Publié par Paddythèque

Jusqu'au 4 avril 2011, la Dorothy's Gallery présente une magnifique exposition intitulée « To Paint is to Love Again ». Celle-ci met en perspective les peintures d'Henry Miller, jamais vues en France depuis 1967, avec des travaux de trois artistes contemporains,  Arnaud Prinstet, Soon Young Lee et Jean-Robert Franco.

 

Henry Miller - SarasotaConsidéré avec Ernest Hemingway comme l'un des plus importants écrivains américains du XXème siècle, Henry Miller a vécu à Paris entre 1930 et 1940. Il y a publié ses premières oeuvres interdites aux Etats-Unis, mais qui l’ont rendu mondialement célèbre : Tropique du Cancer, Tropique du Capricorne, Black Spring... 

A côté de sa production littéraire, Henry Miller était également  — ce que l'on sait moins — peintre. Exécutées en soixante ans (de 1928 jusqu’à deux jours avant sa mort en 1980), ses 2'000 aquarelles révèlent l’âme d’un enfant joyeux, coloriste extraordinaire, peignant avec ferveur « portraits, seascapes, dreamscapes and escapes ». (Lawrence Durrell, The paintings of Henry Miller ; Paint as you like and die happy). Parmi ses sources d’inspiration, on retrouve Seurat, Turner, Van Gogh, Chagall, Klee, Rouault, Bonnard, Grosz, Renoir, Hokusai, etc.

Depuis 1967, date de sa dernière exposition majeure à Paris — où l’affluence et l’enthousiasme étaient telles que Henry Miller dut être protégé — ses oeuvres n’ont pas été suffisamment montrées en France. En mettant en valeur ses aquarelles originales, lithographies, sérigraphies, photographies de sa vie, catalogues et livres dans un espace qui lui est spécialement consacré, la Dorothy’s gallery, en collaboration avec la famille de l’artiste, s’est chargée de faire revivre sa mémoire dans le Paris qu’il a tant aimé.

 

Trois peintres contemporains

Pour dialoguer avec l’œuvre d’Henry Miller, la Dorothy’s gallery a sélectionné des travaux de trois artistes contemporains.

Soon Young LeeSoon-Young Lee crée crée et joue des scènes qui provoquent notre perception du monde. Animaux et nature dévorante envahissent ses intérieurs soigneusement décorés et d’où l’homme est absent — seules des traces et objets de vie disséminés ça et là sont les témoins d’un passage humain. L'artiste casse les murs et laisse rentrer des arbres dans le salon (Dreaming Wall), place une pomme géante, pourrissante, sur le canapé (The Thinker)... À la nuit tombée, la construction frénétique s’arrête et Soon-Young Lee illumine sa scène. Elle fixe cet instant de vie dans l’éternel photographique. La magie opère et un monde de possibles et d’imaginables s’ouvre à nous. Son travail un appel à une aventure aussi effrayante qu’excitante, un chemin initiatique pour accéder à nos propres abîmes.

Arnaud Prinstet travaille depuis dix ans sur l’autoportrait. Tâchant d’aborder sa propre image comme quelque chose d’inconnu, il réalise la toile de cet instant particulier de lui-même. Par la répétition du geste, ce dernier s’abstrait de son modèle et devient universel jusqu’à former un miroir en lequel chacun peut reconnaître un morceau de sa propre humanité. « En questionnant le thème de l’individualité, je cherche en moi-même une dimension d’éternité et ainsi à restaurer le lien entre l’homme et l’univers. »

 

 

Enfin, Jean-Robert Franco présente Ce n’est pas, un portrait de Marilyn, un arrêt sur image d’une cassette VHS, les défauts entravant le glamour dont elle est le symbole. « Ce n’est pas », phrase incomplète, nous invite à décrypter l’oeuvre et à multiplier nos interprétations. Dans sa négation, ce titre nous invite à revoir toutes nos certitudes.

 

Dorothy's Gallery

27, rue Keller - 75011 Paris

 

[Visuels (de haut en bas) : Henry Miller, Sarasota, sérigraphie édition limitée. Courtesy Dorothy's Gallery, Paris // Soon-Young Lee, Jungle Room. Courtesy Dorothy's Gallery, Paris ]

 

 

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