Publié par Paddythèque


Confiée à Alexia Fabre, conservateur en chef du MAC/VAL et Frank Lamy, chargé des expositions temporaires dans cette même institution, la direction artistique de Nuit Blanche 2009 met l’accent sur les arts plastiques contemporains, sans exclure les autres formes artistiques. Au programme, « de la fantaisie, du rêve, de l’imaginaire ; de la profondeur, de la gravité, de la réflexion ; de la poésie, de l’intimité, de la nostalgie. »

 

Conçue à l’échelle de la promenade, la manifestation s’articule selon trois parcours (Buttes-Chaumont, Châtelet Marais et Quartier Latin), reliés entre eux tout au long de la nuit dans le cadre d’un partenariat avec la RATP (renforcement des Noctiliens ; ouverture nocturne de la ligne 14 et, cette année, de la ligne 11).


3. Rive Gauche, Quartier Latin


  • La Bûcherie (15, rue de la Bûcherie - Paris 5) : L’ivrogne (1999-2000) de Gilles Barbier (né en 1965) est une œuvre phare de la collection du MAC/VAL. Elle est ici présentée dans l’ancienne salle de dissection de la Bûcherie. Clone de l’artiste, un mannequin agenouillé semble accablé par la spirale de ses pensées qui s’enchaînent en un gigantesque tourbillon d’objets hétéroclites. Cette spirale monumentale s’inscrit à merveille dans l’architecture en rotonde fin XVIIIe tandis que la pratique de la dissection s’illustre de manière métaphorique par le déploiement de la pensée dans l’espace.

  • Eglise Saint-Séverin. Parti des disciplines traditionnelles, le travail de l’artiste canadienne Janet Cardiff (née en 1957) évolue peu à peu vers des recherches expérimentales et multimédia. Le son s’impose alors comme un élément sculptural à part entière de ses vastes installations. Pour Nuit Blanche, Janet Cardiff réactualise son œuvre de 2001, The Forty Part Motet (Motet pour quarante voix). Dans l’église gothique, quarante enceintes disposées en arc de cercle diffusent chacune la voix des quarante chanteurs impliqués dans la composition musicale Spem in Alium (1573) de Thomas Tallis. Circulant dans l’espace, le visiteur peut ainsi saisir la participation individuelle de chaque chanteur mais aussi mesurer, au gré de ses déplacements, l’architecture sonore qu’engendre la superposition des voix.

  • Musée de Cluny. Dans le Frigidarium des anciens thermes gallo-romains, l'artiste montréalais Patrick Bernatchez présente son œuvre vidéo I feel cold today (2006-2007). Dans une ambiance d’apocalypse futuriste à la 2001 odyssée de l’espace, les images énigmatiques défilent. Témoin d’une catastrophe déjà survenue, un bureau dévasté se laisse lentement recouvrir d’un épais manteau de neige.

  • Jardin du Luxembourg. Pour remédier à l'impossibilité de contempler un ciel étoilé en ville, l’artiste canadien Michel de Broin (né en 1970), suspend au dessus du jardin une phénoménale boule à facettes. Plus grosse boule à facettes du monde, cet astre géant, placé sous les feux d’une batterie de projecteurs DCA, émet tous azimuts un tourbillon magique de scintillements.
    Adepte du fantastique, Hugues Reip (né en 1964) réactualise et développe son œuvre de 2005 White Spirit. Allusion à la caverne de Platon, comme à la lanterne magique de la chambre de Marcel Proust enfant, cette pièce évoque, dans le cadre bruissant du jardin du Luxembourg, des mondes parallèles, des formes fantomatiques et les prémices du cinématographe.

  • Ecole Normale. L'artiste belge Eric Duyckaerts investit les locaux, haut lieu de l’enseignement et de la connaissance en France. Un parcours vidéo montrant différentes conférences performances guide le visiteur jusqu’à l’amphithéâtre Dussane où l’artiste se livre face au public à une performance tout au long de la nuit.
    Née en 1968 à Moscou, Margarita Gluzberg vit et travaille à Londres où elle enseigne au Royal College of Art. Outre une production de dessins et peintures, l’artiste se livre à des performances. Dans la cour de l’École Normale Supérieure, Margarita Gluzberg présente sa pièce Captive Bird Society (2009) récemment réalisée au MAC/VAL. Au fil du temps, l’artiste a réuni une collection de disques originaux (78 tours) réalisés par le compositeur Carl Reich à partir de chants d’oiseaux. Premier à effectuer ce type d’enregistrements, Carl Reich s’était attaché à des canaris imitant le chant du rossignol, s’ingéniant à mêler ces bandes sonores à des mélodies populaires. Jonglant entre six tourne-disques, l’artiste se livre en direct à une performance où elle-même sélectionne et passe les disques, installant peu à peu une présence poétique et détonante.
    La programmation de l’ENS (commissariat : Nadeije Laneyrie-Dagen) : Que reste-t-il des personnes, quand elles ont disparu ? Que faisons-nous des images d’actualités, diffusées par les chaînes et consommées dans nos salons à l’heure des informations ? Les trois films présentés par l’ENS ont en commun cette recherche : le travail du souvenir et de la signification. Direct indirect II de Pascal Convert (2002, 20 minutes) mêle séquences d’une des guerres actuelles et visions de dormeurs, rêves brouillés et cauchemars filtrés ; Cynopolis de Camille Henrot (2009, 10 minutes) fait alterner images de fouilles archéologiques et recherches dans des champs de détritus, avec pour acteurs principaux de son film des chiens errants ; La colonne vide de Myriam Mihindou (2004, 7 minutes), constituée d’images doubles, est une danse de deuil, sur un socle de sculpture monumentale parisienne privée de sa statue, dans un monde où le cours du temps continue.

  • Grande mosquée de Paris. En collaboration avec l’écrivain Frédéric Boyer, l'ingénieur du son André Serré et le metteur en scène de théâtre Jean-Baptiste Sastre, Sarkis investit à la fois le jardin et la cour de la Grande Mosquée. Sur une musique de John Cage, la vidéo Au commencement, Litany met en relation les deux espaces tandis que dans la cour précédant la salle de prière, l’artiste place un miroir exhalant un parfum de rose réunissant symboliquement le ciel et la terre.

  • Monnaie de Paris. En écho avec le lieu, Ange Leccia présente dans la cour intérieure une immense vidéo projetée depuis le premier étage. Éblouissante, flamboyante, l’image onirique de ll’or en fusion prend à cette échelle un caractère fascinant, hypnotique, touchant au mystère de la transformation des éléments.


Nuit Blanche 2009 en avant-première


Signe fort, Nuit Blanche 2009 veut abolir la frontière caduque du périphérique en affirmant son inscription dans le Paris Métropole avec la participation pleine et entière de Clichy la Garenne, Gentilly, Nanterre, Les Lilas, Saint-Denis, Saint-Ouen-l’Aumône, Aubervilliers, Arcueil et Romainville. À l’étranger, poursuivant son élargissement international, Nuit Blanche voit cette année la ville d’Amsterdam rejoindre le réseau Nuits Blanches Europe et la ville de Tel Aviv participer à Nuit Blanche dans le monde.



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