une autre performance de l’artiste réalisée dans une galerie. Sur un fond musical typique des années 60, elle s’amuse à enfiler des vêtements posés au sol et à se dévêtir, tout en exécutant frénétiquement quelques pas de danse.

 A ma place (2002, 11 minutes, vidéo, couleur, son) de la cinéaste et romancière française Hélèna Villovitch (née en 1963) est un ‘faux autoportrait’, un travail sur l’identité. A gauche de l’écran, l’artiste énonce quelques bribes évocatrices de sa vie passée (sa jeunesse à Bourges, son arrivée à Paris, son expérience avec le cinéma Molokino, ses romans… - épisodes parfois évoqués de manière fantasque). A droite, dix-sept de ses amis témoignent simultanément des mêmes scènes, commettant à l’occasion quelques erreurs amusantes. Le résultat donne un avatar hybride et complexe, considéré par l’artiste comme "parfois plus ressemblant qu’elle-même".

 Une chose après l’autre (2003, 17 min, vidéo, couleur, son) de la réalisatrice parisienne Catherine Helmer (née en 1972) est une succession de huit courtes séquences, toutes tirées de son quotidien et ajustées sans idée de narration. De magnifiques plans de fragments corporels sobrement habillés par de courts textes en surimpression (ses pieds montrés avec une série de phrases commençant par « Je dois », son nombril avec d’autres débutant par « je te dis »…) alternent avec des séquences silencieuses relevées par des voix enjouées (artiste mangeant silencieusement sur une mélopée enfantine « viens maman »…). 

Nikita Kino (2002, 40 min, 16mm, couleur, sil) de Vivian Ostrovsky est un savant collage d’images entremêlant la grande Histoire (le lancement du Spoutnik, le Printemps de Prague…) à ses propres découvertes lors de ses voyages en URSS, en Géorgie et en Arménie dans les années 60 à 80 (mécanismes de la société : les magasins, le logement, les restaurants, la lenteur des courses…). Le montage fut réalisé à partir de quelques pellicules familiales en 8mm (qui, en elles-mêmes, n’avaient pas beaucoup d’intérêt) et d’une quarantaine d’heures de bandes sur la vie quotidienne à Moscou (extirpées de films de fiction, de documentaires et/ou de propagande, et appartenant pour la plupart aux archives de la Cinémathèque d’Israël). Par-dessus, une voix off très détachée, parfois teintée d’humour et d’amertume personnifie un régime politique froid mais qui, paradoxalement, sut se faire apprécié de ses citoyens.


 

Lire le compte-rendu de la deuxième séance du cycle autour de l'autoportrait


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