La foire d’art contemporain ARTPARIS+GUESTS reflète les évolutions du marché,
avec 7 plateformes géographiques et culturelles ayant pour but d’intégrer les scènes émergentes et les nouvelles valeurs créatives. Sur ces plateformes, on achète, on rencontre, on
découvre...

A
travers ces plateformes, un continent et trois pays sont représentés : l’Afrique, la Finlande, l’Indonésie et l’Ukraine. Mais aussi Paris, capitale internationale de l’art avec ses galeries du
Marais sur la plateforme Utopia/Dystopia et celles de la Rive Gauche qui recréent un
Appartement de collectionneur, ainsi que de jeunes galeries européennes
spécialement regroupées dans un cabinet de curiosités d’un genre nouveau, intitulé Visions.
Plus trans-frontières que jamais, ces scènes émergentes ne cessent d’exprimer l’urgence de l’art comme une zone de dialogue indispensable entre les différentes sphères publiques et privées. Si
l’on évoque l’art indonésien, ainsi que l’art africain, comme les phénomènes les plus récents de la globalisation, d’autres pays du Vieux Continent n’en rafraîchissent pas moins le propos
artistique d’aujourd’hui, entre émotion et distanciation.
L’Indonésie fait part d’une manière exemplaire de son milieu créatif et de son inventivité au sein des scènes émergentes sur ARTPARIS+GUESTS. Organisée par le collectionneur et
mécène Deddy Kusuma, la plateforme indonésienne intitulée « The Grass Looks Greener Where You Water It» compose, par l’entremise de ses deux curateurs Agung Hujatnikajennong et Enin Supriyanto,
un ensemble étonnant de forces sensibles. Se fiant à son instinct lorsqu’il acquiert des œuvres, Deddy Kusuma a toujours eu pour devise : « Achetez les œuvres que vous aimez, dès que vous le
pouvez, avant même que les autres aient une chance de les voir. »
Reflet d’une nouvelle esthétique politique et sociale, sa collection comprend à la fois des œuvres de peintres indo-européens issus d’avant l’indépendance, ainsi que d’artistes d’Indonésie et
d’autres pays d’Asie. Exceptionnelle à plus d’un titre, « The Grass Looks Greener Where You Water It » confère donc une place essentielle à l’art d’Indonésie dans le contexte actuel de l’art
mondialisé. A travers un large choix d’œuvres et de médiums: peintures, sculptures, installations, assemblages et autres volumes, cette exposition échappe entièrement aux canons de l’esthétique
occidentale, soulignant parfaitement la diversité des pratiques modernes et contemporaines d’un pays qui se rêve en nouvel axe de la création asiatique.
Tandis que le monde artistique figure de plus en plus la zone de convergence des échanges internationaux, l’Indonésie se positionne aujourd’hui comme un nouvel acteur régional sur lequel il
faudra compter dans un avenir multipolaire.
L’Afrique fait une apparition très remarquée. Au jeu des 7 plateformes, du moins est-ce bien la mère de l’humanité qui rappelle les racines communes de l’Europe et du Continent
noir. Avec deux œuvres monumentales de Romuald Hazoumé et Gonzalo Mabunda, c’est l’occasion pour la foire ARTPARIS+GUESTS de saluer l’année de l’Afrique en France, le 20ème anniversaire de la fin
de l’Apartheid et la coupe du monde de football qui aura lieu cet été en Afrique du Sud. Conçue par le curator André Magnin, qui fut déjà le commissaire adjoint des « Magiciens de la Terre »
présentée au Centre Pompidou en 1989, « Afriques » s’articule autour d’une vingtaine d’artistes de la collection Gervanne et Matthias Leridon créée en 2000 et riche à ce jour de plus de 400
œuvres : peintures, sculptures, photographies, mobilier,
etc. Du Congolais Chéri Samba au Sud-Africain David Goldblatt, c’est tout un continent qui s’exprime ici...
