Publié par Paddythèque

La Fondation Francès - créée par Estelle et Hervé Francès - présente sa 5ème exposition du 12 mars au 4 juin 2011. « PAX » met en lumière les relations complexes et parfois conflictuelles qu’entretiennent les artistes avec la religion. Témoins de leur temps, ils nous éclairent sur ces violences faites au nom des religions...

 

Ronald-Ophuis----Birkenau.pngLa Fondation Francès invite pour cette exposition l’artiste néerlandais Ronald Ophuis (galerie Aeroplastics de Bruxelles) et présente en dialogue une quinzaine d’œuvres (peinture, installation, photographie) dont 6 artistes de sa collection : Adel Abdessemed, Kader Attia, Mounir Fatmi, Robert Gligorov, Bettina Rheims et Andres Serrano.

Les religions et l’art ont toujours entretenu des relations complexes. Aujourd’hui encore, ils s’entrecroisent pour des projets communs et s’opposent pour des visions différentes de nos vies. Pas moins qu’avant, pas davantage non plus. Les trois religions monothéistes devraient pourtant s’entendre, se respecter et s’apprécier.

Dans un monde qui pourchasse le temps et pourfend l’audace, nous finissons par perdre la mémoire. Dans un monde qui oublie son Histoire, nous finissons par laisser place à ceux qui veulent la réinventer. Les artistes, aujourd’hui exposés, ne veulent pas de notre indifférence et n’en peuvent plus de nos intolérances. Tout cela les offusque et, en retour, ils nous brusquent, n’évacuant aucun sujet, ne détournant aucun regard.

Les artistes ne sont pas des juges mais des observateurs. Il serait temps d’accueillir leurs regards sur notre époque sans les dénigrer. « Pax » nous remet en face de ces violences faites au nom des religions et faites aux religions. « Pax » nous interroge sur ce que nous ne voyons plus et n’entendons plus.

 

Ronald Ophuis, artiste invité

L’oeuvre de Ronald Ophuis (né en 1968 à Hengelo, Pays-Bas - vit et travaille à Amsterdam) met en scène l’histoire contemporaine, celle des violences, des génocides, des guerres et des non-sens politiques et religieux. Il évoque en partie une certaine tradition de la peinture chrétienne dans sa mise en avant du corps supplicié. Ronald Ophuis met souvent en scène des victimes de la violence. Mort ou vivant, leur corps devient l’ultime expression de la souffrance.

Ronald Ophuis est un faiseur d’images brutes. L’artiste peint ses personnages de la manière la plus réaliste possible. Les corps sont puissants, mis en avant. Les poses sont équivoques. La matière de sa peinture est conforme au sujet de ses tableaux : brute, violente, écorchée, dure. Elle renforce le malaise qui s’opère.

Dans la peinture de Ronald Ophuis, la violence intervient parfois dans des lieux familiers. Ce rapprochement entre l’environnement peint et le quotidien du spectateur n’est pas sans provoquer un fort sentiment d’identification et d’empathie. Le spectateur ressent alors la violence faite à l’autre comme une violence faite à lui-même. Ce qui n’est pas sans provoquer des controverses.

Le travail de Ronald Ophuis est présenté à la Galerie Aeroplastics à Bruxelles et a fait l’objet d’une étude monographique d’Ernst van Alphen publiée aux éditions des Presses du réel. L’artiste est aussi présenté par l’Upstream Gallery à l’Armory Show du 3 au 6 mars 2011 (Pier 94).

Face aux peintures de Ronald Ophuis, les oeuvres d’Adel Abdessemed, de Kader Attia, de Mounir Fatmi, de Robert Gligorov, de Bettina Rheims et d’Andres Serrano. Ces oeuvres initient un nouveau dialogue entre les religions. Une volonté de vivre avec l’autre, d’apprendre des conflits, de comprendre ou de compatir. Ces artistes témoignent chacun à leur manière de la place de la religion dans l’Histoire et dans la vie des hommes.

 

Un dialogue multiculturel

Adel Abdessemed (né en 1971 en Algérie) commence ses études artistiques à l’École des Beaux-Arts d’Alger, jusqu’à l’assassinat de son directeur par des islamistes. Il part alors pour la France et, en 1994, est admis à l’Ecole des Beaux Arts de Lyon. 

Also Sprach Allah fait référence à un poème de Nietzsche sur la capacité pour l’homme à surmonter les pressions religieuses qui affectent nos vies. 

« J’adore les oppositions dans tous les domaines. Je déteste ce qui est formaté, homogène. Un monde hygiénique et sans conflits est impossible. » - Adel Abdessemed

 

Kader Attia (né en 1970), est un déclencheur d’émotions. Il sait à la fois sculpter son oeuvre et lui rendre une âme, l’élever au rang d’oeuvre sociale mais aussi lui conférer une note poétique et fragile. Il revendique la pluralité de ses appartenances culturelles. Alpha Beta, un alphabet arabe créé à partir de lames de couteau. Une façon pour l’artiste de confronter la culture et la religion dans leur violence commune. Alpha Beta est l’oeuvre qui a suscité le plus grand intérêt sur le stand de Goodman Gallery à Art Basel 2009.

