Publié par Paddythèque

Du 20 octobre 2009 au 9 janvier 2010, « Antidote 5 » présente, à la Galerie des Galeries, les œuvres de 10 jeunes artistes issus d’une même génération, traversée par des réflexions communes : le temps, la mémoire et l’absence ; l’image, sa condition d’apparition et de perception.



En marge de la Fiac 2009 , « Antidote 5 » met en regard un ensemble de pièces qui interroge la conceptualisation d’une œuvre où l’idée du projet prime sur la matière. Les artistes et les pièces rassemblés semblent tracer des lignes de réflexions que l’on peut choisir d’emprunter, de traverser ou de contourner. Toutes ces démarches, singulières, peuvent être appréhendées dans leur ensemble, comme si l’espace d’un instant, un dialogue s’instaurait entre les œuvres présentées.


Les artistes

La question du temps est au cœur du travail de Dove Allouche (galerie Gaudel de Stampa), que ce soit dans ses sources d’inspiration marquées par la littérature ou le cinéma, ou dans la réalisation de ses œuvres qui se construisent sur plusieurs années. Par un travail minutieux autour de la photographie ou du dessin, il retranscrit des instants, des lieux marqués par une histoire ou une symbolique forte. Des forêts brûlées du Portugal que l’artiste a photographiées puis fidèlement reproduites à la mine de plomb, à l’inventaire en dix volumes de fiches d'emprunt des ouvrages de poésie de la bibliothèque de Sarcelles, numérisées par l'artiste, Dove Allouche investit une durée pour représenter un sujet ou un instant disparu. Une distorsion de temps s’opère alors entre l’événement et la réalisation plastique. Ce travail de mémoire produit ainsi un déplacement, une distanciation avec le réel.

Pierre-Olivier Arnaud (galerie Art:concept) produit des œuvres (photographies, affiches, néons, magazines) à partir d’images trouvées dont il questionne aussi bien l’impact lié à leur contenu que celui lié à leur mode de production et de diffusion. Ces représentations, puisées dans notre quotidien surchargé d’images, sont ensuite retraitées suivant un procédé de désaturation des noirs et des blancs. Les tirages sont généralement des impressions offset sur papier qui sont ensuite collées au mur telles des affiches ou disposées au sol. L’utilisation de gris sombres qui voilent la surface confère aux œuvres une singularité plastique, une densité d’où le sujet bien qu'aveuglant ou spectaculaire (feux d’artifice, palmiers, halos de lumière, étoiles…) peine à émerger. Pierre-Olivier Arnaud crée ainsi une réalité nouvelle et désublimée. Il inquiète la validité de l’image et sa temporalité, tel ce polaroïd qui annonce : The Preview Was Tomorrow.

Le travail de Sophie Bueno-Boutellier (Atelier Cardenas Bellanger) trouve ses inspirations aussi bien dans les sources de l’art, les écrits antiques, théosophiques ou mystiques que dans les théories scientifiques et rationalistes. Ses œuvres aux titres énigmatiques, sont composées de matériaux très divers (bois, terre, sel, acier, tissu, pierre…), où l’organique, l’abstraction, le géométrique et le figuratif se côtoient en toute liberté. Ses installations produites de manière instinctive, provoquent une perception directe et immédiate chez le spectateur. Empreintes de spiritualité, ses œuvres explorent l’inconscient, questionnent la notion de transcendance dans l’art. L’accumulation de signes et de symboles crée plusieurs pistes de réflexion sur lesquelles le spectateur peut s’appuyer, entre raison et intuition.

Le travail d’Etienne Chambaud repose sur une approche conceptuelle de l’art qui oscille entre littéralité et allégorie. Il s’intéresse aux relations entre les objets, à leurs contextes d’apparition, à la manière dont ils sont nommés, référencés, racontés. Les titres de ses œuvres permettent de donner sens et de créer des clefs de lecture métaphorique. Selon l’artiste, une œuvre n’a pas besoin d’être complète pour être intelligible : c’est davantage son processus de constitution, tout ce qui l’a précédé et tout ce qui va suivre, qui importe. En cela, ses pièces s’enrichissent mutuellement sur le principe de l’intertextualité.