« Pour nous, l’art contemporain africain est bien plus qu’un héritage, c’est l’expression d’une énergie vitale et joyeuse, témoignent Gervanne et Matthias Leridon. Notre collection est composée à
la fois d’œuvres d’art que nous choisissons, mais aussi de créations artistiques éphémères que nous soutenons. Car la vivacité du trait de Chéri Samba, l’engagement des chorégraphies de Robyn
Orlin, les sculptures refondatrices de Gonçalo Mabunda, la magie des gestes de Gregory Maqoma ou l’humour des photographies de Kudzanai Chiurai participent, comme tant d’autres, à un même rêve :
celui d’un avenir de tous les possibles pour l’Afrique du XXIème siècle. »
A son tour,
l’Ukraine fait acte de témoignage éclairant, si ce n’est révélateur sur ARTPARIS+GUESTS. Quels sont les objectifs de l’art contemporain dans un monde globalisé ; de
quelle manière les forces globalisantes empêchent-elles certaines formes de vie culturelle mais s’ouvrent à d’autres ? Telles sont les principales interrogations auxquelles Peter Doroshenko s’est
confronté en tant que commissariat d’exposition pour « Ukraine : Concerning the present moment » avec le concours de la galerie Taïss et de ses artistes ukrainiens de la nouvelle vague. « Dans
les sciences humaines et les sciences sociales, le travail de recherche a évolué pour se concentrer maintenant sur la façon dont la globalisation est en train d’altérer nos concepts de culture,
déclare Peter Doroshenko, qui est aussi Président et Directeur Artistique du Pinchuk Art Centre à Kiev.
« L’idée de la globalisation conduit à de nouvelles dispositions de personnes, d’identités et de pratiques sociales qui émergent peu à peu. Cela fait partie d’un mouvement historique bien plus
vaste qui aurait besoin d’être réinterprété ». Fruit de ces réflexions, « Ukraine: Concerning the present moment » présente des œuvres significatives, telles que «The Weeding », un puissant
triptyque photo de nus provocants par Boris Mikhailov. Mais encore deux images d’Arsen Savadov provenant de ses fameuses séries Collective Red et Donbass-chocolat. Sans oublier les installations
de créatures perturbées de Victor Sydorenko, ainsi que diverses pièces récompensées lors du dernier prix du Centre d’art Pinchuk par Gamlet Zinkivskyi, Lada Nakonechna, Zhanna Kadyrova et le
groupe Hat.
Quatrième pôle cardinal d’un ensemble éminemment prospectif et pluriel,
la Finlande hisse aussi fièrement ses couleurs sur ARPARIS+GUESTS avec « La Beauté sous pression ». Au
cœur du design et de l’art contemporain, c’est le pays des extrêmes nordiques, des aurores boréales et des soleils de nuit. Orchestrée avec l’aide des huit meilleures galeries
d’Helsinki – Anhava, Forsblom, Heino, Photographic Gallery Hippolyte, Huuto, Kalhama & Piipo Contemporary, Muu et Sculptor –, « La Beauté sous pression » s’offre comme le miroir singulier des
contrastes plastiques d’un pays au faîte du Septentrion. Mises en scène par Leevi Haapala du musée d’art contemporain de Helsinki Kiasma, lui-même assisté par l’architecte-designer Ben af
Schulten et le designer industriel Antti Siltavuori, c’est une trentaine de jeunes artistes finlandais qui sont exposés, dévoilant une esthétique très pointue, entre fonctions et lignes
high-tech. Citons Veli-Matti Rannikko qui travaille l’aluminium et la mousse, HC Berg et sa peinture pleine de couleurs psychédéliques, Kim Simonsson plus proche de la céramique et du verre
glacé, Pink Twins branchés vidéo ou encore Liisa Lounila sculptant la lumière. Parmi d’autres créations inédites, une édition spéciale du célèbre siège « Pastille » signée Eero Aarnio est
également prévue pour un lancement en avant- première sur le salon.
Prolongeant cette exploration, trois autres plateformes thématiques complètent ce panorama avec des propositions qui nous font aller de surprises en surprises...
L’Appartement du collectionneur avec une immense hauteur sous plafond, évidemment !
Comme Le Corbusier l’avait déjà fait remarquer, « le but de l’architecture est de nous toucher». Telle pourrait être la formule à mettre en exergue de «L’Appartement du collectionneur », imaginé
par cinq galeries emblématiques de la Rive gauche, à l’origine de son apparition sous la verrière du Grand Palais, le temps d’ARTPARIS+GUESTS.
Synthèse à la fois contemporaine et vintage conjuguant l’extrême fantaisie et l’extrême qualité, cet appartement éphémère réunit sous forme théâtrale tout le nécessaire bien meublé, accessoires
et tableaux y compris, pour un loft à Saint-Germain des Prés, comprenant un salon, une salle à manger, une grande chambre... avec un souci du détail allant jusqu’à l’animal domestique et la
cuvette des WC !
