Publié par Jean-david Boussemaer

Après des études de traduction, Julie Morel entre aux Beaux Arts de Paris. Elle combine alors sa passion pour le texte avec l’art vidéo, puis avec Internet (à partir de 1996). Considérant le texte comme une image et les spectateurs comme des lecteurs, elle prend l’habitude d’offrir des lectures à son public. Actuellement, elle fait partie du groupe Incident.net, est enseignante aux Beaux Arts de Lorient et chargée de cours à Paris.


Réalisée en 2001, la vidéo Enumération propose deux numérotations de chiffres : une textuelle (de 0 à 100) et une autre orale (aléatoire). Intrigué, le spectateur recherche un rapport entre la bande son et l’image. Mais en vain… puisque dans les faits, il n’y en a pas.

Poursuivant ses recherches sur le ‘double sens’, Julie Morel réalise la même année Générique. Considérée comme un manifeste par son auteur, cette vidéo met assez violemment en scène une opposition entre lumière et noir. L’idée lui vint après la lecture d’un livre de Bataille sur la notion de « dépense » (dans l’ouvrage, Bataille envisage l’art comme une manière de dépenser son surplus d’énergie).

Partant du constat que travailler sur un ordinateur modifie nos habitudes, l’artiste conçoit la vidéo Soumission (2002) sur les raccourcis clavier. Comme pour les deux précédentes vidéos, le streaming sur Internet est de beaucoup moins bonne qualité que la version vidéo ; cela ne dérange guère Julie Morel qui le perçoit comme une « trace historique d’expérimentation ».

En 2003, sur les conseils de Gregory Chatonsky, Julie Morel se penche sur les œuvres génératives. Elle quitte alors le monde purement textuel pour celui de l’image. A partir de sa collection de dessins d’objets usuels (tasses, caméras…) réalisée peu de temps avant, elle met au point In Absentia (2003) : une série de 1500 images publiée de manière off-line (pour garder une certaine qualité). Sur une musique de Steve Reich - basée sur la variation de quelques notes - le spectateur découvre différents types d’objets et a la possibilité d'agir s’il le souhaite : en passant sur un objet avec la souris, il en découvre diférentes déclinaisons. Toujours intéressée par la diffusion sur le Net mais consciente des pertes à consentir, Julie Morel choisit, presque à contre cœur, de placer en ligne un extrait linéaire et non interactif. Elle l’envisage comme une « traduction » et inventa le terme de « décriture » (langue conçue pour décrire un projet visuel). Sur Internet, l’internaute doit dépasser la perte et est invité à percevoir le potentiel de ce qui est derrière l’écran (allusion au miroir d’Alice aux Pays des Merveilles).

Dernier projet en date : Random Access Memory (2003-2004), un générateur de texte dyslexique sur un fond musical de ‘No Queen Blues’ de Sonic Youth.

Site personnel : http://julie.incident.net

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