Publié par Jean-david Boussemaer


Le temps d’une soirée, le Louvre présente cinq cinéastes et vidéastes, de générations différentes, ayant récemment tourné dans les salles du musée. Leurs œuvres abordent l’institution de manière plastique (Shahryar Nashat), fantastique (Ange Leccia), ludique (Antoine Rogiers), ou encore politique (Joseph Dadoune, Olga Kisseleva).


Dans The regularing Line (2005, 3min40s), le jeune artiste suisse d’origine iranienne Shahryar Nashat (récemment exposé à la galerie Praz-Delavallade) filme un danseur évoluant seul dans la galerie Médicis et qui, dans le silence, exécute une prouesse d’agilité la tête à l’envers. De manière fort gracieuse, l’acrobate symbolise l’individu en train de fournir un effort dans une société recherchant avant tout le global, et le musée le place face à son passé. 

Etudiant en quatrième année à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris, Antoine Rogiers se plait à associer deux médiums qui, selon lui, se complètent : la peinture et la vidéo. Il aime s’emparer de reproductions de tableaux (plus ou moins connus), puis reprendre numériquement les fonds à la palette graphique, isoler les personnages tels des papiers découpés et finalement les animer. Cette méthode, produisant des résultats fort ludiques, a déjà été usitée pour mouvoir les protagonistes de L’Académie des frères Le Nain (2005, 2min30s) et des Proverbes flamands de Brueghel. Très prochainement, l’artiste escompte reprendre le même procédé avec La Tentation de Saint Antoine de Jérôme Bosch.

L'artiste russe Olga Kisseleva – qui a récemment réalisé le visuel de la carte Louvre Jeune – stigmatise, à travers Le Monde sur le plateau (2006, 16 min.), la différence entre l’environnement culturel élitiste du Louvre et le vécu d’Olessia Koudriavtseva, une ancienne étudiante de l’Ecole du Louvre réduite à vendre des sandwichs dans l’espace restauration du Carrousel. Projeté en diptyque, le film combine deux éléments quasi-antinomiques : la symbolique de la nature morte flamande et l’univers des fast-food. Ce film est envisagé par Olga Kisseleva comme le point de départ d’une future série sur les chocs produits entre deux mondes, et parvenant à composer une nouvelle vision.

Ancien étudiant en théologie, Joseph Dadoune s’intéresse tout particulièrement à l’histoire du Levant (Mésopotamie, Egypte…). A travers son film Zion (2006, 16mm, 10min), à l’esthétique proche de celle du cinéma des années 20, l’artiste tente de montrer la déchirure blessant Jérusalem depuis des siècles (la ville fut violentée par César, les Croisades…), ainsi que la situation de deuil permanent. Muette, vêtue de noir et arborant un drapeau de la même couleur, la tragédienne Ronit Elkabetz –  incarnant la capitale biblique – évolue dans les salles orientales du Louvre et tente d’opérer une « démarche humaine ». Elle recherche des témoignages de son passé, mais en vain. Sans doute est-il temps de ramener le monde de l’art (n’ayant que des préoccupations occidentales) au berceau de nos civilisations… Joseph Dadoune espère sortir un long métrage de cette histoire et le présenter lors de son exposition au Musée de Tel-Aviv, fin 2007.

Invité à participer à la première édition de « Contrepoint », Ange Leccia a l’occasion de parcourir les salles du Louvre le mardi. Face aux œuvres désertées par leur public, il constate que leur aspect morbide que se fait davantage ressentir. La même année, il croise, dans un bar, Laetitia Casta et lui parle d’un projet de film à l’intérieur du musée. L’actrice accepte et participe à La Déraison du Louvre (2005, 15min.). Ange Leccia souhaite avant tout la libérer : il se contente de la mener devant certains tableaux, organise les éclairages et la laisse évoluer à son rythme. Sans artifice, ni maquillage, elle erre de manière timide, parvient à créer des hasards, parfois fusionne avec certaines œuvres, les caresse avec sensualité (au grand dam des conservateurs), … et, en quelque sorte, les ramène à la vie grâce à sa chair. 


Quelques liens :
Fiche sur les activités du Louvre

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