Très sérieusement en tout cas, les pièces exposées sont signées Superstudio, Masanori Umeda (Memphis) pour Downtown François Laffanour, Atelier Van Lieshout, Louidgi Beltrame, Thomas Grünfeld,
Charlotte Pierrand, Pierre Paulin pour Jousse Entreprise, Mark Dion, Damien Deroubaix pour In Situ/Fabienne Leclerc, Dewar & Gicquel, Bruno Peinado pour Hervé Loevenbruck, Boris Achour,
Gilles Barbier, Julien Berthier, Mike Bouchet, Raymond, Hains, Richard Jackson pour Georges-Philippe et Nathalie Vallois.
Déjà on se questionne : qui sera l’heureux acquéreur de cet intérieur rêvé par tout Germanopratin du XXIème siècle ?
La plateforme « Visions » est née de l’idée d’un cabinet de curiosités, autour des artistes représentés par 4 galeries européennes choisies pour la singularité de leur démarche
ultra contemporaine : Aeroplastics contemporary (Bruxelles), Bongoût (Berlin), Riccardo Crespi (Milan) et Eric Mircher (Paris).
Aeroplastics Contemporary montre pour la première fois en France les caissons lumineux du peintre Américain Terry Rodgers dans lesquels il explore différemment ses scènes de genre sexy et trash.
La galerie présente également une nouvelle installation de Samuel Rousseau et deux sculptures de John Isaacs. L'une d’entre elles représente « le rocher du penseur de Rodin après que celui-ci ait
fichu le camp ». (sic)
La galerie Eric Mircher expose un ensemble diversifié centré sur les interprétations contemporaines du clair-obscur. A côté dune sculpture monumentale de Max Streicher spécialement réalisée pour
le salon, on découvre un accrochage d'oeuvres en noir et blanc de trois artistes de la galerie : l'Américain Steve Galloway et ses paysages mentaux, des dessins de Marko Velk et des pièces
brodées de fil noir sur la toile représentant des crânes et des femmes en extase par Danato Amstutz
La galerie Riccardo Crespi propose un ensemble de pièces très contemporaines au travers desquelles se tissent des liens formels et métaphoriques avec l'architecture : des ruines photographiées et
un amoncellement de poutres grises du Danois Soren Lose ainsi que des sculptures de Stephanie Nava.
Fondée par Christian Gfeller et Anna Hellsgard, Bongoût fonctionne à Berlin à la fois comme galerie d'art contemporain, éditeur et atelier graphique. Elle appartient à une nouvelle génération de
galeries directement marquées par une culture rock anglo-saxonne. Pour sa toute première participation à une foire d’art contemporain, Bongoût s’inscrit sur la plateforme « Visions » avec une
présentation des tableaux de Laurent Impeduglia.
Enfin,
Utopia/Dystopia réunit 6 galeries parisiennes du quartier Marais/Beaubourg: Anne Barrault, Patricia Dorfmann, Frank Elbaz, Nuke, Odile Ouizeman et Chez Valentin. Cette
plateforme a pour curateur le critique d’architecture Christophe Le Gac, qui en a conceptualisé les tenants et aboutissants. Il explique : « Tout le monde a en tête le mot « utopie » et une vague
idée de sa définition. Historiquement, l’utopie est un genre littéraire inventé par le diplomate-politique et philosophe anglais Thomas More. Le mot « utopie » vient du titre de son ouvrage écrit
en 1516 et du nom donné par l’auteur à l’île où se situe l’action...» Tout au long de son récit, la description d’un monde idéal surgit....mais, déception ! Au fil des pages, apparaît le côté
obscur de ce monde prétendument merveilleux mais en fait totalement réglementé.
« La « dystopie » (ou de la « contre-utopie ») incarne ce côté obscur. Pas besoin d’énumérer les nombreux « ismes » du XXe siècle pour se rendre à l’évidence : à chaque fois que l’homme a voulu
le bonheur de l’homme, une catastrophe s’en est suivie. Depuis très longtemps les artistes sont fascinés par ce pouvoir de l’homme à toujours transformer ses rêves en cauchemars. Souvent, ils
tirent des éléments de la réalité la plus banale et les malaxent, les assemblent de telle manière que leurs œuvres traduisent cette fascination/répulsion envers cette schizophrénie humaine ».
Ainsi, sur cette plateforme d’art contemporain, c’est une parabole douce amère qui crée l’ambiance générale d’un parcours qu’il faut voir comme « un paysage dystopique où dessins, peintures,
photographies, vidéos, installations et volumes en constituent les recoins »