Publié par Jean-david Boussemaer

« Détroit est une marque de qualité […] Pour l’Amérique qui peine à se souvenir, Détroit est un point lumineux dans la nuit culturelle de ce pays. Pour les gens comme moi, Détroit, c’est la mère de la techno, la terre de douleur où le jazz, dernière grande musique du siècle est venue se muter en musique électronique. » (Laurent Garnier, Electrochoc, Flammarion, p.132).

Né à Détroit en 1963, le jeune Jeff Mills évolue dans un milieu féru de science fiction et de comics prônant des utopies futuristes (Blade Runner, 2001, l’Odyssée de l’Espace…). Entre 1987 et 1989, il travaille pour la radio WJLB et se fait connaître sous le pseudo de « Wizard » (le Sorcier). DJ infatigable, il mixe au rythme de deux émissions par jour, six jours par semaine. Se refusant à sempiternelement reprendre les mêmes thèmes, le Sorcier séduit par l’originalité de ses mix ainsi que par son attachement à l’actualité (soirées autour d’Halloween…). Contrairement aux musiciens de hip-hop new-yorkais qui créent alors une musique revendicative et proche de la vie quotidienne, il se plait - à l’instar des autres DJs de Détroit - à imaginer un « futur possible ».

 Son Cd Metropolis n'est pas une commande mais un choix, une manière de prouver que la musique électronique peut accompagner les grands classiques du muet. Jeff Mills achete la cassette du film et travaille seul dessus pendant huit mois (sans demander d’accord à la Fondation Fritz Lang - procédé qu’il déconseille aux jeunes artistes). La principale difficulté qu’il rencontre est le nombre très important de scènes ; pour y palier, il choisit de créer un thème. Le Cd est commercialisé, mais ne film accompagné de la bande son n'est jamais sorti en salle et n'est que très rarement montré (ex : une projection au Centre Pompidou). Récemment, Jeff Mills a retenté l’aventure avec la comédie Three Ages de Buster Keaton. Il a repris l’idée de thème - la bande son ne colle pas à la seconde près aux images – et a créé une musique assez fluide, aux accords jazzy et non ténébreuse. 

Actuellement, Jeff Mills franchit une nouvelle étape en mixant la vidéo sur une platine DVD Pionner (Nuit Blanche à Paris, soirée au Sonar, au Rex le 13 janvier). Selon lui, mixer l’image pousse les soirées plus loin, entretient un rapport plus fort avec le public et permet de mieux faire partager ses émotions au public. Enthousiaste, il estime qu’il réapprend à mixer et réfléchit à des procédés pour arriver à tout faire seul (contrairement à la plupart des VJs, il ne travaille pas en duo avec un DJ). La période actuelle lui semble tout aussi expérimentale que celle de la fin des années 70 - lorsque les DJs hip-hop, du côté du Bronx, commençaient à faire les premiers mix à base de rock. Tout comme à cette époque, se posent également des problèmes de droits (qui est l’auteur ? qui est le créateur ?). 

En boîte de nuit, le public adopte des attitudes très différentes face au mix vidéo : si certains dansent, d’autres se montrent tellement fascinés par les animations qu’ils ne bougent que très peu (un nouveau public vient découvrir ce qui se passe). Tantôt présente, tantôt absente, l’image est adaptée au public (ex. lorsqu’il mixe à Détroit, Jeff Mills diffuse des extraits vidéo de lieux marquants dans l’histoire musicale de la ville). En conclusion, il nous met en garde : la danse est primordiale et se rendre en boite de nuit ne doit pas devenir une performance artistique, ni un visionnage de films.


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