Publié par Paddythèque

L’Hôtel de Ville de Paris rend hommage à Andrée Putman, une designer et architecte d’intérieur qui en rejetant sans ambiguïté tout ce qui relève d’un « bon goût » traditionnel (sans risque ni originalité), est devenue dans le monde entier l’ambassadrice d’un style « à la française ». De novembre 2010 à février 2011, il lui consacre sa première rétrospective.

 

Andree-Putman.jpg « Je suis ahurie de cette magnifique chance que j’ai d’avoir gardé la liberté, de ne pas avoir été la petite chérie de l’establishment, d’avoir échappé à l’abrutissement des récompenses et des honneurs » (Andrée Putmann)

 

Née en 1925 dans une famille bourgeoise de banquiers et notables d'origine lyonnaise, Andrée Christine Aynard grandit dans le 6ème arrondissement de Paris. A 19 ans, elle sort du conservatoire de Paris, en recevant le prix d'harmonie. Puis par curiosité, elle décide d'exercer une activité de journaliste pour différents magazines, dont Femina.

A la fin des années 50, elle épouse Jacques Putman, un collectionneur, éditeur et critique d'art. Elle fréquente alors plusieurs artistes contemporains, tels que Pierre Alechinsky, Bram van Velde, Alberto Giacometti ou encore Niki de Saint Phalle. En 1958, elle devient directrice artistique du rayon « Maison » des magasins Prisunic et se met à défendre l’idée d’un design accessible à tous.

Les années 1970 sont marquées par ses premiers aménagements de boutiques (Créateurs et industriels, Thierry Mugler), de résidences privées, et la création de la société, Ecart international, qui permettra la réédition à partir de 1978 de pièces de mobilier de créateurs alors oubliés comme Eileen Gray, Mariano Fortuny ou Robert Mallet-Stevens, qu’elle admire depuis longtemps.

1984 marque une rupture dans sa vie professionnelle : pour l’aménagement de l’hôtel Morgans à New York, elle invente le concept de « boutique-hôtel » de petite capacité au design affirmé, et propose ainsi une nouvelle approche de l’hôtellerie. De ce projet, elle dira qu’il a « jeté un sort sur sa carrière ». Son intervention est saluée pour son originalité, par exemple avec l’emploi de lavabos industriels dans les salles de bains, à l’encontre de toutes les pratiques traditionnelles. C’est pour l’hôtel Morgans qu’Andrée Putman emploie pour la première fois le fameux motif à damier noir et blanc si souvent associé à son nom.

Andrée Putman se consacre alors principalement aux aménagements intérieurs :

  • de boutiques (Yves Saint-Laurent, Azzedine Alaïa, Balenciaga, Karl Lagerfeld…),
  • de restaurants (le Lô Sushi I &  Lô Sushi II à Paris en 1998 & 2003, un salon de thé pour Pierre Hermé à Tokyo en 200),
  • d'hôtels (Le saint James Club à Paris, Le Lac à Kobé, Im Wasserturm à Cologne, Sheraton à Roissy, Ritz Carlton à Wolfsburg, Pershing Hall à Paris, The Putman et Le Rivage à Hong Kong...) 
  • de lieux de soins (le centre de soins Carita à Paris en 1988 et Anne Fontaine à Paris en 2007),
  • de bureaux dessinés pour différents ministères (la Culture en 1984, les Finances en 1989 et l’éducation nationale en 2002) qui témoignent de la capacité d’Andrée Putman à jouer avec les codes d’un genre pourtant rigide, 
  • du CAPC-musée d’Art contemporain de Bordeaux dans les entrepôts Lainé, en 1990, qui porte haut sa volonté de retrouver la structure originelle des lieux dans lesquels elle intervient, et son goût pour les espaces industriels,
  • du Concorde (1990), des loges VIP du stade de France (2008)...

 

L’exposition à l’Hôtel de ville de Paris évoque son travail par la reconstitution d’espaces intérieurs et la présentation d’éléments de mobilier. C’est aussi à une certaine conception du design qu’il s’agit de rendre hommage, à l’image de cette double question fondatrice de l’activité d’Andrée Putman : « qu’est-ce qu’on peut faire pour alléger la vie ? qu’est-ce qu’on va pouvoir imaginer d’un peu fou ? »


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