Du 20 juin au 26 septembre 2010, l’Académie de France à Rome - Villa Médicis réunit des œuvres de deux grands maîtres de l’histoire de l’art, Ellsworth Kelly et Jean-Auguste-Dominique Ingres.
A travers cette exposition, il ne s’agit pas de
comparer deux styles ou deux genres de formes, mais bel et bien de comprendre quelles relations de travail lient cet artiste abstrait qui figure parmi les plus importants au monde depuis la fin
des années 1940, et le peintre français.
Les deux artistes
L'artiste américain Ellsworth Kelly (né en 1923) — qui a initié un renouvellement de l’abstraction depuis les prémices de son travail à la fin des années 1940 — a tissé au fil de son oeuvre des
liens profonds avec la France : il y a vécu de 1948 à 1954, et a par la suite entretenu un rapport constant avec la culture française. S’il a déjà fait l’objet de nombreuses rétrospectives dans
les musées américains, allemands, suisses, anglais et français, son travail n'a que peu été montré en Italie, hormis ses participations à la Biennale de Venise, en 1966 pour la première fois, en
2007 pour la dernière.
Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) a quant à lui dominé l’histoire de la peinture française pendant la plus grande partie du XIXème siècle, malgré la contestation de nombreux rivaux,
notamment romantiques. S’il est généralement associé au néoclassicisme, sa postérité ne se trouve cependant pas exclusivement parmi les artistes de l’Académie des Beaux-Arts. Il a en effet
profondément marqué la génération impressionniste (Renoir, Degas) et l’exposition qui lui fut consacrée à Paris en 1905 a eu une influence directe sur l’oeuvre de Matisse et sur celle de Picasso.
Ingres a été pensionnaire à la Villa Médicis de 1806 à 1810, avant d’en être le directeur, de 1835 à 1841.
L'exposition
Le parcours de l’exposition a été conjointement conçu par Ellsworth Kelly et Éric de Chassey, directeur de l’Académie de France à Rome, qui a déjà montré les oeuvres de l’artiste dans plusieurs expositions dont « Henri Matisse – Ellsworth Kelly. Dessins de plantes » (qui eut lieu en 2002 au Musée national d’art moderne, Centre Pompidou et au Saint Louis Art Museum, en collaboration avec Rémi Labrusse). Il s’organise moins comme une confrontation directe que comme une organisation favorisant l’enrichissement des regards.
La première salle montre trois portraits d’Ingres, dont le Portrait de Desdéban (1810, Musée de Besançon), peint à la Villa Médicis, auxquels est confrontée une toile d’Ellsworth Kelly, Blue curves. Les trois salles suivantes montrent la série la plus récente de l’artiste américain : six reliefs monumentaux dont la composition quasi-identique varie selon les couleurs (série « Curves »). La suite du parcours articule des dessins des deux artistes, en regroupements séparés.
L’œil et l’esprit des visiteurs sont successivement confrontés à l’un puis l’autre des deux artistes, sans comparaison directe mais de telle sorte que le souvenir de l’un habite le regard porté sur l’autre, et vice-versa.
Des points communs ?
L’exposition présente transversalement trois aspects inhérents au travail d’Ingres, que l’on retrouve chez Ellsworth Kelly.