Publié par Paddythèque


Pierre Guy (né en 1981 à Paris) est l'un des quatorze étudiants de l'Ensba à avoir reçu, en 2006, les félicitations du jury lors de la soutenance de son Dnsap (diplôme de cinquième année). A l'occasion de l'exposition « Cadrage -> Débordement » , il expose son installation L'Etat empire, une maquette d'espace urbain en guirlandes électriques multicolores.


Comment s'est déroulé votre examen et qu'avez-vous ressenti à l'annonce de votre brillant résultat ?

Après six ans passés à l'Ensba, le passage du diplôme fut, pour moi, une épreuve redoutée, mais également très attendue. Vers la fin du cursus, la peur de la deadline était de plus en plus présente. Il fallait que je réussisse à transformer, en produits montrables, l'accumulation de mes expérimentations souvent inachevées. L'examen a été très bref. Les mois de préparation, mis en perspective avec les vingt minutes d'entretien, m'ont laissé une drôle d'impression, mais la rencontre avec le jury a été chaleureuse et encourageante. L'annonce des félicitations était pour moi le ticket d'entrée pour l'exposition qui a lieu aujourd'hui. Je suis très heureux d'avoir eu cette chance.


Comment qualifieriez-vous vos années passées à l'Ensba ?


Etudier aux Beaux-arts est une merveilleuse opportunité. L'organisation par atelier permet, dès la première année, de rencontrer des étudiants en fin de cursus et apporte une cohésion autour d'un lieu et d'une personnalité. Le risque est de se retrouver enfermé dans une vision ou une pratique unique.


Qu'avez-vous principalement appris dans l'atelier de Guillaume Paris ?


L'apprentissage dans l'atelier de Guillaume Paris s'articule autour des rencontres entre étudiants. Lors de « séances critique » , il faut apprendre à parler de son travail devant les autres et à écouter. Cet échange est important, car il permet d'accorder la volonté première de l'artiste et ce que le regardeur en retient.


Que représente pour vous le terme d' « artiste » ?

Dès l'entrée dans l'école, nous sommes considérés par nos professeurs comme de jeunes artistes. Nous sommes influencés par des faits de société, des lectures ou de simples images. Nos sources viennent de tous horizons, et la création résulte de la condensation de tout ce qui nous entoure. Nos sensibilités personnelles nous conduisent à y répondre de manières différentes...


À l’occasion de l'exposition « Cadrage->Débordement », vous présentez une maquette de ville conçue en guirlandes électriques multicolores. Des diodes électroluminescentes rouges clignotent pour simuler le passage d'automobiles, d'autres blanches font penser à des immeubles... Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette œuvre ?

Dans mes différents travaux, je mets en place des mécanismes qui, à l'image des Machines célibataires de Marcel Duchamp, ont leurs propres systèmes de fonctionnement et dont les tenants et aboutissants échappent à l'œ il du spectateur. L'ordinateur (et l'aléatoire qu'il génère) me permet de mettre en place ces formes « d'intelligence artificielle » .
Dans L'Etat empire, l'œuvre que je présente dans l'exposition, un ordinateur commande l'allumage de leds. Parfois, le programme informatique agit en mode aléatoire et génère des cataclysmes. Parfois, la ville connaît un black-out et une inquiétante lumière noire prend le pas sur l'éclairage urbain.
D'un point de vue sculptural, je voulais utiliser un élément basique et minimal de l'électronique, la diode, pour construire, par accumulation, des formes plus complexes. Le décalage entre la pauvreté (et l'imperfection) des formes ainsi créées lorsque le courant ne les traverse plus et le côté clinquant de l'installation sous tension est l'un des enjeux majeurs de la pièce.


Est-ce une pièce qui se veut uniquement esthétique ? Souhaitez-vous faire passer un message ?

L'éclairage urbain est apparu pour sécuriser des espaces. Les zones éclairées sont considérées comme sû res, sous contrôle, alors que l'obscurité demeure l'espace de non-droit. Sur un ordinateur, le noir correspond à l'absence d'information. Je considère ce noir, cette obscurité, comme le blanc de la toile, une sorte de réserve obscure, alors que l'écran est lui-même source de lumière. Ce contraste entre une lumière artificielle et le vide (l'obscur) est l'un des fils conducteurs de mes différentes recherches.
L'Etat empire est le reflet des systèmes sécuritaires. Des contre-pouvoirs obscurs se trouvent alors réduits à quelques lignes d'un programme informatique...


Quels sont les aspects de la création qui vous attirent le plus ?


Et quels sont actuellement vos principaux axes de recherche ?
J'ai l'impression que les moyens de diffusion (toujours plus nombreux) ont tendance à aplatir ce qui sort de tous ces gros tuyaux. Notre rôle en tant que spectateur est aujourd'hui de réussir à filtrer ces différents contenus. Je m'intéresse à tout ce qui échappe (ou tout au moins tente d'échapper) au formatage industriel de la culture. Que ce soit dans les domaines de l'art, du cinéma, de la musique, de la télévision ou de la littérature.


Espérez-vous faire carrière comme artiste ? Avez-vous des projets en cours ?


Mon plus grand souhait est de pouvoir continuer à m'épanouir dans mon travail cela avec la plus grande liberté d'action possible. J'ai beaucoup de projets et j'espère pouvoir bientôt les concrétiser.


Etes-vous déjà représenté dans une galerie ?

Non, je ne suis pas représenté, aujourd'hui, par une galerie.


Enfin, avez-vous un site Internet ?

Non, mais je suis en train d'en préparer un qui regroupera mes différents travaux.



Article initialement publié sur Art and You, 28 juin 2007



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