Publié par Paddythèque


Nicolas Dion (né en 1981 à Noisy-le-Sec) fait partie des quatorze étudiants ayant reçu, en 2006, les félicitations du jury lors de la soutenance de son Dnsap (diplôme de cinquième année) à l'Ensba. A l’occasion de l’exposition collective « Cadrage -> Débordement », ArtandYou rencontre ce jeune photographe résolument tourné vers les espaces périphériques situés en dehors du temps.

 
Quels souvenirs gardez vous de votre examen et de vos sentiments à l'annonce de ce brillant résultat ?

L'examen a eu lieu le 16 mars 2006. Ça a été pour moi l'occasion d'exposer une série de photographies commencée au printemps 2005 (et qui se rapportait à un territoire mal délimité, une zone à la limite entre Rosny-sous-bois, Noisy-le-sec, Romainville), ainsi qu'un livre dans lequel j'avais tenté de consigner, par écrit, un maximum de choses vues : des parcelles de jardins encore cultivés, des vides greniers, des dépotoirs d'objets à l'avant de pavillons, une route en construction, l'autoroute A3, un « mall » exclusivement dédié à la maison, des caravanes sans roues.
Lors de l'examen, j'ai brièvement présenté ce travail de sonde sur une année (alors bouclée), lisant quelques passages du livre. Une chance, le jury n'a pas été indifférent. Le résultat m'a procuré de la joie, bien sûr, mais surtout l'idée que je pouvais librement m'extirper de ces petits voyages, de toute cette matière visible qu'il fallait alors, un peu, laisser libre, en veille.


Comment qualifieriez-vous vos années passées à l'Ensba ?

Cinq années d'immersion. Dans quoi ? Là est la question. Je n’y ai pas appris un savoir ou une technique adéquate à tout Paris, mais une protection où l'on côtoie les protégés de l'art et leurs richesses sans prix, une approche des livres comme la découverte en deuxième année (j'avais vingt ans) de « L'ordre du discours », du « Savon ». Ensuite, il y a le désœuvrement de l'atelier, le temps différent des heures passées à l'extérieur, la solitude dans les murs, et les grandes œuvres qui vous anéantissent tout en vous grossissant.


Qu'avez-vous principalement appris au contact de Patrick Tosani ? Comment se passe l'apprentissage chez une telle « star » de la photographie ?


Patrick Tosani, je le sais, réfuterait le terme de « star ». Nous nous sommes rencontrés en 2005, et il m'a donc épaulé dans mes recherches de « fin d'études ». Il y a chez lui une qualité d'écoute qui nous est précieuse, nous étudiants en sursis. Il a été le premier à qui j'ai confié mes récits. Il est critique, va de l'avant, nous laisse face à l'œuvre, nous motive sans jamais nous féliciter. Ça nous aide. Sinon rien que des rapports très amicaux, simples, on se passe le sel.


Par quel terme aimez-vous vous définir maintenant que vous avez quitté l'école ? Que représente pour vous le terme d' « artiste » ?

Je suis en dehors, à l'extérieur des murs de l'enceinte. Je dois poursuivre coûte que coûte. Pour mes histoires de photographies dans un paysage - des lieux souvent non-dits - je serais un « arpenteur », mais bon, j'évite de me définir. Je ne suis pas versé dans la théorie de mon art. Si l'artiste est celui qui est en prise avec des formes, j'évite de trop le montrer du doigt, ne sachant qui il est sinon quelqu'un que l'on admire à l'infini, dans notre rapport le plus intime avec l'art le plus rare.


À l’occasion de l'exposition « Cadrage -> Débordement », vous présentez une série de photographies couleur et argentiques de zones périphériques ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cet ensemble ?

C'est la suite... Il s'agit d'autres paysages, parfois les mêmes, et ces traversées brusques que commandent la ville et l'hyper-ville. L'écriture est toujours là à faire retour dans le détail sur les choses une fois vues.


Quels sont les aspects de la création qui vous attirent le plus ? Et quels sont vos principaux axes de recherche ?

Par période, certaines périodes de la peinture me fascinent. En ce moment, c'est Venise, les Bellini, Vivarini, la perspective dans les Annonciations. La musique est également très présente - le jazz, Ligeti et ses études pour piano, Nono, Mingus -, mais la littérature occupe la majorité de mon temps. Ce sont certes les livres de chevet qu'on emporte régulièrement dans le RER, mais aussi l'écran et la richesse qui se passe, maintenant, via Internet.


Espérez-vous faire carrière comme artiste ? Avez-vous des projets en cours ?

J'ai pour « projet » de répéter moins mal ce que j'ai déjà entrepris. Il y a l'exposition collective du Crédac, avec les mêmes félicités, des projets d'expo, de biennale, de résidence via des dossiers que l'on peaufine et envoie, mais étant salarié à temps plein, je tente surtout de ne pas m'endormir lorsque j'ai fini mes heures imposées, pour me projeter là où ça se passe.
Je ne souhaite pas « faire carrière », seulement poursuivre, et « me parcourir », puisque Michaux dit qu'il ne s'agit que de ça, en définitive. Hier, par exemple, j'ai pris le RER A direction Poissy, découvrant dans la fuite du train la station « Houilles Carrières en Seine ». Ça vous dérange. Désormais, il faudra y retourner, puisque ça existe.


Etes-vous déjà représenté dans une galerie ?

Non, j'ai certains contacts, mais pas de galerie. En fait, j'attends encore, jugeant mon travail peu étoffé...


Enfin, avez-vous un site Internet et quelle est votre position face à cet outil ?

Il y a bon nombre de sites incontournables. Si j'estime qu'il est encore un peu tôt pour moi, je crois en un tel outil lorsqu'il est mouvant - non figé sur simplement l'actualité d'un tel avec son travail et sa biographie. Je le vois, cet outil, comme un creuset où l'on appose ce que demain on pourra détruire, sans que cela soit une perte (on a nos parts d'ombre indispensables), une manière de s'alléger, d'aller mieux. Bref, creusons.



Article initialement publié sur Art and You, 28 juin 2007

 

 

 

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