Publié par Jean-david Boussemaer


Arrivée dans le  milieu de l’art contemporain sans formation universitaire spécifique, Caroline Bourgeois glisse du privé vers le public et, en 2004, succède à Eric Corne à la direction artistique du Plateau.


Avec un faible budget, Caroline Bourgeois établit une programmation engagée, notamment en faveur d’une « population non acquise » (le dix-neuvième arrondissement connaît des flux d’immigration constants et d’origines très diverses). Elle refuse d’aborder l’art de manière populiste - c’est-à-dire de n’exposer que des artistes en relation avec le quartier - ou de le sacraliser, le Plateau n’ayant pas une vocation muséale. A contrario, elle se bat pour monter des expositions en relation avec les tendances émergentes.

Quatre expositions, de types différents, ponctuent l’année :
— — une thématique (autour d’un sujet d’actualité) : en 2005, « Ralentir vite » (regroupant des artistes qui envisagent le temps avec une dimension critique) et, en 2006, « Archipeinture - Artists build architecture » autour de la question de l’urbanisme  (les utopies, les réactions qu’elle suscite, ce qui en ressort en termes picturaux, ce qu’il possible de réaliser après l’abstraction…).
— une monographique : en 2005, Mauricio Dias et Walter Riedweg formulent une proposition sur les immigrants âgés à Paris (une coproduction avec le Festival d’Automne) et actuellement se tient une exposition d’Adel Abdessemed.
— une réalisée à partir des collections : en 2005, le Plateau consacre une exposition au plus jeune artiste de la collection, Loris Gréaud, et en 2006, une autre au plus âgé, Jean-Michel Sanejouand (qui ne souhaitait pas concevoir sa propre rétrospective, mais voulait qu’un commissaire à l’œil aguerri s’en charge).
— Et une sur la transmission (laissée aux artistes qui s’adressent aux générations futures). En 2005, John Jonas montre comment elle est devenue une femme artiste dans les années 70, et en 2006, Pedro Cabrita Reis – un artiste « constructeur » et initiateur de la plus grosse collection d’art portugais au Portugal – met en avant le dynamisme de la scène portugaise, malheureusement peu visible à cause de la « nomadité » de ses protagonistes.

En 2004, un « espace expérimental » est spécifiquement créé pour les artistes installés dans les sept cents lieux de résidence parisiens, dont la Cité internationale des Arts. Deux propositions sont dévoilées par temps d’exposition, soit huit par an. Jusqu’à maintenant, la plupart des invités étaient des femmes – jugées par Caroline Bourgeois comme ayant souvent des idées plus radicales que les hommes. Parmi les artistes retenus :
— Lee Show-Chun (en relation avec la Maison du Geste et de l’Image) qui, à partir de sa formation d’ethnologue, formula un travail autour de l’un de ses amis, M Li : après un accident de travail dans un atelier clandestin, ce Chinois se met à ramasser des détritus dans les poubelles pour fabriquer des objets qu’il vend ensuite dans la rue. — La performeuse Régina José Galindo qui, de manière très radicale, s’enferma dans le local pendant dix jours afin de montrer que la France était un pays où il était devenu très difficile de résider, puis exposa de petit objets réalisés durant cette séquestration volontaire. 

Actuellement, le Plateau est toujours en quête de reconnaissance et a, de plus en plus, besoin d’être défendu. Caroline Bourgeois avoue que 70% de son activité est consacré à légitimer la nécessité de la structure (six mois furent, par exemple, nécessaire pour obtenir la création de l’Espace expérimental). Non glamour, son programme – conçu pour déranger et ne pas montrer ce qui ce qui se fait ailleurs – est très difficile à faire passer ; encore plus à une époque où seuls quelques aspects de la culture - comme le cinéma et le patrimoine - sont réellement encouragés par les institutions publiques (l’art contemporain leur semble trop souvent élitiste). A cela, s’ajoute le fait que le Plateau envisage des aboutissements à long terme, alors que seuls les résultats à court terme sont fortement appréciés par l’Etat. En réaction à ce type de situation, beaucoup de lieux cèdent au charme du mécénat privé pour monter leurs expositions ; cela risque d’être particulièrement délicat pour le Plateau s’il souhaite garder son optique actuelle.


[Informations recueillies au Centre Pompidou, lors de la première séance des « Forums de société » de l'année 2006/2007]

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