Publié par Paddythèque

Confrontation artistique de très grande ambition, Monumenta invite (presque) chaque année, à l’initiative du ministère de la Culture et de la Communication, un artiste contemporain de renommée internationale à investir les 13'500m2 de la Nef du Grand Palais avec une œuvre magistrale spécialement conçue pour l'occasion. Après le succès des deux premières éditions - confiées à Anselm Kiefer en 2007, puis au sculpteur américain Richard Serra en 2008, qui attirèrent chacune plus de 140'000 visiteurs en cinq semaines - c'est au tour de Christian Boltanski de relever le défi en 2010.


En investissant l’ensemble de la Nef du Grand Palais, Christian Boltanski créera un lieu de commémoration visuelle et sonore. Son installation inédite - portant le nom évocateur de « Personnes » - engagera une réflexion sociale, spirituelle et humaine sur la vie, la mémoire, la singularité irréductible de chaque existence, mais aussi la présence de la mort, la déshumanisation des corps, le hasard de la destinée.

Conçue comme une œuvre unique, qui transforme l’ensemble du bâtiment par la création d’une ambiance particulièrement émouvante, l’installation s’offrira au visiteur comme un « gigantesque tableau animé ».

Dans le cadre de Monumenta, Christian Boltanski poursuivra également la collecte d’enregistrements de battements de cœurs qu’il a engagée pour la réalisation des Archives du coeur (archives sonores qui seront conservées sur l’île Teshima, dans la mer intérieure de Seto). Les visiteurs seront invités à enregistrer le son des battements de leur cœur et à en faire don à l’artiste.


« Personnes »

« Le Grand Palais est pour moi un lieu de spectacle. En tant que tel, il inspire et appelle la fabrication d’une grande mise en scène qui dépasse totalement l’idée d’œuvre muséale et, plus encore, le fait de créer une œuvre dans une galerie. Quand je travaille au Grand Palais, j’ai la sensation de réaliser un opéra, avec cette différence que l’architecture remplace la musique. L’œuvre est une scénographie.
[...] Depuis longtemps déjà je cherche à réaliser des installations à la frontière entre les arts plastiques, au sens traditionnel du terme, et des œuvres théâtrales ou musicales. Ce qui manque habituellement aux arts plastiques c’est l’idée de déroulement, de progression depuis un point de départ, une entrée, vers une certaine finalité. J’ai voulu un déroulement du temps différent de celui de l’espace muséal où l’on passe simplement d’un tableau à l’autre, puis d’une salle à une autre. Avec l’œuvre que j’ai réalisée au Grand Palais, on est à l’intérieur d’un monde.
[...] Je ne m’adresse pas aux spécialistes de l’art contemporain. Mon art est extrêmement traditionnel et très classique. Les questionnements en art restent toujours profondément les mêmes. Ceux que j’aborde ici sont le hasard, la loi de Dieu, la mort. Le fait aussi qu’à partir d’un certain âge on a le sentiment de traverser en permanence un champ de mines, on voit les autres mourir autour de soi, alors que, sans raison, on reste, jusqu’au moment où on sautera à son tour. Tel est le sujet de Personnes. » (interview de Christian Boltanski par Catherine Grenier, 2009)


Christian Boltanski


Né à Paris à la fin de la seconde guerre mondiale, Christian Boltanski est profondément marqué par le drame de la guerre et de la Shoah. Après une enfance à peine scolarisée, enracinée dans les paradoxes d’un milieu familial à la fois juif et chrétien, bourgeois et bohème, il commence à peindre en autodidacte dès l’âge de 14 ans, avant de s’initier par lui-même à l’actualité de l’art contemporain.