Le travail d’Isabelle Cornaro (galerie Balice Hertling) est nourri par l’héritage de l’art conceptuel qui marque son intérêt pour les systèmes d’organisation et de structure, mais également par une sensibilité particulière contenue dans son rapport émotionnel à l’objet. À priori abstraites, ses compositions se basent sur l’analyse structurelle de photographies, de plans d’urbanisme ou de tableaux de paysages préexistants, que l’artiste déconstruit pour créer de nouvelles grilles de lecture et de perception. Ses compositions minimales sont chargées affectivement par la présence de bijoux familiaux ou encore de mèches de cheveux qui apparaissent comme des emblèmes fétichistes. Intégrés dans un système abstrait, ceux-ci deviennent des signes graphiques investis d’un nouveau sens. De là résultent deux formes d’esthétique : géométrique et minimaliste d’une part, expressionniste d’autre part.

Aurélien Froment
use d’une multitude de médiums - de l’installation à la photographie, de la sculpture à la vidéo - pour exprimer un univers personnel qui interroge le pouvoir sémantique des images et la fa¢on dont celles-ci se constituent dans le temps et dans l’espace. Construites autour du principe de la narration, ses œuvres inspirées par le cinéma et la mémoire collective dialoguent entre elles comme une histoire sans fin. Elles placent le spectateur dans un scénario ouvert, où les images se brouillent entre fiction et documentaire.

Autour de questionnements centrés sur la circulation et la perception des images et des formes, les œuvres de Mark Geffriaud (gb agency) dessinent une archéologie fragmentaire basée sur des associations libres et des rapprochements formels. Pla¢ant l’image au cœur de ses investigations, l’artiste s’intéresse autant à leur condition d’apparition qu’à leur matérialité : la finesse du papier, la transparence entre le recto et le verso, les jeux de cadrage, la relation de l’encre avec le papier… Disposées au sol, placées sur un coin de table ou accrochées aux murs, cornées, froissées ou pliées, les images que l’artiste utilise sont agencées selon des dispositifs qui en interrogent la lecture et mettent en perspective leur principe d’organisation.

Le travail de Laurent Montaron (galerie schleicher+lange) se déploie autour de l’image, qu’elle soit filmique ou photographique, mais également autour du son et du détournement d’objets. Il crée des dispositifs où interviennent bien souvent des outils technologiques telles que des machines qui produisent ou enregistrent des sons ou des images. L’artiste s’intéresse aux notions de représentation, d’interprétation, interrogeant le rapport des sciences aux croyances (tels que le hasard et les pratiques divinatoires). Ses œuvres créent ainsi des situations, des récits énigmatiques où le spectateur est invité à chercher du sens, à s’interroger sur les zones de flou qui séparent le réel de l’imaginaire.

A travers des images juxtaposées provenant de son univers personnel et de performances, Jimmy Robert (galerie Art:concept) aborde les notions d’absence et d’aliénation. Il crée des installations qui soulignent son intérêt pour l’espace, la surface, et le corps humain comme matériau et qui montrent ainsi la complexité et la fragilité de la représentation. La photographie, la performance et le film lui permettent de créer des pièces qui ont une existence propre mais peuvent se combiner et dialoguer les unes avec les autres.

Le travail de Clément Rodzielski (Atelier Cardenas Bellanger) interroge, dans une démarche post-formaliste, toute une série de dispositifs, du cadre du tableau à l’image imprimée, à l’architecture même de la galerie. Qu’il altère, dénature, manipule des images imprimées ou qu’il effectue des actions simples, son œuvre procède d’une dimension sérielle, où le geste et la répétition font écho à la multiplicité de l’image.


Galerie des Galeries : 1er étage des Galeries Lafayette
40, boulevard Haussmann - 29 bis rue de la Chaussée d’Antin - Paris 9
Accès libre du lundi au samedi : 11h – 19h (jusqu’à 21h le jeudi)


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