« Je travaille vraiment avec mon corps, avec cette énergie qu’on a tous au fond des tripes et qui, à un moment donné, ne peut passer autrement que par l’art, par la violence, ou par le sexe. » - Kader Attia

 

Mounir Fatmi (né en 1970 à Tanger) est un artiste bousculé entre deux cultures : celle de l’Orient et de celle de l’Occident. Les événements du 11 septembre 2001 renforcent son besoin urgent de création car pour lui : « ce n’est pas le sens de l’oeuvre qui compte, mais les liens qu’elle peut avoir avec le temps présent, l’histoire, la philosophie, la sociologie, la religion, la politique et le monde ».

En 2007 Mounir Fatmi débute Fuck Architects, un projet créatif d’exposition en trois actes, pensé comme un livre critique sur les architectes au sens propre, mais aussi et surtout sur les architectes de la pensée, de l’économie et du pouvoir. Save Manhattan 01 est l’oeuvre emblématique de ce projet tant par son propos que par sa force visuelle, simple et efficace. Sur une table sont placés des ouvrages parus après la chute des Twin Towers et deux exemplaires du Coran. Le tout est éclairé de manière à ce que l’ombre projetée des livres sur le mur dessine l’horizon new-yorkais d’avant la catastrophe. Les symboles du capitalisme sont ainsi renvoyés dos à dos avec ceux de l’intégrisme religieux. Save Manhattan 01, présentée à la Fiac en 2006. 

« Mes oeuvres majeures ne pourront être montrées qu’à titre posthume. » (Mounir Fatmi)

 

Robert-GLIGOROV---Divina.pngRobert Gligorov, né en 1959 en Macédoine, est un ancien acteur de film d’horreur. Il utilise les matières vivantes, son corps en particulier comme objet d’expérimentation et sujet de sa pratique artistique. Grand technicien, il réalise des mutations numériques quelquefois extravagantes, un entre deux entre réel et virtuel, symbole de nos inquiétudes contemporaines. Il piège dans ses oeuvres la dualité attraction/répulsion. Chaque œuvre présente une double signification de par sa forme et son sens.

Dans Divina (2005), l’ombre d’une colombe blanche représentant l’Esprit Saint évoque les limites d’un sexe féminin dans lequel apparaît la silhouette d’un homme crucifié. La sexualité et la maternité sont alors intimement liées à l’homme et ses pulsions religieuses mais peut-être aussi à une recherche spirituelle pour la paix du corps et de l’esprit.

« Le temps passe trop vite, l’art requiert de nouvelles techniques visuelles. La peinture est un dialogue avec soi-même, une méditation. Elle me manque. Je suis un artiste de profession, la peinture est un hobby. » - Robert Gligorov 

Cf. article de Frédéric Lebas sur Robert Gligorov (2006)

 

Bettina Rheims (née en 1952 à Paris) est une photographe de renommée internationale. Son travail s’intéresse principalement à la représentation du corps féminin. « INRI » est une série de 13 photographies, une fresque humaine qui inscrit les scènes de la Bible et de la vie du Christ dans l’univers contemporain, baroque et sensuel de l’artiste.

« J’aime la chair, je suis une photographe de la peau. » - Bettina Rheims

 

Andres Serrano est né en 1950 à New York City. Elevé dans un strict environnement religieux catholique, il joue des tabous de l’Amérique puritaine. Son oeuvre s’intéresse essentiellement aux problèmes sociaux, de sexe et de religion. Déjà à la fin des années 80, dans la série Body Fluids, Andres Serrano crée des oeuvres à partir de matières corporelles : urines, sang, sperme. Il est alors inspiré par leur aspect pictural. Dans la série « Immersions », des objets sont littéralement immergés dans des fluides. Red Pope, I, II et III (1990), est un ensemble de trois photos montrant chacune une statuette de Jean Paul II dans du sang comme une référence au sang des victimes des différentes répressions de la religion catholique.

« Ce qui m’intéressait, c’était de mélanger les couleurs. J’aimais bien l’idée d’imiter la peinture. Mais c’est bien la couleur du sang frais. » - Andres Serrano

 

Fondation Francès

27, rue Saint Pierre - 60300 Senlis

Fondation d’entreprise régie par la loi n°87-571 du 23 juillet 1987.

La Fondation Francès est un lieu gratuit, ouvert à tous.

Elle est ouverte pendant l’exposition du mardi au samedi de 11h à 19h (interruption entre 13h et 14h)

 

[Visuels : en haut : Ronald Ophuis, Birkenau I. © Courtesy Aeroplastics // en bas : Robert Gligorov, Divina. © Collection Fondation Francès]

 

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Riz 01/12/2011 13:04

Bonjour,
Je vous informe que Robert Gligorov expose prochainement des photographies à Paris à la galerie Pascal Vanhoecke, dans le 3e arrondissement, du 8 décembre 2011 au 21 janvier 2012.