Publié par Jean-david Boussemaer


En résonance avec l’exposition « Airs de Paris », organisée du 25 avril au 15 août 2007 au Centre Pompidou, le philosophe Elie During s’interroge sur la notion de lieu géographique et expose son projet de « cosmologie urbaine ».


D’emblée, Elie During pose la question : « qu’est-ce que pourrait être une « texturologie » (terme de Michel de Certeau) urbaine ? Avec Google Earth, nous avons la possibilité de « ramper comme une termite ailée » à plusieurs centaines de mètres en l’air. Il est loisible de (dé)zoomer sur certaines zones (quartier, rue, immeuble…), mais force est de constater que lorsque cadrons une ville, nous ne voyons plus rien. Les agglomérations sont devenues tellement étendues qu’il est impossible d’en avoir une vue intégrale en gardant un « grain » propre. Il n’est possible que d’avoir des vues partielles. Ex. presque personne (mis à part les urbanistes) n’imagine quelle peut être la forme de l’agglomération parisienne (on a une idée de la forme des vingt arrondissements de la ville de Paris grâce aux plans de métro mais aucune de celle de la banlieue).
 
Actuellement, nous disposons de trois niveaux de connaissance de la ville :
> l’expérience urbaine subjective : celle du flâneur, de celui qui s’étonne des phénomènes de mobilité (ce dernier constate, par exemple, qu’il est plus rapidement arrivé à Paris à partir de Lille que d’une zone reculée du 94…). Elle permet de se rendre compte de divers phénomènes, tels que la déconnexion de certains lieux (ex. Paris et Annecy) et l’ « effet tunnel » (ex. en prenant le RER b entre Châtelet et la Gare du Nord, on éprouve, en 4 minutes, une impression de « court-circuit » : sans arrêt possible, on passe d’un quartier à un autre très différent)
> les discours idéologiques sur la ville
> une profusion de plans (qu’on a du mal à rattacher aux deux premiers points). Ils apparaissent comme des prothèses, des interfaces. Dans certaines villes comme Bombay, certaines zones ne sont pas cartographiées (bidonvilles, quartiers en perpétuelle évolution…), du coup la circulation y est très difficile et il est nécessaire de s’en remettre à la connaissance des usagers.

Au final, il nous manque des outils pour donner une idée de la dispersion urbaine, et redonner une figure à la ville (ce qui permettrait de mieux y vivre). Quels  pourraient-ils être ? Une des réponses possibles est la cosmologie.

Quelques remarques entendues lors de la conférence :
> Si on a un ensemble de points dans un champ social, on peut dès lors indiquer des rapports.
> Paul Virilio a développé un discours sur l’écrasement des distances, le télescopage des réseaux de communication instantanée (Internet, téléphone mobile…) et la disparition du local.
> Depuis qu’on parle d’urbanisme (c’est-à-dire depuis les années 60), on parle également de « non-ville ».
> Une « ville » est un regroupement et un éparpillement. Elle offre la possibilité d’accroître les possibilités de connexion et, en même temps, multiplie les possibilités de déconnexion. Contrairement au village (où tout se monde se connait, s’épie…), la ville permet de voisiner avec des personnes que l’on ne connait pas.
> S’il fallait philosophiquement ressaisir la notion de ville, il faudrait monter en abstraction et arriver à figurer un espace-temps, un tout plein de connexions et de déconnexions.
> Actuellement, on tente très naïvement de retrouver des lieux qui fassent sens. De manière beaucoup plus logique, on devrait d’abord se pencher sur les moyens de communication. Cette étude constituera un enjeu sociétal de premier ordre pour les 20 ou 30 prochaines années : elle nous permettra de comprendre comment il est possible de coexister et circuler dans des espaces communs sans pour autant cohabiter ensemble.


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