Publié par Paddythèque

Intitulé « Studio 13/16 », l'espace conçu par Mathieu Lehanneur pour les adolescents ouvre ses portes à partir du 11 septembre 2010 au Centre Pompidou. Cette proposition - forcément risquée pour un musée lorsqu’il s’adresse à une population par essence aussi volatile que les ados - trouve une réponse fonctionnelle et formelle basée sur l’ergonomie du désir. 

 

16-par-Mathieu-Lehanneur.jpg« Je rêvais d’un lieu qui soit pensé et construit comme un studio de télévision, de cinéma ou de musique. Je voulais que cet espace pour les ados offre le même potentiel d’action et de création que ce type de lieux professionnels. Loin d’une tentative de reconstituer un hypothétique style 'ado', je n’ai gardé de l’adolescence que ce désir – et parfois cette capacité – de distordre les choses et les lieux. J’admire cette manière unique d’assouplir le monde pour mieux s’y intégrer. Et ce qui est vrai pour une ville ou un vêtement, l’est plus encore pour une institution comme le Musée… » résume Mathieu Lehanneur.

Après le bureau de David Edwards pour le Laboratoire (2009) conçu comme une salle de musculation intellectuelle, c’est sur une échelle décuplée de 210 m2 que Mathieu Lehanneur applique une méthode intégrant autant les besoins fonctionnels, physiques que psychiques des utilisateurs.

« Visuellement et pratiquement, le Studio 13/16 est un lieu souple, presque élastique. Tout ici semble en mouvement ou prêt à l’être. Un immense gril technique noir (plus de 120 m) se déploie sur la totalité du plafond pour accueillir tout le matériel de sons et lumière.  Il permettra d’y installer également des œuvres, des écrans et tout ce qu’il reste à imaginer. Dessinant des courbes, des 'twists' et des 'loops', il devient, suspendu, un impressionnant roller-coaster inversé. » Des meubles mobiles en tôle ajourée / perforée pour intégrer la technique (DVD, Hifi, etc..) viennent compléter cet espace central à la tonalité backstage

La magie de l’état adolescent, cette promesse en mouvement perpétuel, trouve un lieu à sa mesure formelle et fonctionnelle. De part et d’autre de l’entrée, deux espaces lounge dessinés comme des reliefs. Semblant directement sorti d’un tube de dentifrice, ces surfaces permettent et invitent à toutes les postures possibles. Loin du fauteuil ou du canapé, nous sommes ici sur un paysage, une mer, un terrain vague. Des blocs média ponctuent ces espaces avec des écrans de vidéosurveillance inversés (ce sont les ados qui observe le centre Pompidou) et du contenu vidéo, ils disposent également de prises iPod pour s’y brancher et diffuser de la musique de façon zénithal et extrêmement précise par un système de laser sonore : deux ados ou groupes peuvent donc écouter leur propres musiques côte à côte sans entendre celle du voisin.

Accueillis dès l’entrée par ce vocabulaire qui se joue des codes multi médiatiques (marquage laser type night club, projection vidéo), les adolescents seront littéralement aspirés par un sas en forme de gigantesque soufflet d’appareil photo version chambre noire. Un véritable « aspirateur à adolescent » comme le suggère avec humour l’agence de Mathieu Lehanneur qui attend désormais ces crash testeurs pour vérifier toute l’ambition du lieu.

« Je ne veux donc pas trop présager de la façon dont les ados vont 'habiter' ce lieu. Je voudrais juste qu’ils y glissent depuis la Piazza jusqu’au Forum Bas de façon naturelle, comme une attirance. Je voudrais aussi qu’ils puissent s’y retrouver, élaborer, s’y draguer, se surprendre eux-mêmes, ou s’y endormir… Je voudrais enfin que dans le domaine de la création, le Studio 13/16 réussisse là où le collège et le lycée ont échoué. »


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