Publié par Paddythèque

Samedi 18 septembre 2010 de midi à 21h, gb agency inaugurera son nouvel espace, situé au 18 rue des 4 fils (3ème arr.). Ce lieu permettra à la galerie de développer et d’approfondir sa programmation tout en envisageant de nouvelles formes de commissariat, à Paris ou ailleurs. 


 

Capture-d-ecran-2010-09-08-a-10.06.39.pngPour l’inauguration de ce nouvel espace, gb agency présente une exposition personnelle d’Omer Fast avec deux pièces inédites en France : une œuvre vidéo, Nostalgia et une installation, The Forlorn Lover’s Guide to the Underground and to Doubles.

 

Nostalgia

La structure narrative en trois parties de Nostalgia s’articule autour d’un souvenir, transmis et reformulé à plusieurs reprises. Chacun des trois films (trois chapitres) occupe son propre espace : le spectateur progresse ainsi physiquement et spatialement dans l’histoire. Une conversation entre l’artiste et un exilé politique nigérian résidant à Londres est à l’origine du projet. Nostalgia rejoue à la fois ce moment tout en créant une nouvelle fiction.

À l’entrée du dispositif, la première vidéo montre un homme s’activant dans les bois. En voix-off, il raconte son histoire : une enfance difficile et solitaire dans un pays en guerre, sa rencontre avec son protecteur qui l’initie à toutes sortes d’activités, notamment la chasse à la perdrix. L’image est instable, la caméra bouge, le style est maladroit, le format du document semble amateur. Plus loin, dans une seconde salle, on assiste à la rencontre entre un metteur en scène (ou un artiste) et un jeune homme. Le premier demande à son interlocuteur de raconter son histoire, celle d’un jeune Africain recherchant l’asile politique en Grande-Bretagne. Deux écrans synchronisés côte à côte font écho au mode du dialogue entre les deux hommes. L’installation se complexifie et l’image est plus lisse.

Au fil de propos confus et de malentendus, le récit du jeune homme se cristallise autour d'un souvenir d'enfance, lorsque son père lui apprenait à fabriquer des pièges pour attraper des perdrix.

Dans la troisième salle, la dernière partie de l’œuvre est plus cinématographique. Tournée en 16 mm, elle reprend le style des films de science-fiction des années 1970 : un émigrant blanc d’une Europe post-apocalyptique se fait arrêter sur les côtes d’un pays d’Afrique de l’Ouest. Vision futuriste traitée au passé, glissements géopolitiques, Omer Fast combine ces éléments disparates, joue des oppositions et des anachronismes pour entraîner le spectateur dans un récit à la fois tendre et violent. Le demandeur d’asile est d’abord entendu par les autorités locales, avant d’être relâché en échange de renseignements sur le réseau d'immigration et ses secrets ; d’autres candidats à cette immigration clandestine inversée seront alors capturés dans un tunnel. Son témoignage fait un détour par le souvenir d'un piège à oiseaux repris par les différents protagonistes du film.

Si Nostalgia traite de la notion de déplacement, physique ou mental, il s’agit surtout de la transformation du souvenir : du passage de l’expérience intime au récit qui en est fait. De salle en salle, le souvenir prend ainsi la forme d'une histoire aux ramifications complexes, dont l'agencement de l’installation reprend la multiplication des points de vue.

 

The Forlorn Lover’s Guide to the Underground and to Doubles

Cette première installation non vidéo d’Omer Fast, est constituée d’une quarantaine d’éléments : textes, photographies, dessins, photocopies, documents. L’accrochage rhizomique de ces éléments s’articule autour d’Omar al-Gougle, personnage central d’une narration aux entrées multiples. Différentes fictions s’entremêlent, se recoupent, voire même se contredisent. Si l’ensemble des récits forme à dessein une boucle en circuit fermé, images et illustrations ouvrent au contraire sur différentes perspectives.

Des « caves des patriarches » d’Hébron à la « camera obscura » d’Edison, le spectateur se retrouve au centre d’un labyrinthe d’informations, réelles ou fictives. Le ton de la rumeur plane tout au long de l’installation : Omar al-Gougle, auteur à succès, se serait donné la mort après la parution d’un article peu élogieux sur son dernier livre, l’attentat perpétré par des membres du groupe ‘The Weatherman’ — déjà présent dans une autre œuvre de l’artiste — se trouverait étrangement relié à Hollywood à travers l’acteur Dustin Hoffman. L’activisme des années 1970 frôle ici les notions de terrorisme actuel au Moyen-Orient. À travers la vie obscure d’Omar al-Gougle, l’artiste déhiérarchise les informations, la grande Histoire devient égale à l’anecdote, la fiction ne se reconnaît plus vraiment de la réalité.

Si CNN Concatenated (2002) venait à bout de l’information télévisuelle et Godville (2005) rendait caduque la reconstitution historique, The Forlorn Lover’s Guide to the Underground and to Doubles épuise le média internet et interroge la véracité de ses moteurs de recherche. 

 

[Visuel : Omer Fast, Nostalgia, 2009. Photographie de plateau: Thierry Bal]


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