Publié par Paddythèque


Du 21 octobre au 31 décembre 2009, l’exposition « Berlin : l’effacement des traces, 1989–2009 » (Hôtel national des Invalides) met en scène les procédures de destruction de « Berlin-capitale de la RDA » et leur inscription dans un paysage urbain reconstruit d’où émergent de façon inattendue et souvent spontanée des traces du passé.
 

Souhaitant contrôler l’image mémorielle de la RDA, l'Allemagne réunifiée a procédé à la disparition et à la destruction des traces trop visibles : les rues ont été débaptisées, les emblèmes retirés, les statues déboulonnées, les bâtiments publics détruits... Parfois ses dirigeants sont même parvenus à détourner l'histoire. Ainsi, par exemple, le mémorial de la Neue Wache, consacré par la RDA « aux victimes du fascisme et du militarisme », est aujourd’hui dédié « aux victimes de la guerre et de la tyrannie » toutes confondues.

Malgré ce travail acharné, des traces persistent : des formes culturelles, traditionnelles ou nouvelles, qui constituent un patrimoine culturel indestructible, demeurent, tel l’ensemble des productions cinématographiques de la DEFA, une littérature de réputation mondiale (les romans de Christa Wolf), ou le théâtre (Bertolt Brecht, Heiner Müller). Tout n’a pas pu être démoli et l’urbanité spécifique de Berlin-Est est encore visible, à l’instar des Ampelmännchen, ces petits bonshommes des feux de signalisation, personnages symboliques de la RDA qui ont été conservés et qui sont en passe de se substituer à l’ours berlinois, comme emblème de Berlin.


Comment révéler cet effacement des traces ?

Confrontant des œuvres qui soulèvent des interrogations, la scénographie de l'exposition souligne - avec différents jeux de lumières - la transformation d’une ville palimpseste et avec elle, celle d’un pays, tout en évoquant les mutations d’une société, de modes de vie, ou encore un autre rapport au temps, un autre rapport au passé.

Différents points de vue sur l’effacement de la RDA :
  • Les photographies de Jean-Claude Mouton, prises pendant vingt ans, de l’ouverture du Mur à ce jour tout le long de son tracé, mesurent l’œuvre de destruction et de transformation simultanée.
  • Les clichés de Bernard Plossu montrent, à l’opposé, le Berlin hypermoderne qui a rempli le vide (terrain vague) de la Potsdamer Platz, restituant son cœur à la ville.
  • Dominique Treilhou a, quant à elle, réalisé un documentaire donnant à voir et à entendre la destruction méthodique, systématique et fort coûteuse (28 millions d’euros) du Palast der Republik.
  • Et, à travers l’un de ses procédés de prédilection, le « Psycho-Mapping », Jan Svenungsson exposera la lente dissolution du Mur de Berlin, son passage de la phase chaotique au néant.

Trois générations d’artistes de la « résistance urbaine » :
  • Jules, L’Atlas et Jean Faucheur, viendront taguer les slogans évoquant les manifestations de l’automne 1989 et l’action de ces citoyens devenus acteurs qui demandaient des transformations de leur pays sans forcément en envisager la disparition.
  • Reprenant le principe de la banderole comme moyen d’expression, Wolf Leo, l’un des organisateurs de la manifestation du 4 novembre, reconstituera des pancartes portant les slogans jadis scandés, en créera d’autres avec des slogans de l’après-réunification.
  • Une réalisation sonore de James Webb, composée à partir des bruits des manifestations et des informations diffusées par les radios et télévisions contribuera à restituer l’atmosphère d’alors. 

Par une accumulation foisonnante d'œuvres et d'objets-souvenirs hétéroclites rassemblés dans un cabinet de curiosité, l'exposition évoquera enfin la peur de l’oubli qui s’exprime dans une sorte de fétichisme de tout objet rappelant la RDA, jusqu’aux morceaux d’un mur haï.


Autour de cette exposition :
> Un colloque intitulé « Berlin : l’effacement des traces, 1989-2009 » (lors duquel sera projeté Berliner Ballade de Chris Marker). Lieu : Hôtel national des Invalides, auditorium du Musée de l’armée. Dates : 5, 6 et 7 novembre 2009.
> Projection de films, dans le cadre du mois du film documentaire (Programme en cours de réalisation). Lieu : Hôtel national des Invalides, auditorium du Musée de l’armée. Dates : 7, 13 et 25 novembre 2009, en soirée.

Commissaires d'exposition :
> Sonia Combe (conservateur, Musée d’Histoire Contemporaine), Thierry Dufrêne (professeur d’histoire de l’Art à l’université de Paris Ouest-Nanterre La Défense et à l’INHA) et Régine Robin (professeur émérite de l’Université du Québec à Montréal).

[Visuel : Jean-Claude Mouton, Berlin novembre 1989. Photographie, courtesy Jean-Claude Mouton, © Jean-Claude Mouton. Morceau de Mur côté ouest à la veille de sa disparition]
 


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