Publié par Jean-david Boussemaer


Après les affaires de la Générale et du cinéma Barbizon (muré le 18 octobre), les menaces d’expulsion se suivent... Hervé Breuil, directeur du Lavoir moderne parisien, évoque, dans un mail, la demande de fermeture formulée par la préfecture de police :


« Chaque été, le Lavoir Moderne Parisien organise un festival eurafricain, mettant en scène les cultures du quartier de la Goutte d’Or, à Paris. À cette occasion, tous les mercredis, un repas de quartier réunit autour de plats africains les habitants du quartier et de nombreux Franciliens venus goûter dans un esprit de partage, à cette ambiance conviviale et bon enfant.


Pourquoi la Préfecture de police demande-t-elle aujourd'hui la fermeture administrative du Lavoir Moderne Parisien, alors que le festival « Nous sommes tous des Africains » qui a eu lieu récemment, a montré le rôle culturel et social très important d’une fête de quartier qui brasse toutes les cultures ? Ce festival unique en son genre, qui à reçu 25 000 visiteurs pour cette 7ème édition, est soutenu par la mairie de Paris, la mairie du XVIIIème arrondissement, la délégation à la politique de la ville, le Ministère de la Jeunesse et des sports, et labellisé par la francophonie. L'ensemble des autorisations ont été délivrées par l’administration, afin que les repas de quartier se déroulent en toute sécurité, et, de fait, aucun débordement ni aucune plainte n’ont été constatée. Après 20 ans d’existence, l’association emploie 17 salariés et accueille 100 000 visiteurs par an avec un budget de 480 000 euros dont 120 000 de subventions en 2006.


Nous sommes donc terriblement surpris d’apprendre que la Préfecture de police demande la fermeture du Lavoir Moderne Parisien pour un « trouble à l’ordre public » imaginaire, menaçant ainsi l’unique salle de spectacle du quartier.

La Goutte d’Or a suscité, dans une tradition populaire qui remonte à la moitié du 19ème siècle, un modèle social de solidarité. Ce « Quartier monde » accueille une immigration liée à l'exil économique et politique, issue non seulement de la décolonisation mais aussi d’autres régions non-francophones. On trouve dans cet îlot mondialisé une véritable classe populaire mondiale, avec ses réseaux de solidarité, ses entreprises économiques, ses organisations sociales.

Ici, la « mondialisation par le bas » génère des réseaux de solidarité entre pays et se développe par une économie qui échappe aux modèles actuels; transferts de fonds, dons, soutiens familiaux, investissements privés dans les PME et les petits commerces, tourisme équitable, troc et échanges de services, culture et loisirs communautaires, micro-crédit… Et nous assistons à de formidables réussites issues de ce bricolage improvisé dans l’énergie de la seconde chance.
L’action culturelle et artistique que nous y menons quotidiennement avec un certains succès, les outils d’expression et de création dont nous disposons, nous permettent de participer à des projets de renouveau culturel en phase avec les changements du temps.
Face à une économie mondialisée et à la pression normative liée à la construction européenne, la Goutte d’Or représente aujourd’hui une fabuleuse forme de résistance à la culture de masse, dans la tradition d'une culture française universaliste qui s'oppose à tout communautarisme au profit d’un projet d’intégration républicain.

Le Lavoir Moderne Parisien est installé depuis 1986 dans ce quartier. De la « zone sensible » à la «politique de la ville», ce territoire multiple mérite un débat de fond avec l'éclairage d'une expérience de terrain.

Aprés 20 ans d'une pratique de démocratisation culturelle qui place le citoyen et l'artiste au cœur d' une responsabilité collective, nous pouvons tenter une nouvelle lecture de ce quartier, entre quart-monde et mondialisation :

- Un quartier d'accueil interculturel, permettant l'interaction entre expressions culturelles, valeurs, modes de vie et représentations symboliques ;

- Des espaces de solidarité, où l'on peut découvrir les expériences d' un «vivre ensemble», entraînant une mutation profonde de nos représentations, et de nos conduites;

- Des centres de création artistique, culturelle, sociale, produisant des expressions qui font lien entre l'histoire des peuples et l'évolution d'une société en prise sur le monde.


Refuser de considérer la réalité vivante de nos quartiers en évolution, c' est prendre le risque d' un éclatement de la société. À travers les explorations qu'il propose, le Lavoir Moderne Parisien ne peut que contredire une vision sécuritaire de l’espace public en considérant le quartier et la cité comme des lieux de construction sociale.

Depuis 7 ans, le Lavoir moderne parisien organise le festival RUE LEON. Une manifestation artistique d’envergure internationale, qui se déroule dans la sérénité, dans une approche humaniste et expérimentale, et montre l’intérêt à forger du lien social et maintenir une cohérence culturelle dans la multiplicité. Rue Léon, l'art transforme la cité en processus de vie par alliances, assemblages, recyclages, stylisations dans les interstices d'un quartier monde.

Le dialogue des cultures a lieu dans la rue, sur nos scènes, à travers la création plastique ou cinétique, en interaction avec la population. Notre culture se trouve ainsi réinterprétée et enrichie dans un processus dynamique en prise sur le monde.

Avec les repas de quartier, c'est un rituel de convivialité ou chacun exprime son appartenance culturelle qui se met en place.

L’administration à décidé de rompre ce pacte urbain entre les habitants d’un quartier dit « sensible » en brisant cette relation privilégié avec l’espace public….

Nous vous demandons de signer « le manifeste culturel des quartiers de France » afin de convaincre le Préfet de Paris de la nécessité des fêtes de quartier, pour « fortifier le lien social dans la convivialité et la sérénité, et protéger la diversité culturelle ».

Nous espérons tous inverser une décision qui pourrait s’apparenter à un déni de démocratie.
»


Une conférence de presse aura lieu mercredi 20 décembre à 19 heures au LMP.

Commenter cet article