En 1968, âgé de 24 ans, il réalise sa première exposition à Paris, où il présente des saynètes mises en scène avec des marionnettes grandeur nature, ainsi qu’un film intitulé La vie impossible de C. B., dans lequel il détourne le genre du film autobiographique. Les travaux qu’il développe durant les années 1970 poursuivent cette veine d’autobiographie fictive. Il dresse un inventaire à la fois réel et imaginé de sa propre enfance, compilant photographies et souvenirs, objets prétendument retrouvés, dans des œuvres teintées de nostalgie mais aussi d’humour et de légèreté. Suivent d’autres types d’inventaires qui collectent les albums photographiques ou les objets de la vie quotidienne de personnes anonymes. En 1976, avec les « Images Modèles », il introduit une réflexion sur le « goût moyen », caractérisé par la mise en scène du banal, l’hypertrophie du quotidien. Son œuvre, précédemment tissée d’éléments issus de son univers personnel ou proche, accueille désormais la foule anonyme des êtres humains. Après un détour par les Compositions Photographiques, dans lesquelles il élève les clichés de la photographie amateur à la dimension du tableau, il renoue avec les compositions aléatoires et fragiles de ses premières œuvres qu’il charge d’un contenu existentiel qui évoque, pour la première fois à découvert, le souvenir de la Shoah. S’ouvrant à la multitude des existences, sauvées une à une de l’oubli, la série des Monuments débute en 1985 : installations de photographies de visages présentées dans des compositions murales en forme d’autels, ou constellations d’images éclairées par de petites lampes.

L’art profondément humain de Christian Boltanski a acquis, depuis 1980, une reconnaissance internationale et une notoriété publique bien au-delà des frontières habituelles de la scène artistique, en particulier en Allemagne, aux Etats-Unis et au Japon. Lauréat de plusieurs prix internationaux (Prix de Gaulle-Adenauer, 2009 / Praemium Imperiale, Japon 2006 / Kunstpreis Aachen 1994 / etc.), l’artiste, dont les œuvres figurent parmi les plus grandes collections du monde (du Museum of Modern Art à New York au Musée National d’Art Moderne du Centre Pompidou à Paris en passant par la Tate Modern de Londres ou encore la Haus der Kunst à Münich), vit et travaille à Malakoff.

Ses expositions marquantes

1970 : Musée d’art Moderne de la Ville de Paris
1971 : Essai de reconstitution des 46 jours qui précédèrent la mort de Françoise Guiniou
1972 : Documenta 6 (Cassel)
1984 : Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris
1986 : Chapelle de la Salpêtrière
1988 : Museo Reina Sofia, Madrid - MoCA, Chicago - MoCA Los Angeles - New Museum, New York
1989 : Whitechapel Art Gallery, Londres
1991 : Musée des Beaux-Arts, Grenoble - Kunsthalle, Hambourg - Stedelijk van Abbemuseum, Eindhoven
1993 : Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne
2002 : Palazzo delle Papesse, Sienne, Italie - Museo de Santa Rosa, Puebla, Mexique
2006 : Mathildenhöhe, Darmstadt, Allemagne - Museo d'Arte Contemporanea, Rome, Italie
2008 : Magasin 3, Stockholm Konsthall, Suède
2010 : Île de Teshima, Japon - Grand Palais, Paris - Cathédrale, Salzbourg


Catherine Grenier, commissaire de Monumenta 2010

Conservatrice au Centre Pompidou, Catherine Grenier assure le commissariat de Monumenta 2010. Elle a conçu de nombreuses expositions au Centre Pompidou, parmi lesquelles Les « Années Pop » (2000), « Giuseppe Penone » (2004), la première présentation thématique des collections, « Big Bang » (2005-2006), ainsi que la grande exposition collective « Los Angeles, 1955-1985 » (2006).

Catherine Grenier a été en 1999 le commissaire invité de l’exposition Abracadabra à la Tate Gallery. Elle a par ailleurs développé une activité régulière dans le champ de l’histoire de l’art et de l’esthétique, avec notamment la publication de plusieurs monographies (Annette Messager, Robert Morris, Claudio Parmiggiani, etc.) et d’essais sur la création contemporaine (La revanche des émotions, Edition du Seuil 1997). Elle est spécialiste de l’œuvre de Christian Boltanski avec qui elle a mené de longs entretiens publiés en 2008 (La vie possible de Christian Boltanski), et auquel elle a dédié une monographie (à paraître, fin 2009, coédition Centre national des arts plastiques – les éditions Flammarion).



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Au loin avec vous tous 19/01/2010 05:24


Sir Boltansky. J'ai plein de jolis secrets à vous transmettre, des idées fleuves et l'envie de parvenir. Agé de 29 ans et récépteur de soleil, il travailla comme éclairagiste au musée de
Portzamparc en Bretagne, quelques temps furent accordés au premice autodidact de l'intermittence. Je veux porter mon oeuvre. Représenter en ce jour. Que de couleurs, j'inspire ! Merci à vous pour
les monuments de la shoa qui posent les bases d'une sérieuse remise en cause sur ce malheur de l'histoire ! Point dans l'abstrait! yeah.wave@live.fr