Publié par Paddythèque

Du 14 octobre 2010 au 8 janvier 2011, la Galerie des Galeries présente l’exposition « Antidote 6 » comprenant des œuvres de sept artistes français et européens : Victor Man, Pietro Roccasalva, Markus Schinwald, Niels Trannois, Tatiana Trouvé, Ulla von Brandenburg et Andro Wekua. Le visiteur est invité à découvrir plusieurs espaces mentaux où les multiples pratiques de chaque plasticien partagent avec force un même monde.

 

antidote-6-copie-1.jpgLors des cinq premières éditions, « Antidote » s’est attaché à valoriser et présenter la scène contemporaine française. Cette année, il a été décidé de regrouper des œuvres d’une dizaine d’artistes français émergents ou confirmés, issues de la collection privée de Ginette Moulin, présidente du conseil de surveillance du groupe Galeries Lafayette et de son petit-fils, Guillaume Houzé.

Les artistes d’ « Antidote 6 » partagent tous un monde introspectif, où le dédoublement de l’identité va de pair avec l’invention d’espaces. Leurs œuvres ou installations, mêlant souvent peintures, photographies, sculptures, objets fétiches, dessins, vidéos ou performances, se caractérisent par desmises en scènes théâtralisées, aux scénarii erratiques et désorientants.

La richesse symbolique des matériaux - de la fourrure à la céramique - dans une palette s’étirant des noirs les plus profonds aux couleurs les plus séduisantes, activent d’emblée les modes de la fascination, du désir, d’une promesse bientôt déçue. Le spectateur est à la fois convié et pris au piège de ces tableaux vivants dont on ne donne pas la clé, mais dont les éléments, chargés en mémoire collective et personnelle, bousculent notre inconscient. Comment le corps réagit-il aux contorsions de l’esprit ? Il est parfois question de viscères, de spleen, de voyeurisme ou de mutisme, au contact d’espaces aliénants.

Entre abstraction et figuration, les œuvres, échappant à la fiction, se caractérisent surtout par leur intemporalité. Mêlant éléments biographiques, références artistiques et cultures populaires, elles rappellent que l’histoire, illusion de perspective, n’est que répétition d’événements et d’émotions.

 

Sept artistes français et européens

Les peintures, sculptures et dessins muraux de Victor Man, mis en scène au travers d’installations, déconstruisent des mythologies personnelles ou historiques sur un fond d’obscure et irréductible mélancolie. Objets récupérés, images détournées, peaux de bêtes et architectures créent des ensembles au passé fantomatique et tons crépusculaires, avec une forte symbolique érotique. De la noirceur insondable à la sensualité suggestive, son œuvre, presque mystique, se situe entre révélation et dissimulation.

Les tableaux vivants ou situazione d’opera de Pietro Roccasalva, orchestrant sculptures, installations, travaux digitaux, dessins, films et performances sont invariablement tournés vers la peinture - celle-ci ayant, selon l’artiste, le pouvoir de suspendre le temps. Dans un jeu constant de mise en abyme, une œuvre voit le jour depuis la structure interne de la précédente, tel un éternel simulacre. Elle révèle ainsi un univers intérieur infini, aux multiples obsessions iconologiques, empruntées à l’art ou au cinéma.

Les installations, vidéos, sculptures et performances de Markus Schinwald posent la question du corps et de son interaction avec l’espace. Brouillant toute frontière entre l’étrange et le familier, révélant un univers bourgeois et son lot de déviances physiques et d’accessoires en prothèses, les œuvres bousculent conventions, identités et sexualités. Les notions de désir, de voyeurisme et de fétichisme, exprimées tantde manière psychologique que performative, forcent l’aliénation du spectateur.

Les peintures de Niels Trannois tendent vers la sculpture, tant elles mettent en avant les accidents du support et les adjonctions de matières. Ce jeu de collages et de superpositions développe dans sa complexité apparente un monde vespéral unique, d’une tranquillité absolue. L’abstraction sous-tend une base figurative forte, mentale, secondée par des titres imagés. Dans cette promenade rêvée, au temps et aux couleurs dilués, le souvenir surgit au moyen de flashs, de paillettes ou de lunes éternelles.

Les installations, sculptures et dessins de Tatiana Trouvé développent un univers autonome, fait de combinaisons d’espaces, de matériaux chargés et de squelettes d’architectures. Face à des objets détournés, des câbles sans fin, de mystérieux conduits, des intérieurs qui se dérobent, le corps apparaissant toujours en creux, le spectateur se perd dans un dédale imaginaire, bousculant échelles spatiales et temporelles. Ce processus de dédoublement révèle réminiscences, latences et transformations.

Le théâtre et la scénographie modèlent la plupart des installations, films, dessins, peintures murales et performances de Ulla von Brandenburg. Les poses figées des personnages sur la pellicule 16mm, les insaisissables portraits sur de fragiles papiers de soie ou l’image de forêts reflétées dans l’eau à l’infini donnent le ton d’une pratique en trompe l’œil. Mêlant des références à la psychanalyse, au spiritisme ou à l’occultisme, les œuvres approchent inéluctablement le mode de l’inconscient.

Les peintures, sculptures, collages et dessins d’Andro Wekua s’articulent souvent sous la forme d’installations, telles des mises en scène, en écho à des espaces mentaux. Ce monde intérieur est habité par des personnages venant de sources publicitaires ou personnelles, aux visages oubliés, reclus, immobiles ou silencieux. Formes géométriques obturant une image, couleurs criardes ou ténébreuses, matières sensuelles et fragiles, la confusion des sentiments règne, entre séduction et mélancolie.

 

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Galerie des Galeries - Galeries Lafayette Coupole - 1er étage
Du mardi au samedi, 11.00 – 19.00 / Accès libre 


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