A l'occasion de la FIAC (Grand Palais, du 22 au 25 octobre 2009), la Galerie Le Minotaure
rend hommage à l'artiste américain de génie Erwin Blumenfeld. Au travers de cette sélection d’œuvres, les amateurs découvriront notamment des collages/photomontages dadaïstes et satiriques
dénonçant le pouvoir et le totalitarisme. Par la suite, du 27 octobre jusqu’à mi-décembre 2009, des tirages photographiques d’époque seront, cette fois, présentés dans les murs de la
galerie.
Erwin Blumenfeld
Né à Berlin en 1897 dans la bonne bourgeoisie juive, Erwin Blumenfeld reçoit son premier appareil photo à dix ans. Après le traumatisme de la première guerre mondiale où il part au front comme
ambulancier alors que son frère y perd la vie, sa jeunesse se passe entre le rejet de la bourgeoisie dont il est issu et son intérêt pour l’avant-garde artistique européenne. Ami de Paul Citroën
et de George Grosz, il s’initie en autodidacte à la photographie, au dessin et au collage.
L’accession de Hitler au pouvoir provoque la chute de son commerce de maroquinerie et, par désœuvrement, il commence à faire poser ses belles clientes devant l’objectif. Le hasard des rencontres
et la crise économique lui font bientôt quitter les Pays-Bas pour tenter sa chance à Paris où l’essor de la presse illustrée donne des ailes aux photographes. Arrivé sans passeport, sans argent
et sans famille, tirant gratuitement le portrait du Tout-Paris pour se construire une réputation, Blumenfeld parvient rapidement à publier ses photographies dans les meilleurs magazines de
l’époque : A
rts et Métiers Graphiques,
Verve,
Vogue,
Harper’s Bazaar,
Life...
« En 1936–1937, Blumenfeld se procure une tête de veau, un grand tissu de soie et une reproduction en plâtre d’un torse de Vénus. Avec ces éléments, il a tous les ingrédients nécessaires à sa
photographie
Le Minotaure ou le Dictateur. Il n’a plus besoin d’un portrait pour que son image soit comprise : l’autocrate dramatisé par un éclairage de feux de rampe, évoquant
clairement la décadence du pouvoir Romain, pose triomphalement. Mais Blumenfeld dégrade le Minotaure – mi-taureau, mi-homme – il le transforme en un hermaphrodite d’un autre genre, empestant la
putréfaction. Ici, dans le contexte de l’année 1937, la présentation du Guernica de Picasso au pavillon espagnol à l'exposition universelle de Paris ainsi que l’exposition d’ "Art Dégénéré" à
Munich doivent être rappelés pour mémoire. En 1941, Francis Picabia s'inspire du Minotaure de Blumenfeld pour un tableau à l’huile qu'il appelle L'adoration du veau. Il y ajoute des mains de
fanatiques jurant fidélité à un monstre au nez rose. » (extraits du catalogue : texte d’Helen Adkins)
Surpris par la déclaration de guerre, recherché par la police française puis par la Gestapo, prisonnier des camps d’internement pour étrangers, Blumenfeld parvient à quitter la France avec sa
famille et trouve refuge à New York accompagnant cette émigration artistique et culturelle qui fuit l’Europe en guerre. Il partage, un temps, l’atelier de Martin Munkacsi avant de s’établir au
222 Central Park South et devient rapidement l’un des photographes les plus reconnus de sa génération, travaillant pour
Vogue,
Harper’s Bazaar et la publicité.
L'artiste décède à Rome en 1969, quelques semaines après avoir achevé son autobiographie,
Einbildungsroman, parue en France sous le titre
Jadis et Daguerre.
L'événement conçu par la galerie Minotaure
Le directeur de la
galerie Minotaure, Benoît Sapiro, a privilégié les premières années de l’artiste, entre 1916 et 1939 : quand
il dénonçait le régime nazi avec ses photomontages accusateurs ou quand il expérimentait le champ de la création photographique dans la mouvance du Dadaïsme, du Surréalisme.
Créées au cœur d’une période noire de l’histoire, ces œuvres sont toutes d’une extraordinaire force et de grande modernité. Jamais publiées ou exposées par l’artiste, elles constituent plutôt une
sorte de journal intime teinté d’humour noir et de sarcasmes, faisant allusion à Hitler, à Charlie Chaplin, au champion de boxe Jack Johnson…
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